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Datation du catalogue : 1801-1900
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Numérotation des feuillets. La foliotation de la Bibliothèque, en haut à droite de chaque recto, donne 30, 31, 32, 33, 34, 36, 37, 38, 39 aux vues 61, 63, 65, 67, 69, 73, 75, 77, 79 ; à la vue 71 le second chiffre est ambigu et aucun folio n'est porté. En haut à gauche de chaque vue, y compris la vue 66, un nombre de deux chiffres biffé, le plus souvent illisible sous la biffure ; seuls 60 (vue 70), 66 (vue 76) et 69 (vue 79) se lisent. La vue 66, verso blanc du feuillet écrit à la vue 65, n'est pas transcrite.
61f. 30r En tête de la page, au-dessus de la première ligne, un mot souligné, lu Varlé, dont le rôle n'est pas établi ; à gauche, un signe en forme de « § » et une grande accolade qui embrasse les deux premières lignes. qui a séduit autrefois l'esprit humain.
De toutes nos idées, la plus abstraite est celle de l'être ; car, celle du néant est toute négative. L'être nous appartient ; il pénètre notre intelligence et l'éclaire du flambeau de la vérité. Les idées du beau, du bon, sont plus compliquées ; nous les devons à la comparaison entre les connoissances acquises et notre modèle intérieur. D'autres idées sont plus immédiatement dues à nos sensations. Ainsi, le grand, le petit, le fort, le foible, expriment des comparaisons qu'il seroit absurde de regarder comme innées. J'en dirais autant de ce que nous appelons beauté ou bonté relatives ; ces connoissances sont toutes acquises à l'aide des sensations et de la réflexion.
C'est à l'uniformité des conditions de l'être qu'il faut attribuer« attribuer » est écrit dans la marge, en tête de la ligne, suivi de quelques lettres biffées. […] le sentiment d'analogie qui dirige toutes les opérations de notre entendement. L'histoire de l'esprit humain nous apprend que ce sentiment a produit des erreurs grossières« grossières » ajouté dans l'interligne. aussi bien que les plus d'heureuses pensées.
On peut demander comment une cause dont l'action est constante a cependant amené des résultats si différens ?
Nous allons voir que de telles différences étoient sont le résultat inévitable des manières diverses dont on a cherché à réaliser les indications vers lesquelles nos tendances intellectuelles n'ont jamais cessé de nous entraîner.
Par leur nature les conditions de l'être sont abstraites : et, s'il en étoit autrement on ne concevroit pas qu'elles fussent universelles. L'esprit de système consistoit à prendre un fait connu, c'est-à-dire une vérité particulière, pour base d'un ordre de
62faits. Ceux-ci, on ne les considéroit plus en eux-mêmes ; on y cherchoit seulement ou les rapports vrais ou supposés qui les lioient au premier ; ainsi, en assemblant un certain nombre d'êtres particuliers, on attribuoit à l'un d'eux la domination des autres ; en sorte que ces derniers étoient dépouillés de leurs réalités individuelles, et revêtus étoient revêtus de celle qui convenoit uniquement à la vérité dominante dont on avoit fait« fait » ajouté dans l'interligne. choix.
Ainsi Au lieu de chercher des analogies, on vouloit trouver des identités, parce qu'en effet des identités seroient plus simples que des analogies, et, par conséquent elles seroient plus satisfesantes.Un trait courbe, tiré sous « que des analogies, et, par conséquent », rejoint « plus satisfesantes » à la ligne suivante. Le type du vrai, l'unité de l'être, l'ordre, la proportion des parties dont la nécessité s'est toujours fait sentir, on croyoit pouvoir les réaliser arbitrairement, au gré d'une imagination capricieuse.
On devoit s'égarer ; et pourtant les erreurs de l'esprit humain, qui sembleroient devoir être inépuisables, se sont toutes rapprochées de certaines vérités, et n'ont pas été aussi nombreuses que le vice des procédés pourroit le faire croire. C'est qu'en effet le sentiment du vrai n'a jamais abandonné les auteurs de tous ces systèmes. Cet heureux sentiment n'a pas suffi pour les préserver des suppositions arbitraires et forcées ; mais pourtant il a servi à mettre des bornes retenir leur imagination dans de certaines limites.
