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      <titleStmt>
        <title>Manuscrits de Sophie Germain, Français 9117, vues 41–60 — transcription</title>
        <author>Sophie Germain</author>
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          <resp>transcription automatique — première passe, non vérifiée contre les pages par une personne (<date when="2026-09-14">2026-09-14</date>)</resp>
          <name xml:id="pass" type="model">Opus 5 (claude-opus-5)</name>
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          <resp>procédure, outillage, export TEI</resp>
          <orgName xml:id="ed">germain.commutator.io (Commutator, Paris)</orgName>
        </respStmt>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Lecture automatique — non vérifiée</edition>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Commutator</publisher>
        <pubPlace>Paris</pubPlace>
        <date when="2026-09-16">2026-09-16</date>
        <availability status="free">
          <licence target="https://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/">CC0 1.0</licence>
          <p>Le manuscrit transcrit est dans le domaine public. Cette
          transcription est une première lecture automatique, non vérifiée, placée
          dans le domaine public (CC0) ; aucune image n'est reproduite — le
          fac-similé est celui de Gallica, cité vue par vue. Source gallica.bnf.fr /
          Bibliothèque nationale de France. La source LaTeX dont ce fichier
          dérive est publiée sous https://github.com/Commutator-IO/germain-project.</p>
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          <msIdentifier>
            <country>France</country>
            <settlement>Paris</settlement>
            <repository>Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits and Bibliothèque de l'Arsenal</repository>
            <collection>Manuscrits de Sophie Germain</collection>
            <idno type="shelfmark">Français 9117</idno>
          </msIdentifier>
          <head>« Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres aux différentes époques de leur culture, » par Sophie GERMAIN.</head>
          <msContents>
            <summary>Vues 41 à 60 du volume, dans la
            numérotation de Gallica (une vue par image) ; lot 3 de vingt vues.
            La foliotation au crayon de la BnF, quand elle a pu être lue, est
            donnée par un milestone[@unit='folio'] ; elle n'est jamais déduite.
            Les vues absentes de la transcription ne portent rien à lire et sont
            omises ; le saut dans la numérotation en est le seul enregistrement.</summary>
          </msContents>
          <history><origin><origDate>1801-1900</origDate><note>Datation du catalogue, reproduite telle quelle.</note></origin></history>
          <additional>
            <surrogates>
              <bibl>
                <ref target="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733</ref>
                <note>Fac-similé numérique de la Bibliothèque nationale de France
                sur Gallica, servi par l'API IIIF. L'attribut
                <hi rend="monospace">facs</hi> de chaque
                <hi rend="monospace">pb</hi> pointe la vue correspondante dans
                le lecteur de Gallica.</note>
              </bibl>
            </surrogates>
          </additional>
        </msDesc>
      </sourceDesc>
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      <projectDesc>
        <p>Transcription de manuscrits de mathématiciens numérisés dans Gallica, une passe de vingt vues
        par conversation avec un grand modèle multimodal, sous la procédure
        <hi rend="monospace">transcribe</hi> du dépôt. Le fichier
        LaTeX est la source de référence ; ce TEI en est dérivé mécaniquement
        par <hi rend="monospace">scripts/tei.mjs</hi> et n'a pas été relu.</p>
      </projectDesc>
      <editorialDecl>
        <p>L'édition n'est pas diplomatique : elle encode les mathématiques et
        l'apparat, rien du support. Correspondance avec l'apparat de la source :
        <hi rend="monospace">\ill</hi> devient <hi rend="monospace">gap[@reason='illegible']</hi>
        (jamais deviné) ; <hi rend="monospace">\uncertain</hi> devient
        <hi rend="monospace">unclear</hi> ; <hi rend="monospace">\add</hi> devient
        <hi rend="monospace">supplied</hi> ; <hi rend="monospace">\struck</hi> devient
        <hi rend="monospace">del</hi> (biffé par l'auteur) ;
        <hi rend="monospace">\note</hi> devient <hi rend="monospace">note[@type='editorial']</hi>
        (du transcripteur) ; <hi rend="monospace">\marginal</hi> devient
        <hi rend="monospace">note[@type='authorial'][@place='margin']</hi> (de l'auteur) ;
        <hi rend="monospace">\page</hi> devient <hi rend="monospace">pb</hi> (vue de Gallica) ;
        <hi rend="monospace">\folio</hi> devient <hi rend="monospace">milestone[@unit='folio']</hi>
        (foliotation de la BnF, jamais déduite).</p>
        <p>Les mathématiques sont transportées en TeX dans
        <hi rend="monospace">formula[@notation='TeX']</hi>, les diagrammes
        commutatifs en <hi rend="monospace">formula[@notation='tikz-cd']</hi>,
        sans conversion. Une marque d'apparat située à l'intérieur d'une
        formule (un exposant illisible, un symbole biffé) reste dans le TeX de
        la formule, sous les mêmes macros.</p>
        <p>Orthographe, ponctuation et lapsus de l'auteur sont conservés ; une
        faute évidente est signalée par une note, jamais corrigée.</p>
      </editorialDecl>
      <appInfo>
        <application ident="germain-tei" version="1">
          <label>scripts/tei.mjs</label>
          <ref target="https://github.com/Commutator-IO/germain-project">https://github.com/Commutator-IO/germain-project</ref>
        </application>
      </appInfo>
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        <language ident="fr">français, avec la notation mathématique de l'auteur</language>
      </langUsage>
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    <revisionDesc>
