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Datation du catalogue : 1801-1900
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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21f. 10r connoissance certaine d'une vérité qu'il est à présent en état de démontrer. Car l'ouvrage terminé ne laisse […] apercevoir la trace des essais qui l'ont précédé et ne bien loin de là chaque auteur a mis tous ses soins à faire disparoître les traces de ses premiers essais il n'a conservé pour ne conserver que les formes propres au sujet. tout été les demeurent sont subsistent, seules Le lecteur emploie vient ensuite qui peut donc cherche, suivant les dispositions qui lui sont personnelles, soit un délassement agréable soit une instruction solide. choisit peut telles ou telles genre de lecture Le titre du livre suffit pour qu'il soit averti certain de n'avoir à faire usage employer que du degré d'attention qu'il veut employer. Il est peu donc porté son […] naturellement porté à eux mêmes […] doit être tenté de à croire que les auteurs qui […] offrant à son esprit des productions si différentes ont en les composant agi ont écrit ou dans avec l'abandon d'une imagination qui erre en liberté, ou avec l'austère méthode d'une déduction qui ne permet aucun écart. ainsi se trouve justifiée les; de là cette séparation, jadis si respectée contractée, entre le domaine de l'imagination et celui de la raison.
Le bienfait de l'imprimerie qui ne permet plus assure à l'esprit humain la jouissance de tous ce que les générations précédentes ont accumulé d'observations, de comparaisons, de théorie, de vérités incontestables, augmente incessamment ses forces réelles, il peut déjà s'élever de à la considération des idées générales, non plus seulement en suivant la pente naturelle d'un goût inné et au risque de ne rencon folio 10 de la Bibliothèque, en haut à droite, d'un chiffre fin et gris ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 11 » barré d'un trait. Feuillet de brouillon repris partout. Le haut de la page est très raturé : « Car » est écrit au-dessus de « l'ouvrage terminé », biffé d'un trait épais ; « bien loin de là » est écrit sur « et ne » ; « chaque » est porté dans la marge de gauche en regard de « l'auteur » ; « les traces de ses premiers essais » est ajouté au-dessus de la fin de la ligne ; « pour ne conserver que » est porté dans la marge de gauche, et « vient ensuite » et « donc » au-dessus de la ligne ; la syntaxe de ce passage n'est pas arrêtée (« Le lecteur vient ensuite donc cherche »). Les mots « suivant les dispositions qui lui sont personnelles », écrits sur la ligne qui suit « une instruction solide », sont entourés d'un trait qui les ramène après « cherche », où ils sont ici mis. « averti », « faire usage », « respectée » sont écrits au-dessus des mots biffés qu'ils remplacent. Dans la marge de gauche, en regard de « offrant à son esprit », la mention « N. 2 » dans un cadre. Le dernier alinéa, depuis « Le bienfait de l'imprimerie », est barré d'une grande croix et s'interrompt sur « au risque de » ; « déjà » est répété dans la marge de gauche en regard de « il peut déjà ».
22Disons aussi que dans un tems déjà éloigné, l'extrême division du travail, nécessaire à la science naissante, avoit dû accréditer l'idée de la spécialité dans les facultés de l'esprit l'ame; mais, aujourd'hui que le bienfait de l'imprimerie, en assurant à l'esprit humain la jouissance de tout ce que les générations précédentes ont accumulé, d'observations, de comparaisons, de théories, de vérités incontestables, il n'aura plus à refaire faire les premiers pas; ses forces réelles augmentent […] chaque jour; et déjà nous nous trouvons ramenés, par la voie sure d'une instruction approfondie, vers ces idées de simplicité et d'unité qui furent autrefois des […] révélations du génie, devinant sa propre nature. devinant sa propre nature et cherchant à en étendre les lois sur l'univers entier.
Car N'en doutons plus, à toutes les époques de leur développement les sciences les lettres et les beaux arts ont été inspirés par un seul et même sentiment. Ils ont reproduit, suivant les moyens qui constituoient l'essence de chacun d'eux, des copies sans cesse renouvelées de ce modèle inné, type universel de vérité, si fortement empreint dans les esprits supérieurs.
Dans le chapitre suivant nous jetterons verrons, en jetant un coup d'œil sur l'histoire de l'esprit humain, et nous verrons comment jusque dans ses écarts mêmes, et en vertu des lois de son être, tous ses efforts ont été dirigés vers l'ordre la simplicité et l'unité de conception. verso du folio 10 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 12 » barré d'un trait. Ce verso récrit l'alinéa barré au bas de la vue 21. « Disons aussi que » est écrit au-dessus de la première ligne ; « dû » est porté dans la marge de gauche ; « l'ame » est écrit au-dessus de « l'esprit » biffé ; les mots écrits au-dessus de « augmentent » et de « des » sont chargés d'encre et ne se lisent pas ; « verrons, en jetant » est écrit au-dessus de « jetterons » biffé. Un crochet ouvre, dans la marge de gauche, le dernier alinéa. La construction « aujourd'hui que … il n'aura plus » est restée telle.
23f. 11r
Ch. 2. Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres aux différentes époques de leur culture.
Variante Si, par maintenant nous voulons remonter jusqu'à l'origine de la littérature, nous trouvons qu'elle a commencé la première fois que, sortant du cercle étroit des intérêts personnels, l'homme a essayé de communiquer à ses semblables des idées qui n'avoient sentimens et des idées qui n'avoient aucun but utile utiles.
