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Datation du catalogue : 1801-1900
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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Numérotation des feuillets. Chaque page porte en haut à gauche un nombre à l'encre, biffé, de 71 (vue 81) à 90 (vue 100), qui semble une ancienne pagination du manuscrit. Les rectos portent en haut à droite, au crayon, la foliotation 40 à 49 (vues 81, 83, …, 99). Les versos ne portent pas de nombre au crayon, et aucun folio n'est porté pour eux.

81f. 40r les études étoient placés hors d'elle.

Nous avons cherché à imiter la littérature des anciens ; nous avons adopté des fictions poëtiques qui ne se rattachoient plus, pour nous, à des systêmes accrédités ou à des croyances adoptées. ces fictions, jadis si riantes, étoient décolorées lorsqu'elles passoient dans les écrits d'une nation qui ne les avoit pas imaginées ; leur signification étoit énigmatique et conventionnelle pour nous, tandis étoient qu'elles étoient pleine de sens et de vie entre les mains des inventeurs. A une époque où l'imagination dominoit toutes les conceptions humaines, les emblêmes dont nous nous efforçons de faire revivre la grâce prêtoient un véritable secours aux conceptions du poëte ; elles ornoient les et un charme réel prêtoient à tous ses écrits un charme réel. Aujourd'hui les formes de style ff sont plus en harmonie avec notre caractère national. aussi voyons nous une école nouvelle faire mille efforts pour créer une littérature qui nous soit propre.

L'époque où nous vivons est remarquable par l'invasion des formes mathématiques dans les ouvrages qui, par leur sujet nature, sont loin de pouvoir de présenter atteindre l'exactitude réelle à laquelle de telles formes sont spécialement propres. Il résulte de l'emploi maladroit des termes qui expriment une entière certitude une sorte de déception intellectuelle dont la raison et le goût sont également choqués. Une recherche de style, qui dont le fond n'existe pas dans les ouvrages où l'on exprime

82Les personnes qui ne connoissent des sciences exactes que leurs premiers élémens ont cru pouvoir reprocher aux géomètres une sécheresse de style, qu'on a regardée comme inhérente au genre de leurs études. Il est certain, cependant, que les ouvrages consacrés à l'exposition des hautes théories mathématiques présentent dans le style même un charme inexprimable. Il y a On y trouve remarque une précision élégante, une extrême finesse, l'art de rendre présente à la pensée une foule d'idées, qui pourtant ne sont pas textuellement exprimées.

Tous ces avantages disparoissent dans les grotesques copies qu'on introduit aujourd'hui dans le langage commun. on nous présente hardiment l'enveloppe sous laquelle nous sommes habitués à trouver des pierres précieuses ; elle et cette enveloppe contient […] a portant des choses de peu de valeur. Nous nous étonnons avec raison de les voir dépourvues des ornemens qui conviendroient au sujet. Pourquoi sont-elles astreintes aux apparences de la solidité, tandis que celles de la légèreté seroient en harmonie avec leur nature futile ? avec l'intérieur d'un tel sujet ?Le « d » de « dans les » est laissé non biffé ; on attend « des ». Sous « Nous », dans l'interligne, un petit mot lu avec doute « Que ». « nature futile ? » est ajouté au-dessus de la ligne biffée, dans laquelle « un » et « objets », surchargés, sont biffés aussi. Le mot noirci au-dessus de « a portant » n'a pu être lu.

Mais ce qu'il y a de plus vicieux c'est l'emploi des chiffres là où ils n'expriment aucunes valeurs réelles ; ils usurpent le crédit dû aux connoissances positives, et servent à établir l'erreur,

83f. 41r à l'abri […] en donnant le change aux amis de la vérité. Par Il après avoir, renoncanté aux genres de littérature dont les formes faciles et attrayantes sont propres à soutenir l'attention, et qui d'ailleurs […] ont présentent l'avantage d'être conformes à leurs habitudes, les personnes qui, se sentant pénétrés laissant entraîner par l'amour des idées exactes, dont le besoin se fait actuellement sentir plus généralement qu'à aucune autre époque, consentent à dévorer la sécheresse attachée aux études élémentaires, mériteroient de trouver dans les auteurs qui consacrent leur servent de guide cette conscience du vrai sans laquelle il est impossible d'atteindre aucuns résultats importans.