À l'esprit de système succèdent aujourd'hui le l'esprit méthodique les recherches méthodiques : la généralité des conditions de l'être est mieux comprise, dans chaque sujet ; on dirige ses efforts vers la découverte de leur
63f. 31r réalisation ; mais on ne les confond plus avec l'existence les conditions particulières qui appartiennent en propre à« les conditions » et « qui appartiennent en propre à » ajoutés dans l'interligne ; un « de » biffé devant « la vérité ». la vérité individuelle qui a d'abord servi à dont la découverte fortuite a décelé l'existence d'un ordre de phénomènes longtems inaperçu.
L'expérience est consultée ; on cherche d'abord à multiplier les faits en variant les circonstances dans lesquelles ils peuvent se manifester. Avertis par ce sentiment intime de l'analogie de l'existence des lois qu'on il n'apperçoit pas encore, il l'observateur« averti » et « l'observateur » sont ajoutés dans l'interligne, au-dessus du début de la ligne ; la phrase n'a pas été remise en ordre, et la place exacte de « averti » n'est pas marquée. s'applique à séparer les circonstances qui compliquent les résultats, en cherchant pour chacune d'elles les plus grandes et les moins grandes influences. Alors les faits se classent, ils présentent un enchaînement, un ordre et enfin les lois se mani dont l'existence avoit été prévues se manifestent, et une branche nouvelle de la science vient s'ajouter à des connoissances plus anciennes.
À cette période« À cette période » ajouté dans l'interligne, au-dessus de « On ». on ne possède cependant encore« encore » biffé en fin de ligne et récrit au-dessus. que la partie […] expérimentale. La théorie est créée lorsque, la nature des faits s'étant prêtée à une expression analytique, on est parvenu à tirer de cette expression des conséquences conformes à l'expérience« à l'expérience » ajouté dans l'interligne. : en même tems qu'elles sont explicatives, des faits observés. Alors et les formules nées des premières observations viennent révèlent ensuite l'existence de faits encore inconnus.
Aujourd'hui […] que diverses branches de la physique sont entrées dans le domaine des sciences mathématiques,Addition écrite dans l'interligne et poursuivie dans la marge de gauche (« le domaine des sciences mathématiques »), où « aujourd'hui » est encadré ; un trait la rattache à la ligne. on voit avec admiration, les mêmes intégrales, différentes à l'aide des constantes fournies par divers genres de phénomènes, représenter des faits entre lesquels on n'auroit jamais supposé la moindre analogie. Leur ressemblance devient alors sensible ; elle est intellectuelle, elle dérive des lois de l'être ; et ce ce qui fut autrefois le rêve d'une imagination hardie ; incertaine encore des formes qu'elle devoit revêtir, l'identité des rapports de l'ordre et des proportions dans des existences les plus diverses, vient se montrer aux yeux avec
64en même tems qu'à la pensée avec l'évidence qui appartient aux sciences exactes.
Mais les lois de l'être ne régissent pas seulement les faits qui sont du domaine des sciences ; elles s'appliquent également à l'ordre intellectuel. — C'est en s'approchant de plus en plus du type de l'être ou du vrai, source de toutes nos connoissances réelles, que les théories se perfectionnent ; que la morale s'épure ; que la politique s'éclaire ; que la métaphysique cesse de s'égarer ; que la littérature et les beaux arts se rendent compte des règles qu'ils ont pratiquées et des grands effets qu'ils peuvent produire.
Malgré l'extrême différence des genres, toutes ces choses ont entr'elles des rapports d'ordre et de proportion qui deviennent d'autant plus sensibles qu'elles sont examinées de plus près.
Si, par des progrès, qui semblent encore aujourd'hui au delà de toutes espérances raisonnables, la langue des calculs devenoit applicable à des questions morales, politiques, métaphysiques, ou à celles qui tenant de plus près à notre manière de sentir, forment le composent le domaine du goût, la ressemblance des formules rendroit évident que des objets si divers, ont entr'eux la ressemblance que leur impriment les lois de l'être. Leur nature spéciale seroit représentée par des constantes ; et toutes ce qui concerne les propositions relatives à chaque sujet se trouveroient exprimées par des fonctions dont les formes se reproduiroient sans
65f. 32r cesse et offriroient, par leur identité, la preuve complète des ressemblances intellectuelles dont nous parlons.