Le récit des événemens remarquables, la peinture des grandes scènes de la nature, n'étoient encore que de simples copies de choses existantes. Lorsque cessant au lieu de s'astreindre à redire faire le récit tel ordre de certains faits, ou à dévoiler un certain état tel ordre de choses, l'homme de génie est est parvenu à reproduire des impressions reçues d'ailleurs, à l'aide d'une action dont il avoit imaginé les […] ressorts, il s'étoit il s'étoit déjà […] élevé jusqu'à la notion abstraite de l'ordre, pour y puiser la première des règles de la composition. Il voulut disposer de […] l'attention des autres hommes: la […] l'unité d'action, l'unité d'intérêt, l'ordre […] la clarté d'exposition ont été pour lui des moyens de succès longtems avant que l'esprit d'examen en eût fait ils ayent été reconnus comme des préceptes de l'art. folio 11 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 13 » barré d'un trait. « Ch. 2 » est écrit au-dessus du titre et souligné. « Variante » est porté dans la marge de gauche, en regard du premier alinéa, suivi d'un mot biffé. « de » est porté dans la marge devant « La littérature », dont la majuscule n'a pas été corrigée ; « nous trouvons qu'elle » est écrit au-dessus de « sortant du cercle », et la phrase n'a pas été remise d'accord avec lui. « de certains » et « ou à dévoiler un certain état » sont écrits au-dessus des mots biffés ; les mots « des impressions reçues d'ailleurs, » sont entourés d'un trait. « il s'étoit déjà », « l'esprit d'examen en eût fait » sont écrits au-dessus des lignes. Dans la marge de gauche, en regard de « l'attention des autres hommes » et des trois lignes suivantes, une addition de six lignes est entièrement biffée et ne se lit pas. Le bas de la page est laissé blanc.
24Jeté sur la terre, au milieu de l'immensité des êtres, frappé à la fois par le spectacle d'une infinie nombre infinité de merveilles, l'homme n'a rien trouvé au dehors de lui de plus merveilleux que lui même. Il a étendu son existence sur tout ce qui l'environnoit. Son […] individualité lui a été d'abord connue; cherchant partout sa propre image il a personnifié les êtres inanimés, des êtres intellectuels enfans de son imagination ont ont présidé à tous les actes, à tous les phénomènes de l'ordre naturel l'ordre naturel.
Ainsi se manifestoient déjà déjà, à cette première époque de la culture intellectuelle le sentiment le sentiment commun profond d'un lien commun entre tous les êtres, et celui d'un type universel, empreint dans l'intelligence humaine pour lui servir de guide modèle.
Les sciences n'existoient pas encore; mais le besoin d'expliquer s'étoit fait sentir. La première des littératures fut poétique; ce qui tenoit lieu des sciences physiques n'étoit pas moins poétique que la littérature elle même; ou plutôt, ces deux branches du savoir, aujourd'hui tellement séparées aujourd'hui qu'il faut de l'attention pour remarquer ce qu'elles ont de commun, étoient, dans ces premiers tems, la entièrement confondues. verso du folio 11 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 14 » barré d'un trait. Un crochet ouvre le premier alinéa dans la marge. « Son » est écrit au-dessus d'un mot biffé devant « individualité » ; le mot écrit au-dessus de « ont » biffé, devant « présidé », n'est pas sûr. « profond », « déjà » et « modèle » sont écrits au-dessus des mots qu'ils remplacent. Un chiffre « 1 » est porté au-dessus de « êtres inanimés », et de petites croix suivent « imagination », « sentir », « poétique » et « premiers tems » : ce sont des signes de renvoi dont l'objet n'est pas sur cette page.
25f. 12r Qu'importoit en effet, à l'égard du caractère de la composition, que le sujet fût l'homme lui même ou quelqu'un des dieux, demi-dieux, ou genies qu'il avoit dotés de l'intelligence et des passions humaines? Des êtres si pareils pouvoient même agir de concert sans nuire à l'homogénéité d'invention; le merveilleux les unissoit.
Nous apercevons, dans ces premiers essais de la pensée, le goût des idées générales et le sentiment d'analogie, qui se reproduiront dans la suite, sous les formes les plus variées. L'individualité et l'intelligence de l'homme, en vertu de laquelle ses actions sont dirigées vers le but qu'il veut atteindre lui ont été connues en même tems que sa propre existence. Dès qu'il porte ses regards autour de lui que cherche-t-il? ce qu'il a trouvé en lui même. Il voit dans les actes de la nature un ordre et une succession qui lui paroissent tendre vers un but déterminé; il attribue n'imagine d'autre cause que l'action d'une intelligence et d'une volonté; ces Cette intelligence, cette volonté, il ne peut les concevoir sans les attribuer à un être quelconque. Il imagine des êtres invisibles, parceque en effet il n'en voit aucun. ce sont, suivant l'importance des actes qu'il leur attribue, des dieux, des demi dieux, ou seulement des genies subalternes. Ces êtres sont amis ou ennemis; ils combattent entr'eux ou ils unissent leurs forces; ils ont nos affections, nos peines, nos passions, nos intérêts. Ils sont faits à notre image. Et pourtant, nous ne pouvons ni les voir, ni les entendre, ni les palper; ils sont donc immatériels; ce sont des esprits. L'homme fidèle à sa pensée constante, l'homme n'a jamais cessé de regarder son son existence propre comme folio 12 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 15 » barré d'un trait. L'addition marginale « Dès qu'il porte ses regards… en lui même » est appelée par une croix après « sa propre existence ». Au-dessus de « n'imagine », lui-même écrit au-dessus d'« attribue » biffé, un mot barré, peut-être « suppose », n'est pas sûr ; la première lettre de « d'autre » est empâtée. De petites croix de renvoi suivent « quelconque », « aucun », « image » et « propre », sans objet sur la page. La phrase se poursuit sur la vue suivante.
26comme le type de toutes les autres existences. Après s'être dit: les esprits existent, ils connoissent, ils veulent, ils agissent sur les êtres matériels et leurs actions se manifestent par les changemens matériels qu'ils opèrent, il ne pouvoit tarder devoit […] longtems chercher en lui même quelque chose de semblable. Nos connoissances, nos volontés et le principe de nos actions ont donc été attribués à une substance immatérielle, qui, suivant la diversité des attributs de ces opérations a reçu des noms différens noms.