Les nations éprouvent aujourd'hui le sort des individus qui se livrent pour la première fois aux études sérieuses. Elles sont encore incapables de juger les ouvrages qui elles veulent leur sont présentées ; elles s'indemnisent de la peine qu'elles prennent à les étudier par une confiance aveugle dans les doctrines qu'elles y trouvent et par le mépris des formes qu'avoient autrefois adoptées les auteurs qui leur promettoient une instruction moins solide.

Le pédantisme étoit jadis le défaut ordinaire des personnes adonnées aux recherches à l'étude ; maintenant, la plus obscure médiocrité reléguée dans les provinces éloignées du centre

84des mouvemens progressifs de la science offre seule quelques traces de cet ancien défaut. mais, en revanche, ce sont des masses entières qui de nous donnent le spectacle nouveau d'une confiance illimitée dans leurs lumières et d'un mépris absolu pour les personnes qui, fidèles à d'anciens documens, sont restées étrangères à ce qu'on nomme aujourd'hui les nouvelles idées.

La jeunesse surtout renchérit sur cette ridicule manie, elle se croit beaucoup trop instruite pour ne pas dédaigner le ton aimable de plaisanterie qui chez notre nation accompagnoit autrefois une instruction réelle et des opinions éclairées.

La littérature a besoin du secours des idées dominantes pour obtenir l'attention de ses graves enfans. Il n'est pas permis de faire rire, si ce n'est aux dépens des gens personnes qui se montrent ennemies des innovations. La raillerie est amère ; elle a perdu la grâce qui savoit en adoucir les traits.

Avant l'alinéa suivant, deux traits horizontaux à l'encre dans la marge ; dans l'interligne, au crayon et d'une écriture qui paroît autre, « Ch. 6 » suivi de mots à peine visibles, dont « Avenir de » et […] ; dans la marge de gauche, au crayon, « avenir de ».

Ne nous alarmons pas de ces symptomes symptômes : ils ne seront que transitoires. Nous approchons de l'époque où le goût du public pour les idées exactes déterminera le talent à s'occuper des théories politiques. Lorsque la vérité aura trouvé des organes dignes d'elle, elle paroîtra simple. Il sera alors facile de la reconnoître, par sa nature, elle est étrangère à l'emphase, qui

85f. 42r accompagne les doctrines sentencieuses de nos faux pédans. Bientôt on verra la politique recueillant le petit nombre de vérités qui sont à son usage, adopter les formes qui conviennent à sa nature. Agissant comme toutes les sciences qui ont besoin du secours de l'expérience, elle craindra d'adopter d'énoncer des théories générales avant d'en avoir justifié la réalité.

Variante [On verra alors ces progrès immenses dont on fait tant de bruit se réduire à n'être autre chose que le développement d'idées contenues dans les ouvrages de nos prédécesseurs. On les trouvera à la vérité revêtues de formes plus appropriées nouvelles ; mais il sera clair que ces formes sont celles que les sciences modernes ont adoptées, en sorte qu'après Pendant un tems une partie des connoissances humaines se distinguoit des autres par branches de la culture intellectuelle par une méthode sévère et exacte, tandis qu'on retrouvoit partout ailleurs le vague et […] des idées les plus heureuses unies aux conjectures les plus hazardées, traces des premiers essais de la pensée ; après ce tems l'homogénéité qui fut le caractère des travaux des anciens, dominés dans tous les genres par l'imagination finira par se retrouver dans la culture les travaux modernes assujettis à la marche méthodique qui doit conduire à la connoissance certaine des vérités propres à chaque genre d'étude.Le mot « vérité » de « à la vérité » est écrit dans la marge de gauche, en tête de ligne. « unies », « après ce tems » et « dans tous les genres » sont ajoutés dans l'interligne. Le crochet ouvrant est de l'auteur, en regard de la mention marginale « Variante ».