Pr Choisissons un exemple qui puisse faire mieux comprendre notre proposition.
Nous voyons, dans différens genres de phénomènes, que la tendance à la régularité se manifeste dans par les formules qui leur sont applicables ; car les termes qui renferment expriment l'irrégularité sont renferment la tems durée, de manière à montrer, qu'après un tems fort court ils doivent disparoître. Si bien le théorème relatif à la courte durée de l'action des causes perturbatrices seroit attesté, dans notre supposition, par les formes du calcul.
On verroit en morale combien peu doivent durer les effets de la fraude, du mensonge et de l'injustice. Il deviendroit sensible que le vrai et le juste tendent sans cesse à faire disparoître les obstacles qui s'opposent à leur manifestation.
En politique, parmi les causes qui agissent sur le système on distingueroit« on distingueroit » ajouté dans l'interligne. quelles sont celles qui, étant dues à des forces toujours croissantes, doivent finir par prédominer ; tandis que des causes accidentelles, dont l'effet est fort grand à un instant donné, doivent au contraire cesser entièrement leur action après un tems fort court.
Un crochet dans la marge embrasse les deux lignes qui suivent. Dans les sciences de raisonnement on trouveroit également que l'erreur tend à disparoître.
En matière de goût, la mode est une cause perturbatrice ; aussi son empire n'est-il pas de longue durée.
Il est donc vrai que, quelques divers que soient les sujets, les actions qui troublent l'ordre naturel tendent à s'anéantir.« tendent à s'anéantir » écrit sous la dernière ligne, faute de place.
67f. 33r L'analogie qui se fait remarquer dans entre les différens objets dont nous avons connoissance ne se borne pas à un seul point. On pourroit affirmer, par exemple, que la mécanique rationnelle toute entière offre avec les sciences politiques des ressemblances telles que les théorèmes dont se compose la première, offre deviennent, par rapport aux secondes des propositions dont la vérité est incontestable.
Ainsi« Ainsi » ajouté dans l'interligne, précédé d'un crochet. le repos n'ait l'équilibre entre plusieurs forces vient de ce que l'action des unes est opposée de direction et égale en puissance à celle des autres ;« à celle des autres » ajouté dans l'interligne. elles se compensent et se décomposent ; elles produisent alors des résistances dans un sens qui n'est pas celui de leur action directe.
La même chose a lieu à l'égard des forces qui composent naissent de l'état de société. Si elles sont opposées de direction et égales en puissance, l'état de repos se maintient de lui-même. — Il y a de l'art à changer le sens dans lequel elles agissent, par en leur opposant« en leur opposant » ajouté dans l'interligne. des obstacles indirects. Le parallélogramme des forces pourroit servir d'emblême à ce genre d'adresse.
Lorsqu'un système est en repos, cet état peut être dû à des conditions essentiellement différentes. Si une cause extérieure vient à agir sur le système, ou il tendra à reprendre sa position initiale, et reviendra l'équilibre se rétablira au moyen d'oscillations, dont l'amplitude diminuera à chaque instant ; ou bien le mouvement
68communiqué éloignera de plus en plus le système de sa position initiale, et il le système ne reviendra à l'état […] de repos que lorsqu'il sera qu'après être« en plus », « le système » et « qu'après être » ajoutés dans l'interligne. parvenu à une situation entièrement différente. —
Les deux cas d'équilibre stable et d'équilibre non stable se font également remarquer dans l'état social ; on voit des causes propres à l'agiter produire tantôt de légers mouvemens, qui cessent d'eux-mêmes ; tantôt des révolutions complètes, en sorte que qui ne permettent à l'état de paix intérieure de renaître n'arrive plus qu'après de grands changemens dans l'ordre social.« qui ne permettent à » et « de renaître » ajoutés dans l'interligne.
