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      <titleStmt>
        <title>Manuscrits de Sophie Germain, Français 9117, vues 81–100 — transcription</title>
        <author>Sophie Germain</author>
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          <resp>transcription automatique — première passe, non vérifiée contre les pages par une personne (<date when="2026-09-14">2026-09-14</date>)</resp>
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          <resp>procédure, outillage, export TEI</resp>
          <orgName xml:id="ed">germain.commutator.io (Commutator, Paris)</orgName>
        </respStmt>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Lecture automatique — non vérifiée</edition>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Commutator</publisher>
        <pubPlace>Paris</pubPlace>
        <date when="2026-09-16">2026-09-16</date>
        <availability status="free">
          <licence target="https://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/">CC0 1.0</licence>
          <p>Le manuscrit transcrit est dans le domaine public. Cette
          transcription est une première lecture automatique, non vérifiée, placée
          dans le domaine public (CC0) ; aucune image n'est reproduite — le
          fac-similé est celui de Gallica, cité vue par vue. Source gallica.bnf.fr /
          Bibliothèque nationale de France. La source LaTeX dont ce fichier
          dérive est publiée sous https://github.com/Commutator-IO/germain-project.</p>
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          <msIdentifier>
            <country>France</country>
            <settlement>Paris</settlement>
            <repository>Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits and Bibliothèque de l'Arsenal</repository>
            <collection>Manuscrits de Sophie Germain</collection>
            <idno type="shelfmark">Français 9117</idno>
          </msIdentifier>
          <head>« Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres aux différentes époques de leur culture, » par Sophie GERMAIN.</head>
          <msContents>
            <summary>Vues 81 à 100 du volume, dans la
            numérotation de Gallica (une vue par image) ; lot 5 de vingt vues.
            La foliotation au crayon de la BnF, quand elle a pu être lue, est
            donnée par un milestone[@unit='folio'] ; elle n'est jamais déduite.
            Les vues absentes de la transcription ne portent rien à lire et sont
            omises ; le saut dans la numérotation en est le seul enregistrement.</summary>
          </msContents>
          <history><origin><origDate>1801-1900</origDate><note>Datation du catalogue, reproduite telle quelle.</note></origin></history>
          <additional>
            <surrogates>
              <bibl>
                <ref target="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733">https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733</ref>
                <note>Fac-similé numérique de la Bibliothèque nationale de France
                sur Gallica, servi par l'API IIIF. L'attribut
                <hi rend="monospace">facs</hi> de chaque
                <hi rend="monospace">pb</hi> pointe la vue correspondante dans
                le lecteur de Gallica.</note>
              </bibl>
            </surrogates>
          </additional>
        </msDesc>
      </sourceDesc>
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      <projectDesc>
        <p>Transcription de manuscrits de mathématiciens numérisés dans Gallica, une passe de vingt vues
        par conversation avec un grand modèle multimodal, sous la procédure
        <hi rend="monospace">transcribe</hi> du dépôt. Le fichier
        LaTeX est la source de référence ; ce TEI en est dérivé mécaniquement
        par <hi rend="monospace">scripts/tei.mjs</hi> et n'a pas été relu.</p>
      </projectDesc>
      <editorialDecl>
        <p>L'édition n'est pas diplomatique : elle encode les mathématiques et
        l'apparat, rien du support. Correspondance avec l'apparat de la source :