      <change when="2026-09-14" who="#pass">Première passe de transcription.</change>
      <change when="2026-09-16" who="#ed">Export TEI depuis la source LaTeX.</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <body>
      <div type="batch" n="3">
<p><note type="editorial" resp="#pass">Numérotation des pages. Deux séries. En haut à gauche de chaque
page, un nombre biffé, à l'encre, de 31 (vue 41) à 50 (vue 60), un par page ; lus
avec assurance : 31, 37, 41, 43, 46, 50 aux vues 41, 47, 51, 53, 56, 60 ;
les autres sont serrés sous le trait et lus dans la suite. En haut à
droite des rectos seulement — vues 41, 43, 45, 47, 49, 51, 53, 55, 57,
59 — les nombres 20 à 29 ;
à côté de 21 (vue 43) un « 8 » biffé, à côté de 27 (vue 55) un second
« 27 » biffé, tous deux à l'encre de l'auteur. Cette seconde série, d'un
trait fin et gris, est la foliotation de la Bibliothèque ; elle est portée
en « f. » à chaque recto. La vue 41 commence au milieu d'une
phrase commencée à la vue 40 ; la vue 60 s'arrête au milieu d'une
phrase.</note></p>
<pb n="41" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f41.item"/><p><milestone unit="folio" n="20r"/>
logiques ? Les formes intellectuelles de l'observateur auroient-elles
donc le pouvoir de ployer à leurs convenances les sujets soumis à son
examen ?</p>
<p>Nous sommes loin de cette heureuse position. L'histoire des sciences
nous présente mille écarts, et l'esprit humain a employé plus d'efforts
à <del>renverser</del> détruire ses propres ouvrages qu'à en reconstruire
de nouveaux. <del>Chaque</del> Le systèmes satisfesoit, à l'aide des
suppositions les plus hasardées, aux faits qu'il<del>s</del>
devoit<del>ent</del> expliquer ; <del>bientôt</del> <del>ils</del> ces systèmes
devenoient insuffisans, mais leur influence sur l'esprit des philosophes
étoit alors un obstacle <del>qu</del> difficile à vaincre pour arriver à
la connoissance de la vérité.<note type="editorial" resp="#pass">« Le » est écrit au-dessus de
« Chaque » biffé, mais « systèmes » garde son <hi rend="italic">s</hi> ; le verbe et
« il<del>s</del> devoit<del>ent</del> » sont au singulier. « ces systèmes »
est ajouté au-dessus de « ils » biffé ; « mais » est serré dans
l'interligne.</note></p>
<p><del>Si</del> <gap reason="illegible"/>. Si<note type="editorial" resp="#pass">Au-dessus de « Si » biffé, une addition de
deux signes, soulignée, dont le premier n'a pas été lu ; le second est
« Si ».</note> nous portons en nous-mêmes le type du vrai, pourquoi avons-nous
commis tant de méprises ! Si notre logique n'est autre chose que le
recueil des préceptes de la raison absolue, comment, <del>avec</del>
malgré les secours d'un guide sûr, avons nous pû errer si longtems dans
la région nébuleuse des suppositions gratuites.</p>
<p>En examinant la première de ces questions, Nous verrons qu'il est hors
de doute que le type du vrai n'a jamais cessé de se faire sentir au
milieu des écarts de la raison. Et, en effet, chaque système a été
inspiré par la connaissance d'une vérité incontestable. L'homme de
génie, frappé de l'importance de cette vérité, et persuadé de l'unité
de l'être, a voulu rapporter toutes choses à celle dont il avoit acquis
la certitude. Alors il a imaginé, il a supposé, il a rempli, d'une
manière plus ou moins heureuse,</p>
<pb n="42" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f42.item"/><p>les nombreux intervalles entre les points solidement établis. Mais cet
esprit supérieur auteur d'un vaste système n'a jamais confondu, dans sa
conscience, la certitude absolue qui servoit de base à l'œuvre de la
pensée avec la probabilité, souvent bien foible à ses propres yeux, des
suppositions destinées à lier entre elles les diverses parties de sa
doctrine.</p>
<p>C'est là c'est dans la pensée des inventeurs qu'il faut étudier la
nature de l'intelligence humaine, et,<note type="editorial" resp="#pass">« et, » est ajouté dans la
marge de gauche.</note> à cet égard l'histoire du genre humain se réduit à
celle d'un petit nombre d'hommes nés avec l'honorable mission d'éclairer
leurs semblables.</p>
<p>Sans doute le modèle du vrai, qui nous sert à reconnoître le bon et le
beau, n'est pas le partage exclusif de ces hommes privilégiés ; mais des
esprits communs ne voyent qu'autour d'eux. Dans le cercle de leurs
affections et de leurs intérêts, ils sont juges éclairés ; au delà il
n'existe aucune certitude dont ils fassent cas ; et d'ailleurs ils
manqueroient de facultés pour savoir l'apprécier.</p>
<p>Revêtues des formes séduisantes qu'une imagination élevée sait prêter à
ses conceptions, les doctrines systématiques ont été adoptées avec
enthousiasme par la curiosité publique ; les esprits cultivés en ont
fait leur pâture ; elles ont été enseignées dans les écoles. Il
s'agissoit de les savoir, et non pas de les juger. On en
suivoit les conséquences ; on en multiplioit les applications ; tout le
monde parloit d'après le maître, on expliquoit sa pensée ;
<unclear>on</unclear> faisoit sur ses écrits mille commentaires qu'<del>il</del>
lui même n'eût <del>sans</del> certainement pas adoptés.<note type="editorial" resp="#pass">« lui même »
est ajouté au-dessus de la ligne, avec un signe d'insertion, et
« certainement » au-dessus de « sans » biffé. Le mot lu « on », après
« pensée ; », est souligné et surchargé.</note></p>
<pb n="43" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f43.item"/><p><milestone unit="folio" n="21r"/>
La simplicité primitive disparoissoi<del>en</del>t ; une foule d'erreurs
venoient obscurcir le fond de vérité qui avoit éclairé le premier
auteur du système ; et pourtant l'enseignement et le crédit y étoient
obstinément attachés, jusqu'à ce qu'une hypothèse plus en harmonie avec
les progrès de l'observation eût satisfait au besoin de savoir, qui a
devancé, pendant un tems si long, la création de la science véritable.</p>
<p>Ici se présente naturellement la question relative aux certitudes
logiques. Comment, si elles sont absolues, l'esprit humain a-t-il pû,
s'abandonner à l'erreur ?</p>
<p>Il est d'abord évident que tout faux raisonnement, dès lors qu'il peut