Si on veut pousser la comparaison plus loin, l'analogie ne se démentira pas.
L'équilibre stable a lieu lorsque tous les points du système ont atteint la situation qui convient à leur tendance naturelle. —
L'état de tranquillité est durable lorsque tous les individus qui composent la société sont dans la situation qui convient à leur tendance naturelle.
L'équilibre est non stable lorsqu'il quand il est établi sur un point où il ne peut subsister qu'autant de tems qu'il est à l'abri de tout choc ; en sorte et […] que que le mouv moindre dévelop dérangement venant à rendre aux points qui le composent la liberté de se mouvoir dans la direction de leur tendance naturelle, l'état initial doit finir par être changé en un état opposé au premier ; en continuer sorte que le mouvement ne peut puisse cesser avant que ce nouvel état, qui n'est autre que celui auquel appartient qui constitue l'équilibre stable, est ait remplacé l'état initial. —« sorte », « puisse », « qui constitue » et « ait » ajoutés dans l'interligne ; un astérisque suit « qui constitue », sans renvoi visible sur la page.
69f. 34r Les États gouvernés sans égard aux tendances sociales conservent la tranquillité intérieure aussi longtems qu'aucun événement ne vient agiter les esprits, mais la moindre circonstance suffit pour agiter ébranler la société jusque dans ses fondemens. Nous voyons alors chaque volonté individuelle recevoir une impulsion nouvelle, et les mouvemens qui en sont la suite subsister jusqu'à ce que l'état reconstitué sur des bases […] plus solides offre à chacun les garanties dont il avoit senti le besoin.
À la fin de ce paragraphe, à droite, un nom souligné, d'une écriture plus grande, lu Gutmann ; dans la marge, devant le paragraphe suivant, une mention encadrée, lue Fl. 7, et le premier mot « Dans » encadré aussi. Ces marques, comme le mot souligné en tête de la vue 61, ne font pas partie du texte ; leur rôle n'est pas établi ici. Dans un système de points doués de pesanteur, chacun tend à se placer aussi près que possible du centre de la terre. La situation qu'ils atteignent n'est pas celle qu'ils obtiendroient s'ils étoient libres ; mais elle dépend à la fois de leur liaison et de leur tendance individuelle. —
Dans l'état social chaque individu tend vers le bien être et la première condition à remplir est que le bien être de chacun nuise le moins possible à celui des autres.
L'équilibre d'un système exige que le centre de gravité soit appuyé. S'il se trouve placé le plus bas possible, l'équilibre est stable. —
Le repos d'un état seroit impossible à maintenir si on n'avoit aucun égard à la tendance de l'époque, ou, ce qui est la même chose, à l'opinion. Il faut, ou lui opposer de puissans obstacles, ou savoir se conformer à ses exigences. Ces deux manières d'envisager la question conduisent à la tranquillité précaire ou à la tranquillité durable.
70Considérons présentement les effets de l'impulsion.
Si la direction du« direction du » ajouté dans l'interligne, sur « le » biffé. mouvement communiqué à un système de corps passe par le centre de gravité du système, il sera mû comme si tous les points qui le composent étoient réunis en un seul, et la force toute entière sera employée à produire l'effet qu'on en attendoit. —
— De même aussi lorsque l'action du gouvernement est dirigée dans le sens de l'opinion, la société semble se mouvoir comme un seul individu, qui agiroit conformément à ses intérêts ; et les forces de l'état sont employées toutes entières au profit de la prospérité générale.