        <hi rend="monospace">\ill</hi> devient <hi rend="monospace">gap[@reason='illegible']</hi>
        (jamais deviné) ; <hi rend="monospace">\uncertain</hi> devient
        <hi rend="monospace">unclear</hi> ; <hi rend="monospace">\add</hi> devient
        <hi rend="monospace">supplied</hi> ; <hi rend="monospace">\struck</hi> devient
        <hi rend="monospace">del</hi> (biffé par l'auteur) ;
        <hi rend="monospace">\note</hi> devient <hi rend="monospace">note[@type='editorial']</hi>
        (du transcripteur) ; <hi rend="monospace">\marginal</hi> devient
        <hi rend="monospace">note[@type='authorial'][@place='margin']</hi> (de l'auteur) ;
        <hi rend="monospace">\page</hi> devient <hi rend="monospace">pb</hi> (vue de Gallica) ;
        <hi rend="monospace">\folio</hi> devient <hi rend="monospace">milestone[@unit='folio']</hi>
        (foliotation de la BnF, jamais déduite).</p>
        <p>Les mathématiques sont transportées en TeX dans
        <hi rend="monospace">formula[@notation='TeX']</hi>, les diagrammes
        commutatifs en <hi rend="monospace">formula[@notation='tikz-cd']</hi>,
        sans conversion. Une marque d'apparat située à l'intérieur d'une
        formule (un exposant illisible, un symbole biffé) reste dans le TeX de
        la formule, sous les mêmes macros.</p>
        <p>Orthographe, ponctuation et lapsus de l'auteur sont conservés ; une
        faute évidente est signalée par une note, jamais corrigée.</p>
      </editorialDecl>
      <appInfo>
        <application ident="germain-tei" version="1">
          <label>scripts/tei.mjs</label>
          <ref target="https://github.com/Commutator-IO/germain-project">https://github.com/Commutator-IO/germain-project</ref>
        </application>
      </appInfo>
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      <langUsage>
        <language ident="fr">français, avec la notation mathématique de l'auteur</language>
      </langUsage>
    </profileDesc>
    <revisionDesc>
      <change when="2026-09-14" who="#pass">Première passe de transcription.</change>
      <change when="2026-09-16" who="#ed">Export TEI depuis la source LaTeX.</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <body>
      <div type="batch" n="5">
<p><note type="editorial" resp="#pass">Numérotation des feuillets. Chaque page porte en haut à gauche un
nombre à l'encre, biffé, de 71 (vue 81) à 90 (vue 100), qui semble une
ancienne pagination du manuscrit. Les rectos portent en haut à droite, au
crayon, la foliotation 40 à 49 (vues 81, 83, …, 99). Les versos ne
portent pas de nombre au crayon, et aucun folio n'est porté pour eux.</note></p>
<pb n="81" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f81.item"/><p><milestone unit="folio" n="40r"/>
les études étoient placés hors d'elle.</p>
<p>Nous avons cherché à imiter la littérature des anciens ; nous avons
adopté des fictions poëtiques qui ne se rattachoient plus, pour nous,
à des systêmes accrédités ou à des croyances adoptées. ces fictions,
jadis si riantes, étoient décolorées lorsqu'elles passoient dans les
écrits d'une nation qui ne les avoit pas imaginées ; leur signification
étoit énigmatique et conventionnelle pour nous, tandis <del>étoient</del>
qu'elle<del>s</del> étoi<del>en</del>t pleine de sens et de vie entre les
mains des inventeurs. A une époque où l'imagination dominoit toutes
les conceptions humaines, les emblêmes dont nous nous efforçons de
faire revivre la grâce prêtoient un véritable secours aux conceptions
du poëte ; <del>elles ornoient les</del> et un charme réel
<del>prêtoient</del> à <del>tous</del> <unclear>ses</unclear> écrits <del>un
charme réel</del>. Aujourd'hui les formes de style <del>ff</del> sont plus en
harmonie avec notre caractère national. aussi voyons nous une école
nouvelle faire mille efforts pour créer une littérature qui nous soit
propre.</p>
<p>L'époque où nous vivons est remarquable par l'invasion des formes
mathématiques dans les ouvrages qui, par leur <del>sujet</del> nature,
sont loin de pouvoir <del>de présenter</del> atteindre l'exactitude
<del>réelle</del> à laquelle de telles formes sont spécialement propres.