86[Les lettres ont perdu de leur éclat ; elles n'attirent plus vers elles l'attention des peuples ; elles ne sont plus l'objet de l'enthousiasme de la jeunesse. La poësie, si elle ne trouve moyen de se rattacher à quelques unes des idées qui intéressent les discussions politiques est généralement dédaignée. Comment dans cette disposition des esprits l'homme de génie pourroit-il trouver d'heureuses inspirations ?

Mais un jour plus pur ne tardera pas à renaître. L'analogie exige que toutes les branches du savoir humain reçoivent des développemens, pour ainsi dire, parallèles. L'attention se portera successivement sur chacune d'elles, jusqu'à l'époque où, leurs progrès […] devenant comparables, ou si j'ose le dire, identiques, elles obtiendront toutes ensemble le degré d'intérêt dû à leurs valeurs respectives.

Ainsi voyons nous l'élève occupé d'acquérir les connoissances diverses qui doivent composer l'éducation achevée, diriger son attention tantôt vers les sciences tantôt vers l'étude des un genre d'études, tantôt vers vers un autre genre tout différent du premier. Chaque objet nouveau attire toutes les forces de son esprit, il semble être devenu étranger à ce qu'il sait déjà, et on le croiroit incapable d'aborder des questions qui pour lui sont encore inconnues, pour lui. Cependant il arrive une époque, où chaque chose reprend à aux ses yeux de l'élève son importance véritable. Il voit des liaisons et des ressemblances là où il n'avoit d'abord aperçu que des divisions et des différences. L'esprit humain touche à une période semblable. Bientôt

87f. 43r le tableau des sciences, des lettres, des beaux arts présentera au spectateur à l'œil attentif une symétrie méthodique qui lui permettra d'embrasser d'un seul coup d'œil l'œuvre de l'esprit humain. L'analogie qui a produit autrefois, pour les sciences des systêmes hazardés et pour les lettres des allégories ingénieuses ou des comparaisons pleines de grâces, prendra une force nouvelle. Elle ne s'arrêtera plus à la superficie des choses, pour y chercher les ressemblances qui s'offrent d'elles mêmes à la première vue ; elle pénètrera leur nature, et le type du vrai trouvera offrira dans les sujets les plus divers des copies variées de le guide le plus le caractère général de toutes connoissances certaines.

Laissons les sciences à part Nous avons traité plus haut de la révolution qui s'est opérée dans la manière dont nous envisageons les sciences math physiques ; nous avons dit comment les méthodes géométriques ont étendu leur empire en portant la certitude qui leur est propre dans des régions qui furent longtems le domaine des idées systématiques. Les sciences morales et politiques ne tarderont pas à subir la même transformation ; déjà l'opinion publique s'attend à ce changement, et en devance même la réalisation par un enthousiasme irréfléchi pour les doctrines qui lui en offrent l'espérance. Cette erreur passagère est exempte de danger. elle sera peu durable et le goût dont elle est le symptôme sera bientôt pleinement satisfait.Dans la marge de droite, en regard des dernières lignes, de courts traits verticaux à l'encre, peut-être le crochet fermant des passages ouverts aux vues 85 et 86 ; rien ne permet de l'assurer.

88les méthodes existent ; une difficulté née de l'amour propre peut seule en retarder l'emploi. Les hommes en état de traiter de pareilles questions ne jugent pas qu craignent de n'être pas estimés de leurs pairs, et de ne pas rencontrer de juges éclairés dans les personnes étrangères aux sciences.

Un pareil obstacle ne peut pas subsister bien longtems : et nous pouvons donc regarder dès à présent les sciences morales et politiques comme appartenant au domaine des idées exactes.