être jugé tel par la raison humaine, doit être attribué à toute autre
cause qu'au défaut d'absolutisme dans nos nécessités intellectuelles. Il
ne reste donc autre chose à examiner que les déviations commises, par
l'homme de bonne foi et de jugement éclairé, qui, partant d'un principe
certain et raisonnant avec la plus <del>s</del> sévère exactitude, est
cependant arrivé à des conclusions démenties par les faits.</p>
<p>Nous observerons qu'il est extrêmement difficile d'exprimer le principe
certain dont on veut suivre les conséquences, d'une manière assez
précise pour être sûr qu'il soit compris tout entier dans la définition
à laquelle il donne lieu, et qu'en même tems, aucune idée qui</p>
<pb n="44" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f44.item"/><p>ne seroit pas nécessairement comprise dans le principe certain n'ait pas
été indûment introduite dans la définition.</p>
<p>La difficulté <del>dont nous <gap reason="illegible"/></del> dont nous parlons tient à la
nature des langues. Elles doivent leur origine à des communications
usuelles ; dans les idées qui se rapportent aux choses présentes ou à
celles qui sont parfaitement connues, elles ont toute l'exactitude
désirable ; mais, pour les <del>faisant servir au</del> rendre
applicables à des sujets philosophiques, il a fallu prendre au figuré
des termes fort clairs, à la vérité, dans leur signification propre,
mais dont la précision ne pouvoit se conserver lorsqu'on altéroit le
sens dans lequel on étoit accoutumé à les entendre.</p>
<p>Cette difficulté a toujours été sentie. On a crû l'éluder en forgeant
des mots nouveaux, lorsqu'on avoit à exprimer des idées nouvelles ; Il
est évident cependant que ces mots eux-mêmes <del>étoient</del> avoient
besoin d'être définis, et ne remédioient nullement à l'inconvénient du
défaut de précision. Loin de là ; <del>même</del>, les expressions
techniques ont été interprétées de manières diverses, suivant les
opinions des <del>savans</del> personnes qui cherchoient dans un système
accrédité <del>un</del> <unclear>l'</unclear>appui <del>en faveur</del> pour de
leurs idées particulières. <del>Elles sont</del> les expressions
techniques sont ainsi devenues une des sources les plus fécondes, de la
divagation des opinions philosophiques. <del><gap reason="illegible"/></del> Les
<del>mots</del> expressions étoient les mêmes ; <del>mais</del> chacun avoit
une opinion disparate à celle de son interlocuteur.<note type="editorial" resp="#pass">« pour » est
écrit au-dessus de « en faveur » biffé, sans que « de » paraisse biffé ;
« les expressions techniques sont » est écrit au-dessus de « Elles
sont » biffé. Un mot court, biffé, se lit au-dessus de la ligne avant
« Les ».</note></p>
<pb n="45" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f45.item"/><p><milestone unit="folio" n="22r"/>
Dans un tems reculé, dont il est sans doute difficile d'assigner les
premières époques <del>commencement, l'esprit humain</del>, les propriétés
générales des nombres, celles des figures simples et des corps
réguliers, avoient attirées l'attention des hommes nés avec le génie des
sciences exactes. Ici les idées sont d'une extrême simplicité. On avoit
sous les yeux les figures et les corps géométriques eux mêmes ; il étoit
<del>donc</del> impossible de leur attribuer des propriétés qu'ils
n'avoient pas.<note type="editorial" resp="#pass">« époques » est écrit au-dessus de la ligne, le
<hi rend="italic">s</hi> détaché ; « les » surcharge « le ».</note></p>
<p>Des remarques multipliées ont conduit à la connoissance parfaite de ces
objets ; un grand nombre de théorèmes curieux en ont été le fruit,
<del>et</del> lorsqu'on a voulu exprimer ces théorèmes et ceux qui
concernent les nombres, quelques signes dont la signification ne
pouvait être équivoque ont suffi pour représenter avec précision des
idées d'une exactitude parfaite.</p>
<p>Dès leur naissance, les sciences mathématiques ont offert à l'esprit
humain l'entière réalisation de ce type du vrai, objet de ses plus
chères affections. Partout ailleurs, il en cherchoit en vain les
caractères sublimes. Mille suppositions gratuites avoient été
incorporées à un petit nombre de vérités ; et, malgré les formes
absolues de l'enseignement philosophique, l'homme doué d'un esprit
juste, sentoit au fond de sa conscience que l'étude ne pouvoit le
conduire à aucune certitude véritable.<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est tracé
devant « Partout ». Sous la fin du paragraphe, à droite, un mot en
paraphe, <gap reason="illegible"/>.</note></p>
<p>Les tems ne sont pas encore fort éloignés où les sciences physiques,
morales, religieuses, et politiques étoient <del>obscurcies</del>
surchargées <del>par</del> d'une foule de doctrines hypothétiques et
mystérieuses. Aussi voyons-nous qu'alors la géométrie inspiroit un
enthousiasme que nous ne retrouvons plus au même degré.</p>
<pb n="46" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f46.item"/><p>Et comment en effet, après s'être astreint à étudier avec application
les divers systèmes qui composoient la science, systèmes rendus plus
obscurs encore, par une foule de commentaires, dont les auteurs étoient
loin de la sagacité des premiers inventeurs et se contredisoient entre
eux de <del>mille</del> cent manières diverses, l'homme doué du sentiment
profond des conditions qui n'appartiennent qu'au vrai, n'auroit-il pas
été transporté d'une joie indicible en trouvant au plus haut degré cette
<del>évidence</del> clair<del>e</del>voyance de la vérité, dont la privation
l'avoit si cruellement tourmenté ?</p>
<p>Descartes osa douter publiquement des doctrines de l'école.
<del>mais</del> Le grand homme n'eut pourtant pas le courage de renoncer à
l'espérance <del>mille</del> tant de fois deçue, d'arriver enfin à
réaliser la copie fidèle du type de l'être <del>; ce type étoit
empreint avec force dans son génie créateur</del>, il reconstruisit l'univers
<del>tout</del> sur un nouveau plan. Mais le noble exemple qu'il avoit
donné servit bientôt à faire rejetter son propre système.