S'il arrivoit que la direction du mouvement fût différente, la force seroit décomposée en deux portions. L'une, celle dont la direction passeroit par le centre de gravité du système, agiroit comme si elle étoit seule pour faire avancer le système dans la route où l'on auroit voulu le pousser ; tandis que l'autre portion de la force motrice, entièrement perdue par rapport à ce but n'auroit d'autre effet que de faire tourner le système autour de son centre de gravité… Enfin s'il si arrivoit que l'impulsion eut avait« avait » est écrit dans l'interligne en lettres droites, d'une écriture qui ne paraît pas celle du texte. été assez maladroite pour que la première portion de la force motrice fût nulle, le système n'auroit aucun mouvement progressif ; la force de rotation subsisteroit seule, et il seroit dans la nature de cette force d'éloigner les de tendre à détruire la liaison entre les
71Foliotation de la Bibliothèque, en haut à droite : « 3 » suivi d'un second chiffre ambigu, qu'on attendrait 5 dans la série mais qui ne se lit pas sûrement ; aucun folio n'est donc porté ici. les diverses parties du système. —
— Nous voyons aussi l'action des gouvernemens être en partie favorable et en partie nuisible lorsque ses effort efforts obéissent satisfont en quelques points à l'opinion publique, qu'ils contrarient sous d'autres rapports. —
— S'il pouvoit exister une administration assez malavisée pour agir en toutes circonstances dans des directions opposées à l'opinion, ou ce qui est la même chose, à l'intérêt public, l'État confié aux soins éprouveroit une agitation intérieure qui tendroit à le dissoudre. Ainsi, par exemple, il se pourroit, qu'à la première occasion les provinces frontières favorisassent les prétentions de l'état voisin qui voudroit les envahir ; car, en politique, aussi bien qu'en mécanique les points de limites sont ceux qui se trouvent le plus agités dans les mouvemens dont nous parlons. Les forces tangentielles sont nulles au centre du système ; le désir de la séparation est seroit absurde dans les capitales.
Les sociétés sont composées de trois élémens principaux. On y trouve des intérêts, des passions, de l'inertie. Les individus rassemblent réunissent quelquefois les trois manières d'être correspondantes ; mais l'une d'elle domine le plus souvent ; et elles« elles » ajouté dans l'interligne. forment autant de caractères différens. Ces trois caractères présentent des ressemblances avec la manière dont se comportent les corps durs, élastiques et mous. Ainsi on voit les personnes exclusivement occupées de leurs intérêts tenir obstinément à la route qui les conduit au but qu'elles veulent atteindre, et résister à tout mouvement contraire ; en sorte
72que les l'obstacle qu'elles rencontrent ne les détermine à changer de direction que lorsqu'ils ont a détruit toute leur force. Au contraire, les personnes mues par leurs passions prennent au moindre obstacle un parti inattendu ; elles changent de route, et agissent d'une manière toute contraire à celles qu'elles avoient d'abord adoptées. Enfin nous voyons certains caractères, amis du repos souffrir des lésions réelles, plutôt que de songer à réagir.
Dans les tems de tranquillité, les intérêts dominent. L'administration doit tendre à les protéger ; ce soin semble ne devoir pas offrir de grandes difficultés ; car il est dans la nature des intérêts, d'indiquer eux-mêmes les mesures qui leur sont favorables ; leur direction est connue et invariable ; ils servent de base à l'opinion publique.
Au contraire, lorsque Mais, que« Mais, que » ajouté dans la marge de gauche. le repos intérieur de l'état vienne à être soit troublé, les passions, aisément maintenues dans l'état de paix, viennent augmenter le trouble ; elles agissent dans mille directions à la fois ; on ne sait où elles tendent ; et il est alors fort difficile de prévoir quel sera le résultat de leur choc.
On n'a pas encore imaginé de faire une statistique des caractères. Mais on peut être sûr qu'il y a sur cent un assez grand nombre d'hommes qui agissent toujours conformément à leurs intérêts ; plus de […] sur cent peut-êtreLe nombre, écrit en chiffres et surchargé, n'a pas pu être lu ; « sur cent » est récrit dans l'interligne au-dessus, après avoir été biffé deux lignes plus haut. Un long trait termine la ligne.
73f. 36r L'autre partie est partagée en deux portions. L'une composée des êtres irritables pour qui les intérêts semblent toujours méprisables lorsqu'ils sont en comparés avec l'objet de leurs passions. Suivant les âges et les positions, elles ces passions« ces passions » ajouté dans l'interligne. peuvent prendre des caractères différens ; mais l'amour propre est la plus constante de toutes. Une L'autre portion est composée formée des personnes qui se rendent aisément esclaves de leurs habitudes, craignent tout ce qui les pourroit changer ; elles ne ceux-ci connoissent ni l'ambition des richesses ni celle de la gloire, ni les affections vives ; ce sont des gens inertes.