Il résulte de l'emploi maladroit des termes qui expriment une entière
certitude une sorte de déception intellectuelle dont la raison et le
goût sont également choqués. <del>Une recherche de style, qui dont le
fond n'existe pas dans les ouvrages où l'on exprime</del></p>
<pb n="82" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f82.item"/><p>Les personnes qui ne connoissent des sciences exactes que leurs
premiers élémens ont cru pouvoir reprocher aux géomètres une sécheresse
de style, qu'on a regardée comme inhérente au genre de leurs études.
Il est certain, cependant, que les ouvrages consacrés à l'exposition des
hautes théories mathématiques présentent dans le style même un charme
inexprimable. <del>Il y a</del> On y <del>trouve</del> remarque une
précision élégante, une extrême finesse, l'art de rendre présente à la
pensée une foule d'idées, qui pourtant ne sont pas textuellement
exprimées.</p>
<p>Tous ces avantages disparoissent d<del>ans les</del> grotesques copies
qu'on introduit aujourd'hui dans le langage commun. on nous présente
<unclear>hardiment</unclear> l'enveloppe sous laquelle nous sommes habitués à
trouver des pierres précieuses ; <del>elle</del> et cette enveloppe
<del>contient <gap reason="illegible"/> a portant</del> des choses de peu de valeur. Nous
nous étonnons avec raison de <del>les</del> voir dépourvues des ornemens
qui conviendroient au sujet. Pourquoi sont-elles astreintes aux
apparences de la solidité, tandis que celles de la légèreté seroient en
harmonie avec leur nature futile ? <del>avec l'intérieur d'un tel
sujet ?</del><note type="editorial" resp="#pass">Le « d » de « dans les » est laissé non biffé ; on attend
« des ». Sous « Nous », dans l'interligne, un petit mot lu avec doute
« Que ». « nature futile ? » est ajouté au-dessus de la ligne biffée,
dans laquelle « un » et « objets », surchargés, sont biffés aussi. Le
mot noirci au-dessus de « a portant » n'a pu être lu.</note></p>
<p>Mais ce qu'il y a de plus vicieux c'est l'emploi des chiffres là où ils
n'expriment aucunes valeurs réelles ; ils usurpent le crédit dû aux
connoissances positives, et servent à établir l'erreur,</p>
<pb n="83" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f83.item"/><p><milestone unit="folio" n="41r"/>
<del>à l'abri <gap reason="illegible"/></del> en donnant le change aux amis de la vérité.
<del>Par Il</del> après avoir, renonc<del>ant</del>é aux genres de littérature
dont les formes faciles et attrayantes sont propres à soutenir
l'attention, et qui d'ailleurs <del><gap reason="illegible"/></del> <unclear>ont</unclear>
<del>présentent</del> l'avantage d'être conformes à leurs habitudes, les
personnes qui, se <del>sentant pénétrés</del> laissant entraîner par
l'amour des idées exactes, dont le besoin se fait actuellement sentir
plus généralement qu'à aucune autre époque, consentent à dévorer la
sécheresse attachée aux études élémentaires, mériteroient de trouver
dans les auteurs qui <del>consacrent</del> leur servent de guide cette
conscience du vrai sans laquelle il est impossible d'atteindre aucuns
résultats importans.</p>
<p>Les nations éprouvent aujourd'hui le sort des individus qui se livrent
pour la première fois aux études sérieuses. Elles <del>sont</del> encore
incapables de juger les ouvrages <unclear>qui</unclear> <del>elles veulent</del>
leur sont présentées ; elles s'indemnisent de la peine qu'elles prennent
à les étudier par une confiance aveugle dans les doctrines qu'elles y
trouvent et par le mépris des formes qu'avoient autrefois adoptées les
auteurs qui <del>leur</del> promettoient une instruction moins solide.</p>
<p>Le pédantisme étoit jadis le défaut ordinaire des personnes adonnées