Descartes<note type="editorial" resp="#pass">« Descartes » est écrit sur un « Il ».</note> rendit ainsi à la
raison <del>publique</del> un service immense ; il créa pour elle une
époque nouvelle ; elle lui doit son indépendance. L'hypothèse ingénieuse
des tourbillons, semblant appartenir au tems qui venoit de finir, aussi
en marqua-t-elle la dernière limite, et les efforts de l'esprit humain
changèrent-ils alors entièrement de direction.</p>
<pb n="47" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f47.item"/><p><milestone unit="folio" n="23r"/>
Les sciences mathématiques étoient composées de deux parties
distinctes : Descartes sut les réunir. Elles avoient déjà fait d'assez
grands progrès : l'application de l'algèbre à la géométrie leur donna un
nouvel essort ; Elles étoient isolées de toutes autres recherches ; la
langue des calculs, déjà ployée à un usage nouveau, <del>devint</del>
<del>fut</del> bientôt après susceptible d'exprimer les grands faits du
ciel.<note type="editorial" resp="#pass">Au-dessus de « fut » biffé, un mot court, <gap reason="illegible"/>, qui paraît
biffé lui aussi ; « après » est ajouté au-dessus de la ligne.</note> Ainsi le
même homme qui avoit <del>déjà</del> eu la gloire de renverser d'anciennes
erreurs eut la gloire, plus grande encore, d'ouvrir à ses successeurs
une route dans laquelle il étoit impossible <del>qu'ils
s'égarassent</del> de s'égarer.</p>
<p>Newton parut, armé d'un nouveau genre de calcul : <del>et</del> l'unité,
l'ordre <del>et</del> les proportions de l'univers, que le sentiment du
vrai avoit fait chercher si longtems, devinrent des vérités
mathématiques. Son génie avoit reconnu la cause des mouvemens célestes ;
une analyse pleine de finesse lui servit à les mesurer. L'optique devint
aussi entre ses mains une science nouvelle, et il devina, par rapport à
la nature des corps réfringens des vérités qu'il étoit réservé à la
chimie de vérifier, longtems après.</p>
<p>C'est de cette époque, à jamais mémorable, qu'il faut datter l'alliance
entre les sciences mathématiques et les sciences physiques. La mécanique
et l'hydrodynamique avoient été connues des anciens. De grands travaux
et les livres d'Archimède attestent qu'ils en savoient et la pratique et
la théorie. mais l'idée des quantités est tellement inhérente à celle
des forces qu'on peut dire de ces deux sciences qu'elles sont
essentiellement mathématiques.<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est tracé devant
« La mécanique ».</note></p>
<pb n="48" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f48.item"/><p>Leurs élémens, ceux de l'algèbre, et ceux de la géométrie composoient
tout le domaine des idées exactes. Partout ailleurs, on ne retrouvoit
plus que les vains efforts du génie pour arriver à la connoissance de la
vérité, et les erreurs sans nombre que les doctrines insuffisantes des
premiers inventeurs traînoient à leur suite. Le langage mystérieux
employé par les philosophes, langage plus obscur encore que les idées
qu'il étoit destiné à exprimer, formoit avec la langue précise et claire
des sciences exactes un contraste singulier.</p>
<p>Dans un tems où les géomètres vivoient isolés et où ils étoient en petit
nombre, ce contraste étoit connu d'eux seuls ; et son effet se bornoit à
leur inspirer le plus profond mépris pour toutes les autres sciences.
Mais lorsque les phénomènes célestes, objets d'admiration et de la
curiosité des hommes, vinrent se ranger sous les lois du calcul, l'étude
des mathématiques devint plus générale, <del>et le contraste entre la
rigueur de leur méthode et sur l'argumentation stérile des école,
frappa tous</del> et les bons esprits furent frappés d'une manière
d'argumenter si différente de celle de l'école.<note type="editorial" resp="#pass">Les trois lignes
biffées portent en interligne « supériorité », biffé avec elles. « d'argumenter
si différente de celle de l'école » est écrit sous la ligne, en
interligne serré.</note></p>
<p><unclear>L'astronomie</unclear> physique remplaçoit des hypothèses discréditées ;
une vive lumière succédoit à l'assemblage des idées les plus
<del>bizarres</del>, obscures. Cette révolution subite ébranla l'empire des
préjugés ; elle alarma les hommes intéressés à en soutenir le règne. Ils
craignoient les vérités les plus étrangères à leurs doctrines ;
<del>et</del> aucune profession de foi ne parut assez orthodoxe pour les
rassurer.<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est tracé devant ce paragraphe.</note></p>
<pb n="49" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f49.item"/><p><milestone unit="folio" n="24r"/>
semblables au peintre qui éloigne des regards du spectateur tout objet
réel et palpable, l'instinct d'une sorte de perspective morale les avoit
avertis du danger des comparaisons.<note type="editorial" resp="#pass">À la suite, au milieu de la
ligne, un mot en paraphe, souligné, <gap reason="illegible"/>.</note></p>
<p>Tandis que le système du monde présentoit aux philosophes, le spectacle
nouveau d'un mécanisme simple dans son principe et fécond dans ses
conséquences, la physique sublunaire étoit encore surchargée de mille
suppositions, nées du besoin d'expliquer les faits dont la liaison étoit
inconnue. L'attachement aux vieilles routines, lorsqu'il étoit exempt de
<del>l'envie d'imposer</del> l'envie d'imposer, ne pouvoit tenir longtems
<del>ne pouvoit tenir longtems</del> <del>contre le désir</del> contre le
désir et l'espérance d'obtenir dans d'autres genres d'études des succès,
dont un grand exemple venoit de révéler la possibilité.<note type="editorial" resp="#pass">Au-dessus
de « l'envie d'imposer » biffé, une première correction, biffée elle
aussi, <gap reason="illegible"/> ; « l'envie d'imposer » est récrit dans l'interligne, à
gauche, au-dessus de « ne pouvoit ».</note> Les sciences se composoient d'un
mélange confus d'erreurs et de vérités : on <del>le</del> sentit qu'il
falloit tout refaire. Bacon en donna le conseil.</p>
<p>Les anciens guidés par des considérations métaphysiques avoient peu
observé, <del>ils semblent avoir</del> on <unclear>diroit</unclear> qu'ils ont
craint de rencontrer dans la réalité des faits le démenti <unclear>à</unclear>
de leurs idées systématiques.<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est tracé devant
« Les anciens ». « on <unclear>diroit</unclear> qu'ils ont » est écrit dans
l'interligne, au-dessus de la partie biffée.</note> À la renaissance des
lettres on étudia leurs écrits, leur littérature offroit des modèles ;
elle obtint à juste titre l'admiration universelle. <del>cette
admiration on l'accorda aussi à tout ce qu'ils avoient laissé</del> Tous
leurs ouvrages furent également recherchés, également admirés. On adopta
leurs idées ; et les controverses <del>vagues</del> n'eurent d'autre objet
que les diverses manières dont il étoit possible de les interpréter. Si
quelquefois on essaya des explications nouvelles, ce fut toujours, à
leur exemple, en cherchant à ployer les faits à des explications
également vagues et hasardées.</p>
<pb n="50" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f50.item"/><p>Jusque là, on avoit toujours cherché les causes des phénomènes, on
commença alors à les considérer en eux mêmes. Au lieu du <hi rend="italic">pourquoi</hi>
on voulut savoir le <hi rend="italic">comment</hi> de chaque chose. Une foule
d'observateurs laborieux commencèrent à examiner la nature des faits.