À la fin de ce paragraphe, un nom d'une grande écriture, souligné d'un paraphe et taché d'encre, lu Deraché. Mais ainsi qu'il n'existe dans la nature morte aucun corps qui soit soit parfaitement dur, c'est-à-dire qui ne puisse changer de formes sous des efforts puissans et répétés ; aucun corps qui soit parfaitement élastique, c'est-à-dire qui ne retienne rien de la direction dans laquelle on le pousse ; aucun corps parfaitement mou, c'est-à-dire aucun corps que le choc ne puisse faire changer de forme place, et qui absorbe toute la force employée par le seul changement de forme qu'il subit[…].Une tache d'encre couvre un mot après « subit ». De même« De même » ajouté dans l'interligne. on ne voit pas non plus de gens tellement attachés à l'intérêt qu'en certain moment de leur vie, ils ne puissent agir par d'autres motifs : et de même les hommes passionnés cèdent dans certains quelquefois à leurs intérêts : et les personnes naturellement amies du repos peuvent trouver dans les choses et dans les personnes qui les environnent matière à exciter en elles« en elles » dans la marge de gauche. le désir de la richesse, celui de la renommée ou de l'affection ; leurs passions de ces derniers« de ces derniers » ajouté dans l'interligne. seront faibles ; mais
74enfin elles peuvent n'être pas absolument sans effets extérieurs.
Si bien le trouble d'un état rompt la balance habituelle entre les trois nombres qui représentent ces caractères différens. Tous les individus reçoivent une impulsion, qui les transforme en gens passionnés. Le mouvement se distribue sans doute inégalement entr'eux ; mais il est extrêmement difficile d'évaluer la force des masses composées d'élémens nouveaux. Les directions sont incertaines et variables. L'agitation se manifeste surtout dans des actions instantanées ; et cette circonstance double redouble la difficulté. En effet, dans aux époques de paix et de tranquillité publique, ceux qui tiennent les rênes ont tout le tems nécessaire pour résoudre les mesures qu'ils doivent prendre. Des lumières, de l'habitude des affaires, l'intention de faire le plus de bien avec le moins de mal possible, suffisent pour gouverner avec habileté. Dans les momens de crise, c'est toute autre chose. Les circonstances deviennent pressantes ; il faut savoir se résoudre promptement. On a souvent aussi besoin de courage ; et le courage ne se trouve pas nécessairement joint aux qualités qui dans tout autre font l'homme habile. La société court donc mille dangers, qu'il est aussi difficile d'éviter que de prévoir.
75f. 37r Ajoutons à tout cela que des individus doués de grandes forces par la nature se trouvoient placés durant le calme dans des positions qui annuloient ces forces ; tandis qu'à la faveur du trouble, ils apparoissent de tous côtés, armés d'une énergie jusque là inconnue. De tels individus n'avoient pas prévu qu'ils sortiroient un jour de la nullité à laquelle leur position sociale les avoit condamnés ; ils ne se sont livrés à aucune étude spéciale avant de prendre place parmi les hommes qui influeront sur le sort de leurs semblables ; les partis violens sont les seuls qu'ils puissent adopter, parce qu'ils y trouvent l'emploi de leurs forces, et parce qu'ils sont sont« sont » ajouté dans l'interligne. dépourvus de l'adresse qui seroit le fruit des connoissances qui leur manquent.
L'égalité est une erreur ; et la mécanique vient encore ici nous suggérer une analogie nouvelle. Deux masses de même poids peuvent avoir des forces vives très différentes ; le plus petit poids placé au bout d'un levier fera équilibre à une masse aussi forte qu'on voudra ; il ne s'agit que d'établir l'égalité entre les forces virtuelles. —
Nous voyons la même chose dans les sociétés ; et les révolutions ne sont si dangereuses, si hazardeuses, si incertaines dans leur résultats que parce qu'elles changent tout à coup
76les rapports entre les forces vives des différentes classes de la société. À la vérité, et nous l'avons dit plus haut, ce que les révolutions ont de violent et d'irrégulier disparoît bientôt en vertu de ce théorème général qui montre qu'en toute chose les forces perturbatrices sont fonctions du tems et que la régularité tend à s'établir dans tout système, de quelque nature qu'il puisse être.