Nous trouvons, dans Cette première ébauche de nos connoissances, nous montre l'origine d'un grand nombre de la plupart des idées qui ont été reproduites depuis. La littérature a conservé les fictions qui furent regardées autrefois comme des réalités; les sciences physiques ont recueilli les observations que ces fictions avoient servi à expliquoient; la philosophie y a puisé ses systèmes, et les religions y ont trouvé les élémens de leurs croyances.
Sans nous astreindre à aucun ordre historique, suivons la marche de l'esprit humain.
Les observations se sont multipliées; la régularité des mouvemens célestes et la constance des phénomènes sublunaires ont décélé des lois immuables. […]
Les volontés d'une multitude de personnes n'ont pas ce caractère. mais Un seul homme peut avoir des volontés relatives à plusieurs genres d'actions à des objets différens. verso du folio 12 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 16 » barré d'un trait. « s'être » est écrit au-dessus de « dit » ; les mots « les esprits existent, ils connoissent, ils veulent, ils agissent » sont soulignés d'un trait ondulé. « devoit » est écrit au-dessus de mots biffés, dont le second ne se lit pas ; « de ces opérations », « nous montre » et « de la plupart » sont écrits au-dessus des lignes ; une tache d'encre couvre « première ». Au-dessus de « avoient servi à » biffé, un mot lui-même biffé (peut-être « servoient ») ; « expliquoient » est écrit par-dessus « expliquer ». « tous » est écrit au-dessus de « des lois ». Un crochet ouvre dans la marge le dernier alinéa, qui se termine par un trait.
27f. 13r s'il étoit chargé de diriger à la fois plusieurs genres d'actions, il établiroit un ordre constant qui le dispenseroit d'une attention de détail. L'état de la société présentoit des exemples semblables exemples. L'homme a dit alors: « un seul être a voulu l'univers, et il le gouverne; ses volontés sont immuables. »
Nous voyons naître nos semblables; nous avons commencé; l'univers a donc eu aussi un commencement.
Nous avons une ame immatérielle; elle est la force motrice qui produit nos actions; l'être des êtres est immatériel; il a créé toutes choses, et il les gouverne agit sur elles.
Il a créé l'univers; il existoit donc avant cet univers. L'esprit humain étoit arrivé aux limites des analogies, au delà, il manquoit de modèle, il n'avoit plus aucune idée de l'être, car il manquoit de modèle; cette négation d'idée, cette limite de la pensée a été exprimée; l'infini est son nom; s'il s'agit de la durée c'est l'éternité. Le créateur de l'univers est éternel n'a pas commencé il n'a pas commencé; il ne doit pas finir; il est éternel.
Dans ce qui précède, on ne voit pas clairement comment on a été conduit à cette la dernière partie de la proposition: il ne doit pas finir. nous n'avons pas suffisamment établi expliqué
Le voici. Nous voyons apercevons au commencement et à la fin finir d'existences pareilles semblables à la notre; ces deux époques sont les limites de la vie: en deçà et au delà nous trouvons le tems qui ne leur appartient pas; mais nous concevons voyons que d'autres existences pourront y trouver place en remplissent. Ce genre de limites est donc relatif: la ainsi la durée de notre vie est folio 13 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 17 » barré d'un trait, le trait se confondant avec la barre du 7. Au-dessus de « L'état », trois petits mots écrits entre les lignes ne se lisent pas sûrement ; « état » semble touché d'un trait. Des guillemets ouvrent « un seul être » et ferment « immuables ». Deux crochets, dans la marge, ouvrent les alinéas « Nous voyons naître » et « Nous avons une ame », un troisième « Le voici ». « car il manquoit de modèle » est écrit au-dessus de « l'être; cette négation ». « Dans ce qui précède, on ne voit pas clairement comment » est écrit au-dessus de la ligne, « voit » au-dessus de deux mots biffés, et « on a été conduit à » est porté dans la marge de gauche. « apercevons au », « et à la fin », « pareilles », « leur », « voyons », « en » et « remplissent » sont écrits au-dessus des mots biffés qu'ils remplacent ; « ainsi » au-dessus de « la » biffé. La phrase se poursuit sur la vue suivante.
28comprise entre deux limites absolues de même genre entre deux limites relatives. Conformément aux L'analogie vouloit donc que l'existence dont on avoit reculé l'origine jusqu'à la limite absolue fût aussi comprise entre deux limites de même genre: elle ne devoit pas avoir de finir, puisqu'elle n'avoit pas commencé.
L'intelligence l'[…] humaine s'étoit déjà approprié la spiritualité; elle elle ne pouvoit manquer devoit prendre aussi possession de l'éternité son ame auroit dû elle en suivant sa méthode habituelle, nous l'avons déjà vu conformément à, suivant laquelle est après avoir de transporter hors d'elle les lois de sa propre existence, elle de chercher dans les analogies ce qui manque encore à ses notions intellectuelles et de reporter ensuite vers elle même les supplémens dont les objets extérieurs lui ont donné l'idée: devoit la conduire à l'éternité son ame est elle éternelle Cette méthode Elle se trouvoit donc naturellement conduite à l'éternité de l'ame. On sait qu'en effet cette opinion, présentée sous différentes formes a eu de nombreux partisans. Cependant des raisons secondaires ont fait prévaloir l'idée moins analogique, de la simple immortalité a prévalu.
Ajoutons encore quelques observations à ce qui précède.