Ils renoncèrent courageusement pour eux-mêmes à la satisfaction de les
expliquer ; dans l'espérance de léguer à leurs successeurs une masse de
<del>faits</del> connoissances positives, dont la liaison se
<del>présenteroient</del> montreroit nécessairement dans un tems plus
éloigné.</p>
<p>C'est de cette époque que datte la connoissance de la nature. Jusque là
l'homme l'avoit <del>imaginée</del> ; il la vit alors pour la première
fois.<note type="editorial" resp="#pass">« alors » est encadré d'un trait. Dans la marge de gauche,
en face de cette ligne, un signe barré et taché d'encre, <gap reason="illegible"/>.</note></p>
<p>On chercha à mesurer tout ce qui est mesurable. À la question du
<hi rend="italic">comment</hi> se joignit celle du <hi rend="italic">combien</hi>. Les phénomènes mieux
appréciés devinrent calculables, les plus simples d'entre eux
<del>devinrent entre les mains des</del> présentèrent aux successeurs de
Newton des objets de recherches. De nos jours, l'esprit mathématique a
fait de tels progrès que la physique dite particulière, c'est à dire la
connoissance des phénomènes naturels qui n'appartiennent pas à l'histoire
naturelle, a pour ainsi dire disparu, et s'est trouvée transformée en une
des branches les plus importantes des sciences exactes.</p>
<p>En se ployant aux usages nouveaux, la langue du calcul s'est enrichie de
plusieurs méthodes nouvelles ; et ces méthodes ont offert ensuite le
moyen de traiter des questions qui sembloient, il y a peu de tems, devoir
rester étrangères aux <del>mathématiques</del> sciences exactes.</p>
<pb n="51" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f51.item"/><p><milestone unit="folio" n="25r"/>
De si grands progrès, des applications si nombreuses ont tourné tous les
esprits vers les sciences mathématiques. Il y a moins d'un siècle, leur
objet étoit circonscrit dans un petit nombre de vérités abstraites ; les
<del>gens</del> personnes les plus instruites regardoient l'algèbre comme
un langage barbare, <del>un géomètre on s'étonnoit</del> et
indéchiffrable. Aujourd'hui les élémens de cette science entrent dans
l'éducation, son esprit a pénétré dans la masse des nations, et
<del>l'esprit</del> la raison publique y a puisé des forces
nouvelles.<note type="editorial" resp="#pass">« et indéchiffrable » est la fin de la ligne, la
dernière syllabe débordant dans la marge, avec un signe de renvoi.</note></p>
<p>Nous venons de voir comment l'esprit humain, après s'être épuisé en
vains efforts pour réaliser au dehors de lui le modèle du vrai empreint
dans sa pensée, changeant tout à coup de direction, abandonna les
espaces vagues d'une <del>metta</del>physique ténébreuse ; parcourut pas à
pas la route de l'observation ; et, profitant avec art des ressources
offertes par les progrès d'une science où s'étoient réfugiées les idées
d'ordre et de rectitude, qui partout ailleurs étoient ensevelies sous un
<del>confus <gap reason="illegible"/></del> amas confus de théories bizarres et hétérogènes,
parvint à soumettre aux lois du calcul, des phénomènes <del>qui</del> dont
la nature étoient restée longtems inconnue.<note type="editorial" resp="#pass">« dont la nature » est
écrit au-dessus de « qui » biffé ; « étoient » n'a pas été corrigé, mais
les finales de « restée » et « inconnue » sont récrites. « amas confus »
est écrit à la suite de la ligne et descend dans la marge.</note></p>
<p>Reprenons présentement les deux questions que nous nous sommes
proposées. La digression historique à laquelle nous nous sommes livrée
nous fournira le moyen d'y répondre avec plus de précision.</p>
<p>On demande d'abord pourquoi nous avons commis tant de méprises, si nous
portons en nous mêmes le type du vrai.</p>
<pb n="52" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f52.item"/><p>Nous voyons clairement que l'esprit humain, pressé de jouir, avoit,
jusqu'à nos tems modernes, suivi une route où il ne devoit rencontrer
aucune réalité effective. Éclairés par l'expérience, il nous est même
facile aujourd'hui de voir <hi rend="italic">à priori</hi> pourquoi les faits
échappoient à chaque instant aux divers systèmes que le génie
<del>avoit</del> de l'homme avoit enfantés.</p>
<p>Et, en effet, le type du vrai, par sa nature se compose d'idées
abstraites. Il nous avertit de ce qui répugne, c'est à dire de ce qui ne
peut exister en même tems ; mais il ne peut suffire pour nous manifester
des réalités particulières. Nous savons que chaque chose a son essence ;
cette essence est l'unité du sujet ; elle est susceptible de division ;
nous savons encore qu'il existe de l'ordre et des proportions entre ses
parties. Mais, dans un cas donné, quelle essence, quel ordre, quelles
proportions devons-nous rencontrer ? le modèle de l'être ne suffit pour
nous en informer.</p>
<p>Lorsqu'étayé par un petit nombre de connoissances certaines, l'homme de
génie a essayé de suppléer, <del>par</del> en admettant des suppositions
gratuites, à ce qui lui manquoit d'observations positives, il a établi
entre ces choses des relations purement fantastiques : <del>et si</del>
Dans l'état actuel de nos connoissances, on demandoit au géomètre
<del>l'analyse de <gap reason="illegible"/> la théorie des probabilités</del>, combien de
fois la théorie des probabilités <del>veut</del> que des conjectures ainsi
formées<note type="editorial" resp="#pass">« géomètre » est écrit au-dessus de la partie biffée ; le
« D » de « Dans » surcharge une minuscule. Le mot lu « veut », en fin de
page, paraît biffé ; la phrase se poursuit à la vue suivante.</note></p>
<pb n="53" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f53.item"/><p><milestone unit="folio" n="26r"/>
se <del>trouvent en effet</del> réalisées, il rencontreroit bien
certainement la très petite fraction qui représente les succès obtenus
pendant les siècles qui ont précédé l'époque <del>dont nous avons
rappelé la gloire</del>, où les observations précises ont remplacé les
assertions dénuées de preuves.<note type="editorial" resp="#pass">« se » surcharge un autre mot.</note></p>
<p><del>À l'égard de la question relative à l'absolutisme de nos
nécessités logiques nous avons déjà répondu montré comment en partant
d'un principe certain il est possible cependant d'arriver à des
conséquences erronées, nous avons dit signalé trouvé des causes dans
l'ins inhabileté des langues formées pour des relations usuelles, à
représenter les idées et logiques abstraites avec une exactitude logique
parfaite.</del><note type="editorial" resp="#pass">Ce paragraphe est annulé d'un long trait oblique. Il
porte en outre ses propres corrections, qu'on donne ici à plat :
« répondu », « montré », « comment », « logiques » (après