Mais l'analogie se montrera dans tout son charme et dans toute sa puissance se montrera lorsque l'esprit d'examen entreprendra de comparer la manière d'agir des lettres et des arts, et lors que portant ensuite ses regards vers les modèles offerts par le spectacle de la nature, il trouvera de tout côté des copies sans cesse renouvelées de ce modèle du vrai qui appartient à notre être ; qui est la source de toutes nos plaisirs intellectuels et qui, réfléchi autour de nous, produit à la fois devient la cause des impressions que nous recevons des objets qui dont est frappée notre imagination, et le principe de l'imitation, en vertu à l'aide sert à la fois duquel le génie sait nous émouvoir en produisantt à son gré des émotions dont qui se ressemblent et sont dues cependant à des causes qui diffèrent comme la nature des moyens qu'il sait employer […] que constituans constitutifs d'autant d'arts séparés, donne immédiatement du sentiment Il doit cette puissance au principe de l'imitation et l'imitation dérive du sentiment d'analogie. S'il n'existoit pour nous aucun type commun entre les divers objets dont nous recevons l'impression, les arts auroient pu copier ce quiPage très corrigée. « née de », « et » (devant « des arts »), « lors que », « ensuite », « devient la cause des », « dont est », « constitutifs », « sont » sont écrits dans l'interligne ; « en vertu » et « à l'aide », eux-mêmes biffés, aussi. « se » est ajouté dans la marge de gauche devant « ressemblent », écrit en surcharge d'un premier mot. Les deux lignes « Il doit cette puissance au principe de » et « l'imitation et l'imitation dérive du sentiment » sont écrites au-dessus et au-dessous de la ligne biffée « donne immédiatement du sentiment ». L'ordre de lecture retenu ici est celui qu'impose le sens.

89f. 44r les objets extérieurs, les lettres auroient pu redire les événemens dignes d'attention ; mais ni les uns ni les autres n'auroient su reproduire une impression semblable à celle qui vient des choses existantes en employant des choses existantes des moyens qui ne leur auroient pas été immédiatement fournis par le sujet.Un long trait à l'encre, en boucle, entoure le passage de « reproduire » à « sujet » ; « existantes » est écrit dans l'interligne. En tête de la page, au crayon et d'une écriture qui paroît autre, un mot lu avec doute « Double ».

C'est à l'observation Les lois de l'être établissent de certains rapports entre un module donné et tout ce qui tient au sujet auquel ce module appartient. Ce sont ces rapports qui agissent sur notre imagination. L'âme peut être affectée de la même manière par l'entremise de sens différens, parce qu'elle reçoit alors le même ordre d'idées. ainsi l'éloquence, l'art musical et la peinture procèdent d'une manière pantomime procèdent d'une manière analogue ; la peinture ne dispose que d'un seul instant ; mais elle sait le choisir de façon à rappeler ceux qui ont précédé, et à faire pressentir la suite de l'action que le tableau représente.

Si on excepte un petit nombre de cas dans lesquels l'auditeur est préparé, par les circonstances du moment, à prêter toute son attention à l'orateur, celui-ci commence son discours avec calme ; le musicien agit de même au commencement de sa pièce ; il emploie une modulation simple, et le même autre réserve le même aussi les mouvemens expressifs pour la suite de l'action. Dans le nat spectacle de la nature ;« aussi » est écrit dans la marge de droite. La page s'achève sur un long trait horizontal après « nature ; ».

90nous retrouvons la même gradation. le lever du soleil est précédé d'un crépuscule : et un autre crépuscule termine annonce la fin de son apparition. Le goût exige que aussi voyons nous l'écrivain et l'orateur terminentr leur oraison avec la même simplicité qu'elle […] a été commencée. Une pensée d'éclat placée à la fin d'un discours laisseroit l'auditeur dans une sorte d'éblouissement qui seroit fatiguant. […] : cette manière est repoussée le goût, en s'épurant a proscrit cette manière. L'influence de l'analogie est tellement sympathique que le musicien renonce aussi à nous faire entendre les bruyans accords par lesquels il étoit naguère d'usage de terminer l'acte de cadence. Dans les morceaux plus modernes, la tonique arrive sans éclat et l'oreille est ramenée au repos absolu par le des sons par les dernières mesures préparent le repos absolu ; non pas seulement par la modulation qui doit amener la tonique, mais encore par la diminution d'intensité des sons a employés vers la fin du morceau dans les dernières mesures.« annonce la fin » et « aussi voyons nous » sont écrits dans l'interligne. Au-dessus de « qu'elle », quelques mots biffés et noircis. Devant « d'éclat », un mot noyé sous une tache d'encre ; au-dessous, un mot biffé. « vers la fin du morceau », écrit au-dessus de « dans les dernières mesures », porte lui-même un trait qui pourroit être une rature.