Lorsque l'individualité multipliée des êtres invisibles satisfaisoit son imagination, l'homme n'avoit pas encore pratiqué les différens arts en vertu desquels il assigne aux ouvrages de ses mains une destination conforme à ses volontés; les procédés mécaniques lui apprirent qu'après avoir transformé les agens naturels, il pouvoit aussi leur imprimer un mouvement plus ou moins durable; l'analogie le conduisoit ainsi aussi […] à penser que l'être unique qui gouvernoit le monde en étoit l'architecte. verso du folio 13 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 18 » barré d'un trait. Un crochet ouvre, dans la marge, l'alinéa « L'intelligence », et deux autres « Ajoutons encore » et « Lorsque ». « L'intelligence » est porté dans la marge, devant les mots biffés qu'il remplace ; « devoit », « de » (trois fois) et « est » sont écrits au-dessus des lignes ; « nous l'avons déjà » est porté dans la marge de gauche, suivi de mots biffés, et la syntaxe de la phrase n'est pas tout à fait arrêtée. L'addition « Elle se trouvoit donc naturellement conduite à l'éternité de l'ame » est écrite dans la marge de gauche et appelée par une croix après « lui ont donné l'idée » ; les mots entre les lignes qui l'accompagnent (« du reste », « de l' ») ne sont pas sûrs. « ainsi » est écrit au-dessus de « aussi » biffé.
29f. 14r Voici une remarque assez singulière: on avoit été mené directement à dire que le créateur de l'univers n'a pas commencé; l'idée qu'il ne doit pas finir est pour ainsi dire, symétrique de la première. Eh bien, en transportant en lui même s'appropriant le genre de limite que son esprit avoit atteint, l'homme ne l'adopte plus pour origine, mais il en fait le terme de son existence immatérielle. Cette espèce de paradoxe se trouvera son explication lorsque nous nous occuperons de la liaison établie entre la morale et les croyances.
Nous venons de tracer la plus simple marche que l'intelligence humaine ait pu suivre. Témoin des merveilles de la nature, voulant, parcequ'elle en sentoit le besoin, la simplicité l'ordre et les proportions dans ses propres ouvrages; elle attribue et l'unité l'ordre et les proportions qu'elle remarque dans l'univers à la volonté du créateur.
Mais l'esprit philosophique ne pouvoit se contenter d'une explication également applicable aux faits les plus contraires. il est dans par son essence de la volonté d'être en plus ou moins arbitraire; il lui falloit à l'esprit philosophique un plus ferme appui; il cherchoit partout les lois de la nécessité: tantôt la toute puissance divine fut assujettie à de telles lois; tantôt la matière elle même et ses divers accidens furent regardés comme nécessaires. C'est ainsi que l'imagination sans cesse tourmentée en fait […] essaya […] une infinité d'opinions manières différentes […] manières diverses de pour se rendre compte des connoître les réalités dont elle étoit frappée.
Pressé de trouver au dehors les ressemblances à son modèle intérieur, trop encore peu informé des vérités de la nature; ignorant et la quantité de chaque phénomène et leurs rapports entr'eux; l'homme de génie inspiré par le folio 14 en haut à droite, le 4 écrit par-dessus un premier chiffre ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 19 » barré d'un trait. « Voici » est encadré d'un trait. « s'appropriant », « ne », « par son », « en », « l'esprit philosophique » (porté dans l'interligne et la marge, au-dessus de « lui » biffé) et « encore » sont écrits au-dessus des lignes. La construction « par son essence en plus ou moins arbitraire » est restée telle. Les quatre lignes biffées de la fin du troisième alinéa sont reprises plusieurs fois entre les lignes, et plusieurs mots n'en ont pas été lus. Un trait suit « volonté du créateur ». La phrase se poursuit sur la vue suivante.
30par le sentiment profond des conditions de l'être, se sentoit entraîné vers la recherche d'une dépendance mutuelle entre les faits dont il étoit le témoin. Il les coordonnoit suivant ses convenances intellectuelles, il supposoit et trouvoit dans les analogies ce qui manquoit encore à ses connoissances positives. L'esprit de système et devoit égarer l'intelligence humaine; par et pourtant il étoit sans doute inspiré par l'intime persuasion c'étoit […] l'effet inévitable de son penchant à mettre puisqu'il mettoit à la place des certitudes qui n'étoient pas acquises, mille conjectures hardies, qui se trouvant ensuite démenties par des observations nouvelles, laissoient l'empreinte des préjugés léguoient aux générations suivantes des idées véritables préjugés à l'égard des faits encore inconnus. Il est pourtant certain que cet esprit n'a jamais cessé d'être guidé par la prévision de la vérité.
Dans ces derniers tems, on a voulu recueillir les différentes branches de la science en un seul faisceau. L'auteur de la préface de cet grand ouvrage l'Encyclopédie dit, en la terminant: « l'univers, pour qui sauroit l'embrasser d'un seul coup d'œil, seroit un fait unique, une grande vérité. »
Ces paroles remarquables renferment le secret des efforts de l'esprit humain. verso du folio 14 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 20 » barré d'un trait. « dans les analogies ce qui manquoit encore » est écrit au-dessous de « ses convenances intellectuelles », souligné et ramené par un trait, et « à ses connoissances positives » est porté dans la marge de gauche ; « trouvoit » est écrit au bout de la ligne, au-dessus de mots biffés. « sans doute » est écrit au-dessus de « pourtant », les mots « c'étoit… l'effet inévitable de son penchant à mettre » au-dessus de la ligne biffée qu'ils remplacent, « qui n'étoient pas acquises » au-dessus de « certitudes », et « l'Encyclopédie » au-dessus de « cet grand ouvrage » biffés ; ces additions et « en un seul faisceau », ajouté sous « recueillir les différentes branches de la science », sont d'une écriture plus fine et plus droite que le texte, peut-être d'une autre main. « ensuite » et « démenties » sont entourés d'un trait. Les guillemets de la citation sont répétés en tête de chaque ligne ; des traits suivent « en la terminant » et « une grande vérité ».