« nécessités »), « dit », « signalé », « l'ins », « et logiques » et
« logique » sont biffés ; « trouvé des causes d » est écrit au-dessus de
« signalé », et « abstraites » au-dessus de « et logiques ».</note></p>
<p>À l'égard de l'objection contre l'absolutisme des nécessités logiques,
tirée d'exemples de démentis donnés par les faits à des conséquences
déduites d'un principe certain, nous avons dit comment l'imperfection des
langues introduisoit inopinément des idées étrangères au sujet ; en sorte
qu'on ne pouvoit être sûr ni de l'avoir fait entrer tout entier ni de lui
avoir adjoint aucun autre objet dans la définition qui sert de fondement
aux raisonnemens.</p>
<p>Cette explication est aujourd'hui pleinement justifiée par les théories
mathématiques, et l'absolutisme des nécessités logiques semble ne pouvoir
plus être revoqué en doute.</p>
<p>Par une suite d'efforts, concentrés cependant entre un bien petit nombre
d'hommes, une langue précise, exacte et où la moindre erreur deviendroit
sensible, a été formée et enrichie. Cette langue est celle de la raison
dans toute sa pureté. Elle <del>repousse</del> interdit la divagation ;
elle signale l'erreur involontaire ; et il faudroit ne la pas connoître
pour essayer de la faire servir à l'imposture. <del>et si
quelque</del><note type="editorial" resp="#pass">Au-dessus de « quelque » biffé, un mot, lu
<unclear>même</unclear>, qui paraît biffé aussi.</note></p>
<pb n="54" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f54.item"/><p><del>fois il est arrivé qu'un auteur géomètre respectant cependant ait
voulu, dans une intention intérêt d'amour propre s'approprier des
inventions qui ne lui appartenoient pas il n'a pû même en copiant le
véritable auteur dissimuler longtems, que l'idée principale ne lui
appartenoit pas.</del><note type="editorial" resp="#pass">Ces six lignes, qui achèvent la phrase laissée
en suspens au bas de la vue précédente, sont annulées d'une croix de deux
longs traits et soulignées d'un trait. Elles portent leurs propres
corrections : « auteur » est biffé sous « géomètre », « intention » sous
« intérêt », et « respectant cependant » est biffé.</note></p>
<p>Elle reproduit dans toutes ses conséquences le principe qui lui a été
confié. Elle <del>prouve</del> peut servir à prouver que l'unité
d'essence, l'ordre et les proportions du sujet, que l'esprit humain
cherche <del>obstinément</del> dans tous les objets de son attention,
<del>ne sont</del> n'expriment pas seulement <del>un besoin dû à ses
formes intellectuelles</del> les conditions de notre satisfaction
intellectuelle, mais <del>sont en effet celles de</del> qu'elles
appartiennent à l'être ou à la vérité.<note type="editorial" resp="#pass">Les corrections
interlinéaires de la fin de la phrase sont serrées : « n'expriment »
au-dessus de « ne sont », « qu'elles » au-dessus de « sont »,
« appartiennent », lui-même corrigé, au-dessus de « en effet », et
« à » au-dessus de « de ». « <hi rend="italic">la</hi> vérité » a été récrit « la
vérité » sur un « de » effacé.</note></p>
<p>Et en effet lorsqu'on parvient à rendre une question mathématique c'est
à dire lorsqu'on a eu l'art d'en saisir l'essence d'une manière assez
simple pour que l'analyse puisse s'en emparer, la nature, docile à la
voix de l'homme, vient sanctionner les oracles de la science. Un fait
connu, bien apprécié, s'étoit présenté à sa pensée comme une conséquence
d'un ordre de choses encore inconnu ; il a sû définir cet ordre, et
bien-tôt l'expérience, abondante en circonstances nouvelles, met en
évidence et le génie qui a deviné son existence et l'excellence de la
méthode qu'il a sû <del>mettre en œuvre</del> employer.</p>
<p>Douteroit-on que le type de l'être ait une réalité absolue, lorsqu'on
voit la<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est tracé devant « Douteroit-on ». La
phrase se poursuit à la vue suivante.</note></p>
<pb n="55" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f55.item"/><p><milestone unit="folio" n="27r"/>
langue des calculs faire jaillir d'une seule réalité dont elle s'est
emparée, toutes les réalités liées à la première par une essence
commune ? comment si de telles liaisons n'avoient en leur faveur que la
faculté de notre intelligence pour les concevoir, comment arriveroit-il
que l'observation des faits vînt, par une voie si différente, montrer en
dehors de la pensée de l'homme, l'édifice <del>correspondant à celui
que</del> semblable à celui dont il trouve le modèle au dedans de
lui-même ?<note type="editorial" resp="#pass">Au-dessus de « lui », un petit « 2 » ; à la suite de la
ligne, en plus grands caractères et souligné, un mot lu
<unclear>Deracke</unclear>, dont le sens n'a pas été compris.</note></p>
<p>Les <hi rend="italic">préliminaires</hi> qu'on vient de lire nous ont paru nécessaires
pour bien entendre les idées que nous allons exposer, ils en fixeront le
sens et serviront peut être à leur faire pardonner ce qu'elles semblent
avoir de hardiesse et de nouveauté.<note type="editorial" resp="#pass">« avoir » est ajouté au-dessus
de la ligne.</note></p>
<p>Dans l'état actuel de notre culture intellectuelle, nous avançons vers
la réalisation de ce qui fut un pressentiment chez les auteurs de tant
de systèmes prématurés.</p>
<p>Ils vouloient ramener toutes choses à une seule ; ils cherchoient
l'unité de l'être dont la nécessité s'est toujours fait sentir aux
esprits supérieurs. Cette pensée constante des hommes qui forment, à
travers les siècles, la chaîne des idées nécessaires du genre humain a
été clairement exprimée par d'Alembert lorsqu'il a écrit cette phrase
déjà citée :</p>
<quote>« L'univers, pour qui sauroit l'embrasser d'un seul coup
d'<unclear>œil</unclear> seroit un fait unique, une grande vérité. »</quote>
<p><note type="editorial" resp="#pass">« d'un seul coup d'<unclear>œil</unclear> » est ajouté au-dessus de la
ligne ; le dernier mot est couvert d'une tache d'encre. Chaque ligne de
la citation s'ouvre par un guillemet dans la marge.</note></p>
<p>Ajoutons que, suivant notre conviction intime, ce fait unique doit être
nécessaire.</p>
<p><del>Et</del> En effet nous cherchons l'essence ou la nécessité de chaque
chose ; et ces deux <del>représentent pour</del> expressions sont
équivalentes ; car<note type="editorial" resp="#pass">« expressions » est écrit au-dessus de la partie
biffée ; le « E » de « En » surcharge « Et ». La phrase se poursuit à la
vue suivante.</note></p>
<pb n="56" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f56.item"/><p>lorsque nous connoissons l'essence, nous voyons que l'être auquel elle
appartient ne sauroit ni n'être pas ni être différent de ce qu'il est.