[Nous allons voir combien il existe de ressemblance véritable entre les manières de faire pratiquées employées par les dans les arts, qu'on a coutume de regarder comme étant entièrement étrangers l'un à l'autre.

[Ainsi en comparant avec plus de détails l'art dont les grands effets produits par d'un côté par le talent de l'orateur, de l'autre par celui de l'habile compositeur, nous aurons occasion de nous convaincre à quel point

91f. 45r de l'identité des rapports qui agissent sur notre imagination. Une seule condition est nécessaire pour les appercevoir : il faut être familier avec chacun des modules qui seroient de nature commune à de tels rapports.

Dans Les effets d'une grande puissance frappent à la vérité les hommes les moins instruits ; mais la finesse du tact a besoin d'exercice. le goût, l'oreille sont susceptibles de se former ; et souvent on se croit absolument incapable d'apprécier les effets l'harmonie musicale à cause du préjugé qui sépare la musique du domaine de l'intelligence. Au contraire, personne ne veut paroître insensible aux beautés littéraires : et une éducation à laquelle on attache une si haute importance, prépare l'homme du monde à porter des jugemens raisonnables, ou au moins à savoir choisir les autorités qui doivent suppléer à lui fournir les opinions qu'il pourra émettre sans honte. A l'égard de la musique les choses se passent autrement ; l'enfant qui ne démontre trouve pas une grande sensibilité aux par premiers accords qu'on lui fait entendre est regardé comme n'étant pas organisé pour cet art ; souvent l'enseignement est souvent mauvais ; et l'on juge, d'après le défaut de progrès, que l'élève est incapable d'apprendre, et et l'argument tiré de l'inutilité de l'art en lui même, fait […] qu'on l'abandonne bientôt. Ainsi, à moins d'être né assez heureusement pour annoncer, dès les premiers essais, des« vérité » (dans « à la vérité ») est écrit dans la marge de gauche ; « Au contraire », « ne », « trouve », « souvent » et « et » sont ajoutés dans l'interligne.

92dispositions remarquables, si la famille est elle même étrangère au goût de la musique, l'enfant l'enfant se trouve privé des secours qui l'auroient pu conduire à la connoissance des beautés en ce genre. Il est évident que, si on agissoit de la même manière par rapport aux lettres, les hommes doués d'une manière de sentir tellement vive qu'elle n'attend pas le jugement des autres hommes pour exquise seroient les seuls qui fussent acquerreroient la connoissance des chefs d'œuvres littéraires. Je crois qu'il est également rare de voir l'enfant annoncer de grandes dispositions dans l'un ou l'autre genre ; l'éducation et l'opinion rendent compte de la différence entre les nombres qui expriment combien il y a d'homme capables de bien juger en littérature et combien il s'en trouve qui sauront apprécier le mérite d'une composition musicale. ChévenonMot d'une écriture plus grande et plus appuyée, en fin de ligne, souligné d'un trait distinct : peut-être un nom propre, ou un renvoi ; la lecture est douteuse. « l'enfant », répété dans l'interligne au-dessus du mot biffé, et « exquise » sont des additions.

On croit avoir trouvé une objection fondamentale dans la disposition naturelle nécessaire pour juger la justesse d'un son. Mais, lorsqu'il ne seroit pas certain que l'oreille apprend à distinguer les tons entre lesquels l'oreille ne trouvoit d'abord aucune différence, il resteroit encore une foule de choses, qui, étant entièrement indépendantes du choix du module, pourroient être appréciés par l'homme doué d'intelligence et accoutumé à porter son attention sur les effets de la musique.