Si nous voulons présentement jeter un coup d'œil œil sur les ressemblances qu'offrent entr'eux ce qu'on nomme l'ordre physique, moral, et intellectuel, nous trouverons des analogies remarquables.
Les langues attestent ces analogies Sans leur secours, le langage figuré n'auroit pu naître.« Sans leur » est écrit en bout de la ligne biffée ; au-dessus de « secours », un mot biffé, lu desquelles, remplacé par « de ces analogies », qui n'a pas été remis à sa place dans la phrase. Elles ont été senties dans tous les tems ; et peut-être même n'auroit-on rien d'essentiel à ajouter aux remarques de ce genre que l'examen des langues a suggéré. Cependant Contentons nous d'observer combien sont judicieuses ces applications du langage propre au langage figuré.
La force morale et la force intellectuelle se comportent en effet comme la force physique. Il y a de part et d'autre des compositions et des décompositions analogues, ainsi nous voyons nos diverses facultés, concourir à un seul fait moral et intellectuel, comme il arrive à des forces
77f. 38r de différentes diverses natures et de directions différentes, de donner une résultante qui, dans sa valeur et dans sa direction, représente la véritable force motrice.
Mais cette justesse d'expressions paroît encore plus frappante lorsque, fondée d'abord sur un premier rapport apparent et connu, elle se soutient à l'égard des rapports qu'on n'avoit pas eu en vue d'abord en vue. Prenons un exemple. Au physique, on appelle monstre un être difforme ; cette expression, transportée au moral s'applique aux êtres vicieux, parce que le vice est en effet une difformité morale. — Lorsque la langue s'est formée, l'anatomie n'existoit pas. Cette science nous a appris que la monstruosité avoit pour cause le développement extraordinaire de certains organes, qui, attirant à eux toutes les forces de la vie, privoient les autres organes de la nourriture nécessaire au développement qu'ils acquièrent dans l'état ordinaire.
En examinant de plus près les êtres qui effrayent les sociétés par de grands attentats ou même ceux qui les troublent par des désordres habituels, nous les trouvons que des qualités hors de mesure les entraînent soit à des forfaits, soit seulement à une contravention infraction des lois des sociétés. De telles qualités absorbent leur être moralité« moralité » ajouté dans l'interligne, suivi de deux points. : ils manquent d'autres qualités qui, dans des individus moins généreux, moins courageux, entretiennent l'amour de la justice
78et celui de l'ordre.
On pourroit trouver d'autres exemples du même genre. Ils attestent cette vérité fondamentale qu'un seul rapport bien constaté entre deux sujets de genres différens en annonce un grand nombre d'autres.
Je ne sais si cette proposition énoncée formellement ne paroîtroit pas hazardée ; mais chacun sait raisonne« raisonne » ajouté dans l'interligne. pourtant comme si elle étoit indubitable. Une sorte Elle renferme le principe de l'analogie ; principe qu'un de nos auteurs a regardé comme appellé une méthode d'invention, et qui, sans lui refuser ce noble caractère, est employée est peut être regardé comme également propre aux emplois les plus communs, puisqu'il elle dérive du sentiment des lois de l'être, dont le caractère est partout semblable.« appellé » et « peut être regardé comme » ajoutés dans l'interligne ; « une » biffé devant « méthode ». Les accords (« regardé », « il » / « elle ») sont restés tels que la correction les a laissés.