<del>aux recherches</del> à l'étude ; maintenant, la plus obscure
médiocrité reléguée dans les provinces éloignées du centre</p>
<pb n="84" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f84.item"/><p>des mouvemens progressifs de la science offre seule quelques traces de
cet ancien défaut. mais, en revanche, <del>ce</del> sont des masses
entières qui <del>de</del> nous donnent le spectacle nouveau d'une
confiance illimitée dans leurs lumières et d'un mépris absolu pour les
personnes qui, fidèles à d'anciens documens, sont restées étrangères à
ce qu'on nomme aujourd'hui les nouvelles idées.</p>
<p>La jeunesse surtout renchérit sur cette ridicule manie, elle se croit
beaucoup trop instruite pour ne pas dédaigner le ton aimable de
plaisanterie qui chez notre nation accompagnoit autrefois une
instruction réelle et des opinions éclairées.</p>
<p>La littérature a besoin du secours des idées dominantes pour obtenir
l'attention de ses graves enfans. Il n'est pas permis de faire rire, si
ce n'est aux dépens des <del>gens</del> personnes qui se montrent
ennemies des innovations. La raillerie est amère ; elle a perdu la
grâce qui savoit en adoucir les traits.</p>
<p><note type="editorial" resp="#pass">Avant l'alinéa suivant, deux traits horizontaux à l'encre dans la
marge ; dans l'interligne, au crayon et d'une écriture qui paroît
autre, « Ch. 6 » suivi de mots à peine visibles, dont « Avenir de »
et <gap reason="illegible"/> ; dans la marge de gauche, au crayon, « avenir de ».</note></p>
<p>Ne nous alarmons pas de ces <del>symptomes</del> symptômes : ils ne
seront que transitoires. Nous approchons de l'époque où le goût du
public pour les idées exactes déterminera le talent à s'occuper des
théories politiques. Lorsque la vérité aura trouvé des organes dignes
d'elle, elle paroîtra simple. Il sera alors facile de la reconnoître,
par sa nature, elle est étrangère à l'emphase, qui</p>
<pb n="85" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f85.item"/><p><milestone unit="folio" n="42r"/>
accompagne les doctrines sentencieuses de nos <del>faux</del> pédans.
Bientôt on verra la politique recueillant le petit nombre de vérités qui
sont à son usage, adopter les formes qui conviennent à sa nature.
Agissant comme toutes les sciences qui ont besoin du secours de
l'expérience, elle craindra <del>d'adopter</del> d'énoncer des théories
générales avant d'<del>en</del> avoir justifié la réalité.</p>
<p><note type="authorial" place="margin">Variante</note> [On verra alors ces progrès immenses dont on fait
tant de bruit se réduire à n'être autre chose que le développement
d'idées contenues dans les ouvrages de nos prédécesseurs. On les
trouvera à la vérité revêtues de formes <del>plus appropriées</del>
nouvelles ; mais il sera clair que ces formes sont celles que les
sciences modernes ont adoptées, <del>en sorte qu'après</del> Pendant un
tems <del>où</del> une partie des connoissances humaines se distinguoit
des autres <del>par</del> branches de la culture intellectuelle par une
méthode sévère et exacte, tandis qu'on retrouvoit partout ailleurs
<del>le vague et <gap reason="illegible"/></del> des idées les plus heureuses unies
<del>aux</del> conjectures les plus hazardées, traces des premiers essais
de la pensée ; après ce tems l'homogénéité qui fut le caractère des
travaux des anciens, dominés dans tous les genres par l'imagination
finira par se retrouver dans <del>la culture</del> les travaux modernes
assujettis à la marche méthodique qui doit conduire à la connoissance
certaine des vérités propres à chaque genre d'étude.<note type="editorial" resp="#pass">Le mot « vérité »
de « à la vérité » est écrit dans la marge de gauche, en tête de ligne.