93f. 46r On s'étonne aujourd'hui de ce que les anciens ont attribué au choix des genres une importance dont les raisons échapent aux à notre attention. Cette haute importance l'influence qu'avoit eu le choix des modes semblent attester que les grecs ont en effet regardé la musique comme une véritable langue et lorsque nous auronsParagraphe barré d'une grande croix à l'encre, et resté inachevé.

On ne comprend plus aujourd'hui ce que l'histoire nous apprend touchant l'influence des différens modes ; et comment parviendroit-on à s'en rendre compte, lorsqu'on s'obstine à regarder la musique comme l'art de flatter l'oreille ? réduite à cet unique usage, pourroit elle encore l'ins être l'objet d'une attention sérieuse ? auroit elle pu produire les effets mer que les anciens nous racontent ?

Mais ces merveilles cesseront de nous étonner lorsqu'en comparant les moyens usités en musique à ceux que l'orateur sait employer, nous aurons mis dans tout son jour cette vérité, reconnue maintenant par un petit nombre de personnes, qui craignent même de l'énoncer, que la musique est une langue, et une langue énergique. Elle emploie les sons ; mais les sons ne la constituent pas. Elle a ses phrases, ses périodes, ses repos, ses hardiesses. Ses beautés flattent l'oreille ; mais mais et ne s'y arrêtent pas ; elles pénètrent l'âme et peuvent exercer sur elle un empire véritable. Ainsi la poësie emploie des mots qui sons articulés agréables à l'oreille, et l'on auroit une idée fort incomplète du charme qui y est attaché si on oublioit le sens des phrases, pour ne s'attacher s'occuper que de leur nombre.

94La musique est toute métaphysique ; ses expressions sont générales ; elle ne possède aucun nominatif ; elle ne peut exprimer que des sentimens ; mais il est en sa puissance de mettre l'âme de l'auditeur dans la même situation que si elle l'a occupée d'un récit positif d'une action particulière.« l'a », écrit au-dessus de « si elle » biffé, est lu avec doute.

Cette langue procède comme toutes les autres langues ; elle aussi fournit des expressions de tous genres.

Le compositeur doit, comme l'orateur, avoir une idée dominante. Il s'empare d'abord de l'attention de l'auditeur en ne lui présentant que des phrases usitées, des idées dont tout le monde tombe d'accord que personne ne puisse s'étonner d'entendre. Elles amèneront le développement du sujet ; mais à moins de circonstances particulières, elles ne le contiendront l'expliqueront pas en entier.

Si le littérateur veut occuper son lecteur d'idées gracieuses et bien soutenir l'attention sans produire aucune impression qui puisse troubler le repos de l'âme, ses phrases seront seront de l'harmonie ; il évitera rejètera toute expression ambitieuse ; il sera constamment pur, et jamais recherché.

Le compositeur qui se propose le même but employera des moyens tout pareils ; sa composition sera toujours correcte ; elle sera simple ; l'oreille ne s'étonnera d'aucune des phrases qui lui seront offertes ; mais un charme toujours

95f. 47r sont toujours soutenu fera pénétrer dans l'âme le sentiment de la grâce.Suite de la dernière ligne de la vue 94 : « mais un charme … soutenu ».

L'homme de lettre veut-il composer un ouvrage propre à égayer le lecteur, il connoîtra l'art d'amener les contrastes ; mais s'il craint de tomber dans le burlesque, il évitera les tours disparates et les expressions propres qui conviendroient à la peinture d'un sujet tragique. L'orateur se propose des objets un but plus important que d'entretenir l'âme de ses auditeurs dans une situation douce et calme ou de faire passer naître la gaîté autour de lui ; mais la conversation des gens personnes aimables n'a pas d'autres besoin d'autres secours effets pour nous plaire et nous attacher.