31f. 15r Chacun des systèmes qu'il a enfantés, avoit pour but de concentrer les faits alors connus aux époques qui les ont vu naître en un fait unique. On établissoit entre ces faits la relation de cause à effet; on vouloit une raison pour qu'ils fussent. On cherchoit une unité, des rapports, un ordre, des proportions, parceque de telles ces conditions sont le caractère du vrai.
Mais On n'étoit pas en état de leur donner un appui solide; mais on généralisoit, avec plus ou moins de bonheur, les résultats dont on avoit acquis la certitude. Une vérité connue imprimoit alors son caractère propre à un vaste système; et mille suppositions combloient ensuite l'intervalle entre cette vérité et celles qui, placées dans un rang secondaire, sembloient devoir y être liées.
Une idée dominante se retrouve partout; l'homme s'est cru le modèle de tous les êtres, le but vers lequel ils tendent, le centre de l'univers. Non seulement ses convenances intellectuelles devoient être réalisées en toutes choses, mais encore ses moindres convenances usuelles étoient la cause finale des êtres les plus éloignés de lui. Ainsi le soleil, la lune, les étoiles sans nombre et presque invisibles, sont faits tout exprès pour fertiliser ses champs et éclairer ses veilles; le moindre brin d'herbe développé sans culture, l'animal du désert, le coquillage qui habite le fond des mers ont leur utilité, ou en d'autres termes, ils sont faits pour l'homme.
On cherchoit l'unité, l'ordre; on les concentroit dans des relations imaginaires. Il y eut d'abord erreur du jugement; mais l'amour propre enchérissant folio 15 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, un nombre barré dont on lit le 2 ; le second chiffre se confond avec le trait qui le barre et n'est pas lu. « alors » et « ces » sont écrits au-dessus des lignes ; des croix de renvoi suivent « enfantés », « fussent » et « veilles », sans objet sur la page. Dans « on les concentroit », la fin du verbe est surchargée. Un trait suit « faits pour l'homme ». La phrase se poursuit sur la vue suivante.
32Cette erreur, et les religions la consacrèrent bientôt. Encore aujourd'hui Nous voyons encore aujourd'hui la trace des opinions qui rapportent toute autre existence à celle de l'homme.
Cependant nous appelons présentement fausses ces deux branches du de l'ancien savoir aucune […] qui, sous les noms d'alchimie et d'astrologie judiciaire, ont joui pendant long tems de la plus haute estime.
La première enseignoit que le corps humain est l'abrégé de l'univers. Les différentes diverses substances qu'elle soumettoit à ses opérations avoient reçu des les noms des différens organes avec lesquels elles avoient des […] ressemblances prétendues. Le foie de souffre est encore connu dans le langage vulgaire. Cette science vouloit aussi aussi l'unité; car elle cherchoit la panacée ou le remède universel; l'alcali ou le dissolvant universel; et ce dissolvant devoit finir par réduire toutes autres substances en un seul élément, qui étoit l'eau. Les métaux […] étoient l'objet de mille doctrines singulières: ils […] on établissoit des rapports entr'eux, et les planètes, dont on leur avoit donné les noms.
L'astronomie judiciaire apprenoit à juger l'influence des astres sur le sort de chaque individu. L'homme, persuadé de son importance, se croyoit menacé par l'apparition des comètes. Les grands de la terre, renchérissant sur l'amour propre de leurs semblables, étoient ne voyoient rien du pas d'évènement plus remarquable que leur disparition de leur propre mort; aussi ne doutoient-ils pas qu'elle ne fût annoncée par ces astres vagabonds qui bien certainement verso du folio 15 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 22 » barré d'un trait. « bientôt » est écrit au-dessus de « Cette » biffé, et « encore aujourd'hui » au-dessus de « voyons la trace » ; un crochet, devant « Nous voyons », marque le début de la phrase. Au-dessus de « aucune » biffé, un petit mot biffé ne se lit pas, non plus que les trois ou quatre mots biffés écrits au-dessus de « qui ». « diverses », « pas d'évènement » sont écrits au-dessus des mots biffés qu'ils remplacent ; « de l'ancien » au-dessus de « du ». Un crochet ouvre « La première enseignoit » dans le texte. Des croix de renvoi suivent « l'univers », « prétendues » et « comètes », sans objet sur la page. « astronomie judiciaire » est écrit ainsi, après « astrologie judiciaire » plus haut. La phrase se poursuit sur la vue suivante.
33f. 16r n'auroient pas quitté pris la peine de visiter la terre s'ils n'eussent été chargés de […] d'avertir ses habitans d'un aussi grand malheur.
M. […] Mais, si nous avons renoncé à ces antiques erreurs, nous conservons cependant encore dans nos argumentations l'invincible habitude de juger de la nature des choses par la possibilité de nous en former une idée; en sorte qu'une proposition est affirmée ou niée suivant que nous pouvons ou ne pouvons pas concevoir son existence. Ainsi nous disons hardiment que la matière est divisible à l'infini; parcequ'il nous est facile de continuer l'opération arithmétique de la division à l'infini. nous disons qu'elle ne peut penser, parcequ'elle est divisible à l'infini et que l'unité de nos opérations intellectuelles répugne à l'idée de la divisibilité.