« unies », « après ce tems » et « dans tous les genres » sont ajoutés
dans l'interligne. Le crochet ouvrant est de l'auteur, en regard de la
mention marginale « Variante ».</note></p>
<pb n="86" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f86.item"/><p>[Les lettres ont perdu de leur éclat ; elles n'attirent plus vers elles
l'attention des peuples ; elles ne sont plus l'objet de l'enthousiasme
de la jeunesse. La poësie, si elle ne trouve moyen de se rattacher à
quelques unes des idées qui intéressent les discussions politiques est
généralement dédaignée. Comment dans cette disposition des esprits
l'homme de génie pourroit-il trouver d'heureuses inspirations ?</p>
<p>Mais un jour plus pur ne tardera pas à renaître. L'analogie exige que
toutes les branches du savoir humain reçoivent des développemens, pour
ainsi dire, parallèles. L'attention se portera successivement sur
chacune d'elles, jusqu'à l'époque où, leurs progrès <del><gap reason="illegible"/></del>
devenant comparables, <del>ou si j'ose le dire, identiques,</del> elles
obtiendront toutes ensemble le degré d'intérêt dû à leurs valeurs
respectives.</p>
<p>Ainsi voyons nous l'élève occupé d'acquérir les connoissances diverses
qui doivent composer l'éducation achevée, diriger son attention tantôt
vers <del>les sciences tantôt vers l'étude des</del> un genre d'études,
tantôt <del>vers</del> vers un autre genre tout différent du premier.
Chaque objet nouveau attire toutes les forces de son esprit, il semble
être devenu étranger à ce qu'il sait déjà, et on le croiroit incapable
d'aborder des questions qui <del>pour</del> lui sont encore inconnues,
<del>pour lui</del>. Cependant il arrive une époque, où chaque chose
reprend à <del>aux</del> ses yeux <del>de l'élève</del> son importance
véritable. Il voit des liaisons et des ressemblances là où il n'avoit
d'abord aperçu que des divisions et des différences. L'esprit humain
touche à une période semblable. Bientôt</p>
<pb n="87" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f87.item"/><p><milestone unit="folio" n="43r"/>
le tableau des sciences, des lettres, des beaux arts présentera au
spectateur <del>à l'œil</del> attentif une symétrie méthodique qui lui
permettra d'embrasser d'un seul coup d'œil l'œuvre de l'esprit humain.
L'analogie qui a produit autrefois, pour les sciences des systêmes
hazardés et pour les lettres des allégories ingénieuses ou des
comparaisons pleines de grâces, prendra une force nouvelle. Elle ne
s'arrêtera plus à la superficie des choses, pour y chercher les
ressemblances qui s'offrent d'<del>elles mêmes</del> à la première vue ;
elle pénètrera leur nature, et le type du vrai <del>trouvera</del> offrira
dans les sujets les plus divers <del>des copies variées de le guide le
plus</del> le caractère général de toutes connoissances certaines.</p>
<p><del>Laissons les sciences à part</del> Nous avons traité plus haut de la
révolution qui s'est opérée dans la manière dont nous envisageons les
sciences <del>math</del> physiques ; nous avons dit comment les méthodes
géométriques ont étendu leur empire en portant la certitude qui leur est
propre dans des régions qui furent longtems le domaine des idées
systématiques. Les sciences morales et politiques ne tarderont pas à
subir la même transformation ; déjà l'opinion publique s'attend à ce
changement, et en devance même la réalisation par un enthousiasme
irréfléchi pour les doctrines qui lui en offrent l'espérance. Cette
erreur passagère est exempte de danger. elle sera peu durable et le goût
dont elle est le symptôme sera bientôt pleinement satisfait.<note type="editorial" resp="#pass">Dans la
marge de droite, en regard des dernières lignes, de courts traits
verticaux à l'encre, peut-être le crochet fermant des passages ouverts
aux vues 85 et 86 ; rien ne permet de l'assurer.</note></p>