Elles peuvent nous donner lieu de remarquer que la plus part des choses qui ont ont le caractère de la grâce si elles sont dites d'une certaine manière, peuvent deviendroient propres au moyen à l'aide de foibles changemens et d'une autre manière de les dire, propres à prendre le caractère de la gaîté.Au-dessus de « peuvent », dans « Elles peuvent », le mot « conversations » ; dans la marge, « de » souligné et une croix qui renvoie à « Elles » : l'auteur semble avoir voulu « Ces conversations peuvent ». Un trait à l'encre entoure « ont le caractère de la grâce » et « d'une certaine manière ». « deviendroient » est écrit en surcharge au-dessus de mots biffés et n'est lu qu'avec doute ; « propres » et « de » (devant « la gaîté ») sont ajoutés dans l'interligne.

[Le rapport entre la grâce et la gaîté devient est sensible dans les compositions musicales.

Les mêmes modes, les mêmes coupures de phrases, y conviennent sont employées dans l'un et l'autre genres ; la et le changement de mouvement tient la place de celui des manières de dire.

96Plus de vitesse suffit pour donner le caractère de la gaîté à une composition, qui, dite avec exécutée plus lentement eut […] été simplement gracieuse. [Mais, en musique comme en littérature, celle-ci exclut la grâce, exclut les contrastes, qui conviennent à la gaîté ; comme la gaîté, sous peine de tomber dans le burlesque, rejette le aussi les contrastes, qui eussent été bien placés dans l'autre ; le burlesque résulteroit de l'emploi d'un autre genre de contrastes réservé à l'expression des grandes émotions.« exécutée » et les deux lignes « la grâce, exclut … sous peine » et « de tomber dans le burlesque, rejette le » sont écrits dans l'interligne ; au-dessus de « en musique comme en littérature », une ligne entièrement noircie n'a pu être lue. L'ordre retenu est celui qu'impose le sens.

Nous venons de parler des Les rapports que nous venons de remarquer entre deux situations de l'âme où elle est dans un état de bien être se font remarquer également sentis entre celles où l'âme éprouve un sentiment de tristesse.« également sentis » est écrit au-dessus de « font remarquer » biffé ; « sentis » paroît biffé à son tour.

La mélancolie et le désespoir peuvent être produits par une seule et même cause. Il arrive même que ces deux manières d'être affectée se succèdent alternement, et se reproduisent chez le même sujet jusqu'à ce que, peu à peu l'impression reçue s'affoiblissant peut éloigner ou même fasse disparoître l'accent du désespoir, pour ne plus conserver que l'impression plus douce d'une tristesse qui qu'un susceptible de distraction. et Alors la mélancolie n'a plus le caractère de l'abattement ; elle devient douce, et quelque fois chère aux personnes qui en sont affectées.La phrase « jusqu'à ce que … de distraction » est laissée telle qu'elle est écrite, avec « peut éloigner ou même fasse » et « qu'un susceptible », qui ne se construisent pas. Une plume posée sur la page a laissé une trace en travers de « et se reproduisent », mot qui est aussi biffé.

97f. 48r les différens genres, liés entre eux par une origine commune, inspirent à l'homme de lettres, au poëte et à l'orateur des compositions qui à l'imitation ont aussi entre elles des rapports sensibles, et pourtant des caractères divers.La vue 96 s'achève sur une phrase complète (« qui en sont affectées. ») et celle-ci s'ouvre sur « les différens genres » sans majuscule : le raccord entre les deux pages ne se fait pas.

La sombre mélancolie exprime les mêmes idées que le désespoir ; dans la simple conversation, il suffit de changer le ton mouvement ralentir ou précipiter le discours pour le passage de l'un à l'autre peut être uniquement marqué par le ralentissement et par la précipitation du discours. — La même chose est vrai par rapport aux compositions musicales de peu d'étendue. une complainte insp dans laquelle le caractère d'une sombre tristesse se trouveroit fortement exprimé, feroit entendre les accens du désespoir si on en précipitoit le mouvement.« complainte » est laissé sans article, l'article « une » ayant été biffé.

[En littérature, aussi bien que dans l'art musical, les choses se passent autrement lorsqu'il s'agit de compositions plus importantes. Alors les caractères sont distincts ; et une bonne composition dans un des genres pourroit deviendroit ou foible ou tout à fait mauvaise si on se contentoit de changer la manière de les dire.Un trait à l'encre entoure « Alors les caractères sont distincts ».