L'habitude de l'étude nous donne une grande aptitude à saisir les analogies ; et c'est en quoi elle nous sert à acquérir avec facilité des connoissances nouvelles. Aux premiers mots sur« sur » ajouté dans l'interligne, au-dessus de « d'un » biffé. un sujet encore inconnu, notre esprit cherche à en fixer la nature, c'est-à-dire qu'il cherche à quel module nouveau il va appliquer les lois qui leur conviennent à tout.Dans la marge de gauche, en face de ces lignes, trois ou quatre mots biffés et surchargés, illisibles, qui semblent une première rédaction de l'addition. Ce point étant fixé, notre esprit« notre esprit » ajouté dans l'interligne, au-dessus de « il » biffé. avance à grands pas dans la route qui s'ouvre à ses yeux devant lui. À chaque instant, la règle de proportion trouve mille applications ; et si l'analogie sert à l'invention, elle n'est pas moins utile à l'étude des sciences déjà faites. Il n'appartient pourtant pas qu'on lui applique la dénomination de méthode. L'analogie n'est pas
79f. 39r d'invention humaine ; elle existe par elle-même. Notre intelligence est propre à la reconnoître ; elle aide nos premiers efforts ; elle instruit l'enfant, quelquefois aussi elle l'induit en erreur et, quoiqu'il ne s'agisse alors que des idées les plus communes, il est facile de voir que les déviations de nos premiers jugemens, sont produites par la même cause qui a enfanté fa produit les systèmes hazardés celle des philosophes.« enfanté » est écrit dans la marge de gauche, « les systèmes hazardés » dans l'interligne, au-dessus de « celle des philosophes » biffé. Partout la tendance à la généralisation, produite par dont la cause première est« dont la cause première est » ajouté dans l'interligne. le sentiment intime de l'unité de l'être, a précipité le jugement en avant de l'expérience, dont il auroit dû attendre les rapports données.
À la fin de ce paragraphe, un nom d'une grande écriture, souligné, lu Pemeguin ; à côté, au crayon et très pâle, une mention commençant par « Ch. 5 », dont la suite n'a pas été lue. Il nous reste à présenter quelques considérations sur l'état des lettres aux diverses époques dont nous avons examiné les opinions systématiques.
On sait que les anciens, si mal informés des phénomènes naturels, si ignorants à l'égard des lois qui régissent les faits qu'ils ne pouvoient pas ignorer, et si fertiles pourtant en généralités propres à embrasser l'univers entier, avoient atteint la perfection dans tous les genres d'écrire. Ne nous en étonnons pas. Le sentiment du beau étoit pris dans la nature les lois mêmes« les lois mêmes » ajouté dans l'interligne. de la nature intellectuelle de l'homme ; les observations n'avoient besoin ni du secours des instrumens imaginés par les modernes, ni de la constance et de la maturité de raison, qui, chez eux ces derniers semble avoir remplacé cette fraîcheur d'imagination qui devoit dut peut-être à son entière indépendance ce qu'elle eut de force et de grâce.
80Lorsque l'étude se bornoit L'art d'émouvoir et celui de plaire n'ont besoin que de la connoissance des choses humaines.Un crochet dans la marge, devant « L'art », comme aux vues 61 et 70. Il étoit dans la nature des choses de l'esprit humain, de se réfléchir d'abord vers lui même. S'il a pu errer, en y cherchant le modèle de l'univers, et le but, la cause finale, de toutes les existences placées en dehors de la sienne, il ne pouvoit se tromper à l'égard des par rapport aux lois de son être. À cet égard, l'homme s'est trouvé naturellement placé dans la position qu'il n'a prise que fort tard par rapport aux objets extérieurs. Il a observé les faits intellectuels ; ils étoient trop près de lui pour qu'il ne sût pas les bien voir.
Le génie, qui sait à son gré transmettre reproduire et transmettre des impressions profondes, ne pouvoit attendre manquer de manifester sa puissance, aussitôt que l'homme, placé dans l'état social, s'est trouvé environné de ses semblables.
Sans doute, le goût est le fruit d'un grand nombre d'observations, et il n'a pu être fixé que par la longtems après l'apparition des […] premiers ouvrages qui en offroient le modèle. Mais enfin, quelque soit la variété des genres, on sait pourtant qu'il ne pouvoit pas se passer un tems immense avant que les réflexions observations, les remarques, et les comparaisons se trouvassent assez multipliées pour avoir fourni à l'intelligence humaine tout ce qu'elle est susceptible d'acquérir, dans un genre d'étude qui exempt« exempt » dans la marge de gauche., par sa nature, étoit exempt des causes d'erreurs qui l'avoient égaré dans des recherches où l'objet de