<pb n="88" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f88.item"/><p>les méthodes existent ; une difficulté née de l'amour propre peut seule
en retarder l'emploi. Les hommes en état de traiter de pareilles
questions <del>ne jugent pas qu</del> craignent de n'être pas estimés de
leurs pairs, et de ne pas rencontrer de juges éclairés dans les
personnes étrangères aux sciences.</p>
<p>Un pareil obstacle ne peut pas subsister <del>bien</del> longtems : et
nous pouvons <del>donc</del> regarder dès à présent les sciences morales
et politiques comme appartenant au domaine des idées exactes.</p>
<p>Mais l'analogie se montrera dans tout son charme et dans toute sa
puissance <del>se montrera</del> lorsque l'esprit d'examen entreprendra de
comparer la manière d'agir des lettres et des arts, <del>et</del> lors que
portant ensuite ses regards vers les modèles offerts par le spectacle de
la nature, il trouvera de tout côté des copies sans cesse renouvelées de
ce modèle du vrai qui appartient à notre être ; qui est la source de
toutes nos plaisirs intellectuels et qui, réfléchi autour de nous,
<del>produit à la fois</del> devient la cause des impressions que nous
recevons des objets <del>qui</del> dont est frappée notre imagination,
<del>et le principe de l'imitation, en vertu à l'aide sert à la fois
duquel</del> le génie <del>sait nous émouvoir en</del> produi<del>sant</del>t à
son gré des émotions <del>dont</del> qui se ressemblent et sont dues
cependant à des causes qui diffèrent comme la nature des moyens
<del>qu'il sait employer <gap reason="illegible"/> que constituans</del> constitutifs
d'autant d'arts séparés, <del>donne immédiatement du sentiment</del> Il
doit cette puissance au principe de l'imitation et l'imitation dérive
du sentiment d'analogie. S'il n'existoit pour nous aucun type commun
entre les divers objets dont nous recevons l'impression, les arts
auroient pu copier <del>ce qui</del><note type="editorial" resp="#pass">Page très corrigée. « née de »,
« et » (devant « des arts »), « lors que », « ensuite », « devient la
cause des », « dont est », « constitutifs », « sont » sont écrits dans
l'interligne ; « en vertu » et « à l'aide », eux-mêmes biffés, aussi.
« se » est ajouté dans la marge de gauche devant « ressemblent », écrit
en surcharge d'un premier mot. Les deux lignes « Il doit cette
puissance au principe de » et « l'imitation et l'imitation dérive du
sentiment » sont écrites au-dessus et au-dessous de la ligne biffée
« donne immédiatement du sentiment ». L'ordre de lecture retenu ici est
celui qu'impose le sens.</note></p>
<pb n="89" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f89.item"/><p><milestone unit="folio" n="44r"/>
les objets extérieurs, les lettres auroient pu redire les événemens
dignes d'attention ; mais ni les uns ni les autres n'auroient su
reproduire une impression semblable à celle qui vient des choses
existantes en employant <del>des choses existantes</del> des moyens qui ne
leur auroient pas été immédiatement fournis par le sujet.<note type="editorial" resp="#pass">Un long
trait à l'encre, en boucle, entoure le passage de « reproduire » à
« sujet » ; « existantes » est écrit dans l'interligne. En tête de la
page, au crayon et d'une écriture qui paroît autre, un mot lu avec
doute « Double ».</note></p>
<p><del>C'est à l'observation</del> Les lois de l'être établissent de
certains rapports entre un <unclear>module</unclear> donné et tout ce qui tient
au sujet auquel ce <unclear>module</unclear> appartient. <unclear>Ce sont</unclear>
ces rapports qui agissent sur notre imagination. L'âme peut être affectée
de la même manière par l'entremise de sens différens, parce qu'elle
reçoit alors le même ordre d'idées. ainsi l'éloquence, l'art musical et
la peinture <del>procèdent d'une manière</del> <unclear>pantomime</unclear>