Notre esprit, satisfait, appuyé sur la nécessité, jouit alors d'une
parfaite quiétude. L'attrait des sciences exactes n'a pas d'autre cause.
Les sujets qu'elles embrassent, sont connus dans leur essence ; leur
existence est tellement nécessaire qu'on ne <del>peut</del> sauroit même
concevoir qu'ils puissent ne pas exister. L'esprit se plaît à les
considérer parce qu'il entre ainsi dans l'intime possession de l'être
nécessaire ou de la vérité pure.</p>
<p>Partout ailleurs nous ne voyons plus que des êtres dépendans, des vérités
partielles. Nous cherchons <del>la cause</del> l'origine de tels êtres, la
vérité nécessaire dont <del>elles ci</del> émanent ces vérités
partielles.<note type="editorial" resp="#pass">« l' » surcharge un « d' » ; le mot biffé après « dont »
est lu avec doute.</note></p>
<p>À l'égard des objets de ce genre, nous n'éprouvons aucune répugnance à
admettre qu'ils peuvent ne pas exister : ou, ce qui est une idée
semblable, nous accordons aisément qu'ils pouvoient être différents de ce
qu'ils sont en effet.</p>
<p>Il est évident que cette disposition de notre esprit tient uniquement à
l'ignorance où nous sommes touchant un tel ordre de choses.</p>
<p>Aussi voyons nous, <del>à mesure</del> que les progrès des sciences, en
établissant à nos yeux des liaisons entre des faits que nous avions crus
isolés, nous forcent, lorsque les uns sont constatés, à regarder les
autres comme nécessaires. C'est <del>que nous reconnoissons alors</del>
qu'alors, nous <del>regardons</del> considérons ces faits comme des parties
différentes d'une même existence ; tandis qu'auparavant, nous pensions
qu'ils appartenoient<note type="editorial" resp="#pass">La phrase se poursuit à la vue suivante.</note></p>
<pb n="57" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f57.item"/><p><milestone unit="folio" n="28r"/>
à des unités différentes.</p>
<p>Lorsqu'il s'agit de faits éventuels, l'analyse nous sert à calculer dans
un cas donné, la probabilité que tel fait arrive plutôt que tel autre.
Notre réponse à la question de <del>relative à</del> la possibilité du
fait, quelque soit la nature de ce fait, est empirique. Sans se mettre en
peine des circonstances qui peuvent en amener la réalisation, le géomètre
répond : il y a une cause pour que tel événement arrive quelque fois ;
la probabilité que cette cause l'amènera <del>en effet</del> l'événement
est exprimée par <del>la</del> telle fraction <del>que <gap reason="illegible"/></del>.<note type="editorial" resp="#pass">Les
deux derniers mots biffés de la ligne ne sont pas lus.</note></p>
<p>L'utilité d'une telle réponse est incontestable ; mais elle atteste notre
ignorance. Par exemple, si on demandoit quelle est la probabilité qu'une
certaine machine vienne à cesser à <del>tel mo</del> un instant déterminé ;
on auroit sans doute grand intérêt à <del>connoître en effet</del> savoir
cette probabilité, mais il est clair que, si on connoissoit parfaitement
la force employée, les frottemens et les résistances, on
<del>pourroit</del> sauroit que l'événement est inévitable ou qu'il est
impossible ; et cette impossibilité seroit évidente pour l'instant qui
précède immédiatement celui <del>pour</del> lequel la réalisation du même
événement seroit aussi évidente.<note type="editorial" resp="#pass">« lequel » est écrit sur « pour »
biffé et surchargé.</note></p>
<p>Dans des événemens d'une nature plus compliquée, nous ne sommes même pas
en état de dire quelles sont les connoissances qui nous manquent pour
acquérir la certitude. Mais parce que nous ignorons quelles sont les
circonstances déterminantes, devons nous penser qu'elles sont
arbitraires, sans liaisons, sans ordre, enfin qu'elles manquent à toutes
les conditions qui <del>nous</del> le<note type="editorial" resp="#pass">La phrase se poursuit à la vue
suivante.</note></p>
<pb n="58" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f58.item"/><p><del><gap reason="illegible"/></del> rencontrent dans toutes les réalités qui sont à notre
connoissance ?<note type="editorial" resp="#pass">Le mot biffé, sous « rencontrent », est effacé d'une
traînée d'encre.</note></p>
<p>Conclusons donc que la distinction entre les faits contingens et
nécessaires est, quant au fond, celle qui se trouve entre les faits dont
on ignore et ceux dont on connoît la nature.<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est
tracé devant ce paragraphe.</note></p>
<p>L'univers, ce fait unique dont l'existence tourmente depuis si longtems
l'esprit des philosophes, s'il étoit mieux connu, paroîtroit nécessaire.