Cependant nous ne saurons toutes ces choses ni à posteriori, puisque l'expérience ne sauroit les atteindre, ni à priori, puisque la matière ne nous est étant connue que par de simples perceptions, et que par conséquent nous ignorons complètement son essence. On croiroit à voir notre assurance qu'à l'exemple du géomètre nous sommes parvenus à exprimer la nature du sujet avec une telle précision que toutes ses propriétés sont renfermées dans notre définition. mais combien la différence est grande! Au lieu d'une équation absolue, qui renferme l'objet de nos recherches tout entier, en sorte que rien de ce qui lui appartient ne puisse être étranger à cette espèce de définition caractéristique, nous connoissons seulement quelques propriétés relatives à nos sens. Que penser de la singulière folio 16 en haut à droite, et au-dessous, d'une encre noire et épaisse, le chiffre romain « II » ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 23 » barré d'un trait. Dans la marge de gauche, en regard de « Mais, si nous avons renoncé », « M. » suivi d'un nom de sept ou huit lettres, commençant par un D, souligné d'un trait qui revient vers le texte ; le nom n'est pas lu. Un crochet ouvre l'alinéa. « est » est écrit au-dessus de « ou affirmée », « étant » au-dessus de « est » biffé ; « à posteriori » et « à priori » sont soulignés. Au mot biffé qui suit « chargés » sont superposées des lettres qui ne se lisent pas. La phrase se poursuit sur la vue suivante.
34assurance de nos décisions avec laquelle, lorsque nous avons à balancer sur la les probabilités de la formation plus ou moins grande de l'affirmation ou de la négation dans des questions qui ont si peu de prise, nous disons, et que pourtant nous n'hésitons pourtant pas à dire: il est évident, il est absurde, il faut être de mauvaise foi pour ne pas convenir &c. Avouons le. La philosophie a sans doute fait de grands des progrès réels mais pourtant elle doit encore subir de grands changemens si elle peut espérer d'arriver à l'exactitude.
Nous avons déjà remarqué qu'il existe en nous un sentiment profond d'unité, d'ordre et de proportion qui sert de guide à tous nos jugemens.
Dans les choses morales, nous en tirons la règle du bien. Dans les choses intellectuelles, nous y puisons la connoissance du vrai. Dans les choses de pur agrément, nous y trouvons le caractère du beau.
Il nous est absolument impossible difficile de savoir si les conditions qui sont imposées à notre approbation en toutes choses, sont le résultat nécessaire immédiat des lois de l'être, ou si elles dérivent seulement d'un rapport entre toute autre réalité et celle de notre existence.
Plusieurs philosophes paroissent s'être proposé plus ou moins directement les questions que ce doute pourroit faire naître; les uns ont cherché dans les causes occasionnelles de nos sensations des qualités qui leur fussent correspondantes. D'autres ont prétendu nier l'existence des objets qui nous sont extérieurs. verso du folio 16 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 24 » barré d'un trait. Les onze premières lignes, jusqu'à « l'exactitude », sont d'une encre plus pâle que la suite, les corrections d'une encre noire. « avec laquelle », « les », « des », « pourtant », « Avouons le », « réels », « difficile » et « immédiat » sont écrits au-dessus des lignes ; au-dessus de « lorsque », un petit mot barré suivi d'une virgule ne se lit pas, et « avons » est surchargé. Dans « l'exactitude », l'article est écrit sur « la ». Un crochet ouvre dans la marge l'alinéa « Nous avons déjà remarqué ». Un trait suit « nos jugemens ».
35f. 17r De nos jours, Kant a fort bien établi a discuté une question de ce genre. eux suivant sa remarque expresse que les argumens les plus concluans peuvent être attribués ou à des rapports nécessaires, ou aux formes de notre entendement: en sorte qu'à cet égard, toute décision rationnelle nous parfaite être interdite quant au raisonnement à priori.
On ne sauroit nier en effet la légitimité de ce doute philosophique: car il ce doute est fondé sur l'impossibilité de comparer aucun autre jugement à celui de l'homme.
Cependant l'opinion qui attribueroit à l'être considéré en lui même l'unité, l'ordre et les proportions que nous cherchons dans tous les objets de notre attention qui fixent notre attention auroit en sa faveur certaines inductions qu'il n'est peut-être pas inutile de développer. Nous allons tâcher d'exposer clairement la nature de ces inductions; il sera facile est d'apprécier ensuite quel degré de confiance il convient de leur accorder.
Voici quelques observations préliminaires.
Notre logique se compose d'un certain nombre de règles dictées par la raison universelle. Ces règles ne seroient pas moins certaines pour nous lorsqu'on admettroit voudroit qu'elles enseignassent seulement à former et à reconnoître les jugemens que tout homme de bon sens ne sauroit contester. Si nous adoptons, pour un instant l'hypothèse de l'entier isolement de la raison, c'est-à-dire si nous supposons qu'aucun objet extérieur à l'esprit de l'homme ne soit venu à sa connoissance, folio 17 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 25 » barré d'un trait. Le début est très repris et sa syntaxe n'est pas arrêtée. « a discuté » est écrit au-dessus de « a fort bien établi » biffé. Au-dessus de « eux suivant » biffés, trois ou quatre mots biffés, dont le premier est « il », et « à » ; dans la marge de droite, deux petits mots, lus « porte par » et « ce que », sont ramenés par un trait après « une question » et « expresse » ; « que » est biffé en fin de ligne. La lecture « sa remarque expresse » est donc incertaine. Un petit mot est biffé devant « argumens ». « parfaite » est écrit au-dessus de « nous » biffé ; « ce doute » au-dessus de « il » biffé ; « voudroit » au-dessus de « admettroit » biffé ; « enseignassent » est écrit sur une première terminaison. « quant au raisonnement à priori » est ajouté sous la ligne, et « à priori » souligné.