procèdent d'une manière analogue ; la peinture ne dispose que d'un seul
instant ; mais elle sait le choisir de façon à rappeler ceux qui ont
précédé, et à faire pressentir la suite de l'action que le tableau
représente.</p>
<p>Si on excepte un petit nombre de cas dans lesquels l'auditeur est
préparé, par les circonstances du moment, à prêter toute son attention à
l'orateur, celui-ci commence son discours avec calme ; le musicien agit
de même au commencement de sa pièce ; il emploie une modulation simple,
et <del>le même autre</del> réserve <del>le même</del> aussi les mouvemens
expressifs pour la suite de l'action. Dans le <del>nat</del> spectacle de
la nature ;<note type="editorial" resp="#pass">« aussi » est écrit dans la marge de droite. La page
s'achève sur un long trait horizontal après « nature ; ».</note></p>
<pb n="90" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f90.item"/><p>nous retrouvons la même gradation. le lever du soleil est précédé d'un
crépuscule : et un autre crépuscule <del>termine</del> annonce la fin de
son apparition. <del>Le goût exige que</del> aussi voyons nous l'écrivain
et l'orateur termine<del>nt</del>r leur oraison avec la même simplicité
qu'elle <del><gap reason="illegible"/></del> a été commencée. <unclear>Une pensée</unclear> d'éclat
placée à la fin d'un discours laisseroit l'auditeur dans une sorte
d'éblouissement qui seroit fatiguant<del>. <gap reason="illegible"/></del> : <del>cette
manière est repoussée</del> le goût, en s'épurant a proscrit cette manière.
L'influence de l'analogie est tellement sympathique que le musicien
renonce aussi à nous faire entendre les bruyans accords par lesquels il
étoit naguère d'usage de terminer l'acte de cadence. Dans les morceaux
<del>plus</del> modernes, <del>la tonique arrive sans éclat et
l'oreille est ramenée au repos absolu par le des sons par</del> les dernières
mesures préparent le repos absolu ; non pas seulement par la modulation
qui doit amener la tonique, mais encore par <del>la</del> diminution
d'intensité des sons <del>a</del> employés vers la fin du morceau
<del>dans les dernières mesures</del>.<note type="editorial" resp="#pass">« annonce la fin » et « aussi
voyons nous » sont écrits dans l'interligne. Au-dessus de « qu'elle »,
quelques mots biffés et noircis. Devant « d'éclat », un mot noyé sous
une tache d'encre ; au-dessous, un mot biffé. « vers la fin du
morceau », écrit au-dessus de « dans les dernières mesures », porte
lui-même un trait qui pourroit être une rature.</note></p>
<p>[Nous allons voir combien il existe de ressemblance véritable entre les
manières <del>de faire</del> pratiquées <del>employées</del> <del>par les</del>
dans les arts, qu'on a coutume de regarder comme <del>étant</del>
entièrement étrangers l'un à l'autre.</p>
<p>[Ainsi en comparant avec plus de détails <del>l'art dont</del> les grands
effets produits <del>par</del> d'un côté par le talent de l'orateur, de
l'autre par celui de l'habile compositeur, nous aurons occasion de nous
convaincre <del>à quel point</del></p>
<pb n="91" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f91.item"/><p><milestone unit="folio" n="45r"/>
de l'identité des rapports qui agissent sur notre imagination. Une seule
condition est nécessaire pour les appercevoir : il faut être familier
avec chacun des <unclear>modules</unclear> qui seroient de nature commune à de
tels rapports.</p>
<p><del>Dans</del> Les effets d'une grande puissance frappent à la vérité les
hommes les moins instruits ; mais la finesse du tact a besoin
d'exercice. le goût, l'oreille sont susceptibles de se former ; et
souvent on se croit absolument incapable d'apprécier <del>les effets</del>
l'harmonie <del>musicale</del> à cause du préjugé qui sépare la musique du
domaine de l'intelligence. Au contraire, personne ne veut paroître