On sait que cette opinion a été soutenue.</p>
<p>Des distinctions entre l'intelligence et la matière, distinctions dont
nous avons signalé l'origine, ont fait <del>regarder</del> repousser la
nécessité jusqu'à Dieu ; et l'idée de dieu <del>s'est trouvée</del> a été
formée sur le modèle de notre intelligence.</p>
<p>On a dit : dieu est nécessaire ; sa volonté est libre ; il a voulu
l'univers. Mais, en disant : sa volonté est libre, on a rompu la chaîne ;
car, s'il a pû ne pas vouloir l'univers, l'univers n'émane plus de lui
comme les vérités secondaires émanent de l'unité nécessaire dont elles
font partie. Il est clair que le sentiment de liberté qui accompagne les
déterminations de notre volonté a été le modèle qu'on a suivi ; et
pourtant ce sentiment lui même ne peut nous empêcher de reconnoître que
notre volonté est souvent entraînée par les lois imprescriptibles de la
nécessité. Il est vrai que nous délibérions très réellement ; mais nous
nous décidons. Semblables à la balance dont les deux plateaux sont
chargés, nous <del>oscillons</del> oscillons ; mais le poids le plus fort
détermine la situation où le système <del>est</del> demeure en
repos.<note type="editorial" resp="#pass">« nous délibérions » est écrit ainsi. « demeure » est ajouté
au-dessus de « est » biffé.</note></p>
<pb n="59" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f59.item"/><p><milestone unit="folio" n="29r"/>
Il est naturel que la délibération nous donne le sentiment de notre
liberté, et nous distraie même de la prévision d'une détermination, qui
bien que nécessaire, nous semble avoir été sur le point d'être changée en
une détermination contraire. <del>mais</del> Aussi voyons que une personne
qui connoît à la fois la position et le caractère d'une autre personne
prévoit avec certitude le parti que <del>elle</del> prendra <del>tandis
que la première</del> celle-ci, qui, étonnée de cette espèce de prédiction
assure, avec vérité, qu'il s'en est peu fallu qu'elle n'ait agi d'une
façon différente.<note type="editorial" resp="#pass">« Aussi voyons » est écrit ainsi. « celle-ci,
qui, » est ajouté au-dessus de « que la première », dont « que » ne
paraît pas biffé.</note></p>
<p>Plus on réfléchit, plus aussi on reconnoît que la nécessité gouverne le
monde. À chaque progrès nouveau des sciences, ce qui passoit pour
contingent est reconnu comme étant nécessaire. Il s'établit à nos yeux
des liaisons multipliées entre des branches qu'on avoit crues séparées ;
on observe des lois, là où l'on n'avoit encore vu que des faits
accidentels. Nous approchons de plus en plus de l'unité d'être, qui fut
le rêve de l'antiquité, et qui trouve son modèle dans le sentiment de
notre propre existence.</p>
<p><unclear>Tâchons</unclear> enfin de fixer notre opinion à l'égard de ce modèle
du vrai, de ce type de l'être qui a souvent égaré la raison humaine ; et
qui, dans nos tems modernes, sert à la guider d'une manière si heureuse,
que ses progrès, <del>de la</del> d'abord concentrés entre un petit nombre
d'hommes adonnés à l'étude, se répand aujourd'hui dans toutes les classes
de la société ; <del>et</del> éclaire à la fois, les sciences morales
politiques, la physique, les arts chimiques et mécaniques et peut fournir
encore aux lettres et aux beaux arts des lumières nouvelles, des
inspirations qu'ils n'ont pas encore rencontrées.<note type="editorial" resp="#pass">Le premier mot du
paragraphe est récrit sur un autre, et la surcharge le rend douteux.
« ses progrès … se répand » est écrit ainsi.</note></p>
<pb n="60" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f60.item"/><p><note type="editorial" resp="#pass">En tête du feuillet, au crayon et d'une autre main, une ligne très
pâle dont on lit seulement « Ch 4 » et, plus loin, « type »,
<gap reason="illegible"/>.</note>
L'homme, <del>s'il n'avoit</del> peut-il pas d'autre sujet d'étendue que
lui même, connoîtroit l'étendue ; je ne pense pas qu'il puisse
sérieusement douter de cette propriété de la matière mais ce qu'il
connoîtroit surtout avec la dernière évidence, c'est sa propre
existence.<note type="editorial" resp="#pass">« peut-il » est écrit au-dessus de « s'il n'avoit »
biffé ; la phrase est laissée telle quelle.</note></p>
<p><del>Dans les</del> Au milieu des divers systèmes où s'est égaré l'esprit
humain, il a essayé du scepticisme. Il a pû soutenir que tout ce qui
étoit au dehors de l'existence de l'homme étoit pure apparence ; mais le
fameux argument, « je pense, donc je suis » a ramené la raison vers la
réalité de son être.<note type="editorial" resp="#pass">Un crochet ouvrant est tracé devant ce
paragraphe.</note></p>
<p>Le sentiment de l'être est celui de la vérité. Il est inséparable de
notre existence, il précède toute autre idée. Le bon, le beau dérivent du
vrai ; mais leur connoissance exige le secours des comparaisons. Suivant
qu'on s'est trouvé plus ou moins frappé de l'une ou de l'autre des parties
de cette <del>assertion</del> proposition, on a été porté, par l'esprit de
systèmes, à soutenir, ou que nos idées sont innées, ou qu'elles viennent
de nos sensations. L'une et l'autre opinions sont <del><gap reason="illegible"/></del> vraies
dans les limites que nous avons posées.<note type="editorial" resp="#pass">« ou de l'autre » est ajouté
dans la marge de gauche. « opinions » est ajouté au-dessus de la ligne,
avec un renvoi ; « vraies » est écrit au-dessus d'un mot biffé et
barbouillé.</note> Le type du vrai, nous l'apportons en naissant, notre être
dont la réalité est notre plus intime connoissance est inséparable de ce
modèle inné. En ce sens, l'homme est l'abrégé de l'univers ; car l'être
ou la vérité, partout où ils se trouvent, remplissent certaines
conditions, que l'attention découvrira nécessairement <del><gap reason="illegible"/></del> dans
tous les objets réels dont elle sera occupée.</p>
<p>Mais cette ressemblance abstraite est fort éloignée de celle qu'on a
cherchée. Elle peut servir à expliquer cependant la cause d'une
erreur<note type="editorial" resp="#pass">« servir » est couvert d'une tache d'encre. La page s'arrête
ici, au milieu de la phrase.</note></p>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