36et que, livré uniquement à ses propres pensées et à celles qu'il qu'il doit aux sociétés humaines, il ait cherché à rassembler dans un corps de doctrine les vérités de son être, celles qui naissent de ses rapports sociaux, de ses affections et de ses devoirs; nous y trouverions que les idées du bien, du vrai et du beau seront telles qu'elles nous qui nous sont actuellement connues. Notre morale, notre logique et nos règles du goût, ne seroient […] pas changées; car alors même, l'art des reproduire les impressions reçu des récits animés, de la peinture des passions, substitueroient encore l'invention d'une action poétique offriroient encore des sujets à l'art d'embellir et à celui de plaire et la littérature appauvrie ne seroit pourtant pas anéantie.
Dans cette position hypothétique, la question de savoir si les rapports entre les différentes parties d'un sujet sont nécessaires en eux mêmes ou s'ils nous semblent tels uniquement en vertu de nos formes intellectuelles ne se seroit sans doute pas présentée à l'esprit des philosophes. Peut-être même eussent-ils été dans l'impossibilité d'en comprendre le sens, uniquement environnés des choses humaines; et comment en effet auroient-ils songé à la notion abstraite de l'être? puisqu'un lorsqu'un seul mode d'existence de nos leur eût été connu? et Leur forme logique eût été pouvoit être la nôtre; mais les conclusions mais leurs opinions dogmatiques eussent été pourtant fort différentes de celles qui ont vieilli parmi nous. verso du folio 17 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 26 » barré d'un trait. Les deux premiers mots, « et que », sont biffés d'un trait léger ; « uniquement » est écrit au-dessus de « livré ». La deuxième ligne commence par « qu'il », répété, et la syntaxe de « et à celles qu'il qu'il doit aux sociétés humaines » n'est pas arrêtée : le texte donne ici ce que les ratures laissent. « y » est écrit au-dessus de « trouverions », écrit sur « trouverons ». Au-dessus de « Notre », « ne seroient » suivi d'un mot biffé qui ne se lit pas, et « pas changées » ; « les » est écrit au-dessus de « les » biffé devant « récits » ; « de plaire » au-dessus de « et à celui » biffés. Un « 2 » est porté dans la marge devant « la peinture des passions » et un « 1 » devant « des sujets », indiquant peut-être un ordre à rétablir. « sujet » est écrit au-dessus de « d'un ». L'addition « et comment en effet », entre les lignes, est suivie d'une croix ; « lorsqu'un » est écrit au-dessus de « puisqu'un » biffé, et un long trait ramène « un seul mode d'existence… connu? » après « la notion abstraite de l'être? ». Au-dessus de « eût été » biffés, deux mots dont le premier est surchargé, lus avec doute « pouvoit être » ; « mais » est écrit au-dessus de « les conclusions » biffés, et « pourtant » biffé au-dessus de « fort ».
37f. 18r Arrêtons nous un instant un instant notre attention sur l'objet du doute philosophique, et tâchons d'en faire bien définir la nature.
La question qui a été proposée par Kant tend à sapper dans ses fondemens la réalité absolue de toutes les certitudes que nous pouvons obtenir; elle réduit à n'être que des vérités relatives, celles mêmes dont nous possédons les plus claires démonstrations. Le doute que ce philosophe célèbre attaqueroit principalement ce que nous avons admis concernant les attributs de l'être. Ainsi le type intérieur qui nous sert à distinguer le bien, le vrai et le beau seroit bien en effet celui qui convient à notre manière de sentir, mais n'auroit en dehors de nous aucune réalité dont nous pussions obtenir l'assurance.
L'auteur, après avoir dénié la preuve de l'existence de Dieu, qui se fonde sur la nécessité de trouver une cause première à l'existence cette de l'univers, cherche ce qui manque dans le sentiment ce qui manque au raisonnement. Mais il est facile de voir que cette concession en faveur des idées morales est purement arbitraire, et qu'elle est uniquement destinée à servir de sauve garde au système des la causalité formes intellectuelles.
Nous l'avons déjà dit, et cette proposition est fondamentale, il n'existe qu'un seul modèle du vrai, ses copies diffèrent comme les objets qui en reçoivent l'empreinte. Dans le bien, dans la vérité la morale, dans la science, dans la littérature, dans les beaux arts, nous cherchons toujours l'unité d'existence, l'ordre et les proportions d'un même tout. dans entre les parties d'un même tout. folio 18 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 27 » barré d'un trait. Écriture plus régulière et moins raturée que celle des pages précédentes. « phi » est récrit au-dessus de « philosophique ». « cette », au-dessus de « l'existence » biffé, laisse la construction « à cette de l'univers » telle quelle. Une croix de renvoi suit « de Dieu », sans objet sur la page. Dans « des formes intellectuelles », « des » est écrit sur « de la ». « entre » est écrit au-dessus de « dans » biffé.
38Voici la question qui se présente: le modèle du vrai, ce type de l'être, le devons nous au fait de notre existence considérée abstractivement, c'est-à-dire, suffit-il qu'il existe un être intelligent pour qu'il trouve en lui même les conditions sans lesquelles aucune existence n'est possible; ou est-ce au mode particulier de notre être qu'appartiennent les conditions qui sont pour nous le caractère du vrai?
Notre question comprend celle de Kant, celle-ci qui pourroit être ainsi exprimée: notre logique est-elle celle de la raison absolue, ou convient-elle uniquement à la raison humaine?
A l'égard de ce que ce philosophe remarque touchant notre tendance intellectuelle à chercher les causes de tout ce qui frappe notre attention, il me paroît qu'en adoptant notre manière d'envisager les choses, cette tendance ne seroit l'avertissement que nous ne voyons pas dans son entier l'objet que nous examinons. Il se présente s'offre à nous avec le caractère fractionnaire, nous demandons qu'elle en quelle en est l'unité; nous pour le voyons comme étant une partie; nous cherchons à quel tout le tout auquel cette partie appartient.