98[Il est facile de comprendre la raison de cette différence de facture entre les grandes compositions et celles qui ont peu d'étendue, et, je pourrois dire peu d'importance sous le rapport de l'art.

Les sentimens douloureux qui produisent les deux affections dont nous examinons l'expression admettent pendant se manifestent également par l'une et par l'autre ; il est dans la nature notre manière de sentir ne nous permet pas de demeurer longtems dans la situation violente qui caractérise le désespoir. Cette situation déchirante amène une fatigue extrême, et, si elle n'est pas pas portée à un tel degré d'exaltation assez fort pour troubler entièrement nos facultés intellectuelles, la fatigue ne forcera notre âme à prendre quelque repos. Ce genre de repos n'est pas celui du bien être ; il approche de la stupidité ; c'est l'abattement de la douleur ; c'est une mélancolie sombre, fait place alors c'est une tristesse profonde.Le second « c'est » est écrit dans l'interligne, au-dessus de « une mélancolie ».

99f. 49r En tête de la page, au-dessus de la première ligne, le mot « Georges », à l'encre, entouré d'un paraphe, d'une écriture qui paroît autre que celle du texte.

[Quel que soit le genre de composition destiné à reproduire de telles impressions, il est assujetti à se conformer aux besoins de notre sensibilité ; il doit donc employer concurremment alternativement la peinture de l'extrême tristesse tristesse il résulte de la et celle du désespoir. ainsi ces deux aspects différens d'un seul et même sentiment se trouvent pour ainsi dire opposés l'un à l'autre, et dans un tel degré de rapprochement que la comparaison en devient inévitable. Il convient alors d'établir entre leur expression toutes les d'autres différences possibles que celles du mouvement. La nature de ces affections en offre le moyen.« donc », « alternativement », « d'autres » et « que celles du mouvement » sont écrits dans l'interligne.

Non seulement l'abattement s'exprime avec lenteur ; mais une sorte de monotonie lui convient ; le poëte, l'orateur, choisiront des syllabes douces, faciles à prononcer, et dont l'émission semble devoir exiger peu d'efforts. Le musicien aura recours à des notes de presque de même valeur ; en sorte que les sons qu'il fait entendre produisent sur l'âme un un effet le plus voisin du silence absolu, qui produiront une mieux nourrit mieux la préoccupation dont il doit nous faire connoître l'existence.Fin de phrase très remaniée : au-dessus de « qui produiront une préoccupation », biffés en partie, sont écrits trois mots, lus avec doute « mieux », « nourrit », « mieux » — le troisième pourroit être « malheur » —, et « la » ; « sur l'âme » est dans la marge de gauche, « un » et « même » dans l'interligne.

100[L'attention à suivre ces règles offre le double effet avantage de renforcer l'effet qui seroit produit par le seul changement de la manière de dire et de préparer une opposition plus frappante entre les accens de la profonde mélancolie et ceux du désespoir.

De même aussi les affections violentes, lorsqu'elles devront se montrer dans une même composition à côté de la douleur profonde et sombre douleur, trouveront d'autres nuances que celles qui résulteroient de la seule précipitation du mouvement. Des expressions fortes et énergiques, des notes dures à l'oreille avertiront l'âme de l'exaltation nouvelle produite par le sujet.« et sombre douleur » : « et » est écrit après les mots biffés, « douleur » en tête de la ligne suivante, avec un renvoi.

Le poëte, l'orateur, l'auteur dramatique, littérateur ou musicien, tirent ses grands effets de l'art avec lequel ils savent amener un mot une note inattendus. L'âme de l'auditeur s'étoit identifiée avec le développement d'une action qui lui étoit, pour ainsi dire, présente ; tout à coup, elle voit avec surprise un incident nouveau qui en renforce trop l'impression ; elle se trouble, alarmée d'un surcroît de malheur, dont elle ne peut plus mesurer l'étendue.« tirent » et « ses » sont écrits en surcharge ; la finale de « inattendus » est surchargée elle aussi. « alarmée », en petits caractères dans l'interligne, est lu avec doute.