Prenons un exemple; supposons qu'au lieu d'envisager l'équation du cercle, nous soyons frappés d'une des propriétés des sinus et cosinus; nous pourrions bien demander pourquoi cette propriété a lieu en effet; car alors nous n'aurions sous les yeux qu'une partie du sujet; mais, si nous remontons jusqu'à le verso du folio 18 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 28 » barré d'un trait. « qui » est écrit au-dessus de « celle-ci » biffé ; « s'offre » au-dessus de « se présente » biffé ; « le » et « auquel » au-dessus de « à quel tous », dont un petit mot est lui-même biffé : le texte donne la leçon finale, où « tout » reste à sa place. Dans « paroît » une lettre est surchargée d'une croix. Des croix de renvoi suivent « lui même » et « un exemple », sans objet sur la page. La phrase se poursuit sur la vue suivante.
39f. 19r première expression de la courbe, notre curiosité est pleinement satisfaite; nous avons défini l'essence; nous voyons une existence complète. Bien certainement cet être absolu et nécessaire seroit compris de la même manière par les intelligences les plus diverses que nous puissions imaginer.
Pennequin Mais de pareils sujets sont en petit nombre. ils appartiennent aux mathématiques pures, nos raisonnemens logiques s'appliquent au contraire, et à tous les sujets que nous considérons. Nous avons vu que la question de leur certitude absolue ou relativité seroit insoluble à priori; que, elle seroit si elle pouvoit être comprise par l'homme que nous avons supposé environné uniquement des choses humaines, il hésiteroit pas à affirmer que rien n'est plus absolu que […] ses nécessités intellectuelles. Sans doute même il iroit plus loin; Ainsi par exemple et à beaucoup d'égards ses idées seroient contraires aux nôtres.
Ainsi, par exemple, j'ai dit comment nous sommes parvenus à établir que la matière ne pense pas. L'homme, que je suppose ne connoître autre chose que lui même et ses semblables, n'auroit pu imaginer qu'il y eût deux substances en lui; aucune action extérieure ne l'auroit forçoit à chercher des individualités invisibles et douées de volontés; […] il n'eût pas douté été pour lui un de l'unité de son existence; et, si, dans cette position hypothétique des corps inertes lui eussent été présentés, il n'[…] […] pu manquer de les croire doués de sentiment et de pensées; l'expérience seule auroit pu fini par réformer ce dogme que la matière est douée ou l'étendue pense et réfléchit, veut et agit. folio 19 en haut à droite ; en haut à gauche, à l'encre, un nombre barré d'un trait, lu « 29 » avec quelque doute, le premier chiffre étant empâté. Dans la marge de gauche, en regard de « Mais de pareils sujets », le mot « Pennequin », d'une grande écriture, souligné d'un trait qui revient vers le texte ; plus bas, en regard de « ou relativité », le mot « Absolue », ici mis dans le texte après « certitude ». « la question de » est écrit au-dessus de « leur ». « environné » est écrit sur un premier mot ; « pas » est ajouté sous « hésiteroit », sans « n' ». Au-dessus de « il peut été pour lui un », où « été pour lui un » est biffé, sont écrits « pas douté » et « de » ; le verbe qui précède « pas douté » est surchargé et n'est pas sûr, et le mot biffé devant « il » ne se lit pas. « iroit » est surchargé. « son » est écrit au-dessus de « d'existence ». Après « il n' », un mot biffé et un mot surchargé ne se lisent pas. « fini par » est écrit au-dessus de « pu » biffé. Une croix de renvoi suit « lui même », sans objet sur la page.
40Ainsi voyons-nous les enfans, qu'on a soin de préserver du contact des objets dont ils sont environnés attribuer la volonté de les frapper au corps dont le choc vient à les blesser. La loi du talion, loi de justice innée, les porte à rendre le coup qu'ils viennent de recevoir, et le conseil de leur nourrice, qui les y invite, leur est suggéré par le désir que l'enfant manifeste naturellement d'être vengé d'une attaque qu'il regarde comme volontaire.
L'observateur qui réfléchit pense alors que l'enfant raisonne mal; ignore encore les propriétés de la matière et se croit beaucoup mieux instruit tandis que ses idées dérivent immédiatement du même sentiment d'analogie qui a porté l'homme placé dans une position différente à des idées dogmatiques entièrement opposées.
Où trouverons nous à présent la solution de la difficulté qui nous occupe? Les raisonnemens à priori ne peuvent l'atteindre, puisqu'ils sont tous formés par la raison, dont nous voulons juger la manière d'agir: et lorsque nous […] avons recours aux preuves extérieures, nous trouvons que, suivant la position de l'observateur, il est conduit aux opinions l'analogie le conduit aux opinions les plus contraires.
Ah! si les conjectures de l'homme eussent toujours été réalisées; si l'expérience eût sanctionné tous les systèmes qu'il a imaginés; si, lorsqu'il avait jugé de l'impossibilité d'un fait, d'un ordre quelconque de choses, contemporaines ou successives, l'observation n'eût jamais démenti ses décisions théoriques, qui pourroit douter de l'absolutisme de nos nécessités verso du folio 19 ; en haut à gauche, à l'encre, le nombre « 30 » barré d'un trait. « Ainsi » est surchargé à l'initiale. « talion » est écrit d'une plume chargée et sa lecture n'est pas sûre ; « choc » est écrit sur « chose ». « raisonne mal » est écrit au-dessus de « ignore encore », qui ouvre les deux lignes biffées ; « ses » est écrit sur « les ». « à présent » est écrit sur un premier mot ; « à priori » est souligné. Le mot biffé entre « nous » et « avons » ne se lit pas sûrement. L'initiale de « Ah! » est écrite sur un premier mot biffé. « avait » est écrit ainsi, et non « avoit ». Une croix de renvoi suit « blesser », sans objet sur la page. La phrase se poursuit sur la vue suivante, hors de ce lot.