insensible aux beautés littéraires : et une éducation à laquelle on
attache une <del>si</del> haute importance, prépare l'homme du monde à
porter des jugemens raisonnables, ou au moins à savoir choisir les
autorités qui <del>doivent</del> <del>suppléer à</del> lui fournir les
opinions qu'il pourra émettre sans honte. A l'égard de la musique les
choses se passent autrement ; l'enfant qui ne <del>démontre</del> trouve
pas une grande sensibilité aux <del>par</del> premiers accords qu'on lui
fait entendre est regardé comme n'étant pas organisé pour cet art ;
souvent l'enseignement est <del>souvent</del> mauvais ; <del>et</del> l'on
juge, d'après le défaut de progrès, que l'élève est incapable
d'apprendre, et <del>et</del> l'argument tiré de l'inutilité de l'art en
lui même, fait <del><gap reason="illegible"/></del> qu'on l'abandonne bientôt. Ainsi, à moins
d'être né assez heureusement pour annoncer, dès les premiers essais,
des<note type="editorial" resp="#pass">« vérité » (dans « à la vérité ») est écrit dans la marge de
gauche ; « Au contraire », « ne », « trouve », « souvent » et « et »
sont ajoutés dans l'interligne.</note></p>
<pb n="92" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f92.item"/><p>dispositions remarquables, si la famille est elle même étrangère au goût
de la musique, <del>l'enfant</del> l'enfant se trouve privé des secours qui
l'auroient pu conduire à la connoissance des beautés en ce genre. Il est
évident que, si on agissoit de la même manière par rapport aux lettres,
les hommes doués d'une manière de sentir <del>tellement vive qu'elle
n'attend pas le jugement des autres hommes pour</del> exquise seroient les
seuls qui <del>fussent</del> acquerreroient la connoissance des chefs
d'œuvres littéraires. Je crois qu'il est également rare de voir l'enfant
annoncer de grandes dispositions dans l'un ou l'autre genre ;
l'éducation et l'opinion rendent compte de la différence entre les
nombres qui expriment combien il y a d'homme capables de bien juger en
littérature et combien il s'en trouve qui sauront apprécier le mérite
d'une composition musicale. <unclear>Chévenon</unclear><note type="editorial" resp="#pass">Mot d'une écriture
plus grande et plus appuyée, en fin de ligne, souligné d'un trait
distinct : peut-être un nom propre, ou un renvoi ; la lecture est
douteuse. « l'enfant », répété dans l'interligne au-dessus du mot biffé,
et « exquise » sont des additions.</note></p>
<p>On croit avoir trouvé une objection fondamentale dans la disposition
naturelle nécessaire pour juger la justesse d'un son. Mais, lorsqu'il ne
seroit pas certain que l'oreille apprend à distinguer les tons entre
lesquels l'oreille ne trouvoit d'abord aucune différence, il resteroit
encore une foule de choses, qui, étant entièrement indépendantes du
choix du <unclear>module</unclear>, pourroient être appréciés par l'homme doué
d'intelligence et accoutumé à porter son attention sur les effets de la
musique.</p>
<pb n="93" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f93.item"/><p><milestone unit="folio" n="46r"/>
<del>On s'étonne aujourd'hui de ce que les anciens ont attribué au choix
des genres une importance dont les raisons échapent <del>aux</del> à notre
attention. Cette haute importance l'influence qu'avoit eu le choix des
modes semblent attester que les grecs ont en effet regardé la musique
comme une véritable langue et lorsque nous aurons</del><note type="editorial" resp="#pass">Paragraphe barré
d'une grande croix à l'encre, et resté inachevé.</note></p>
<p>On ne comprend plus aujourd'hui ce que l'histoire nous apprend touchant
l'influence des différens modes ; et comment parviendroit-on à s'en
rendre compte, lorsqu'on s'obstine à regarder la musique comme l'art de
flatter l'oreille ? réduite à cet unique usage, pourroit elle
<del>encore l'ins</del> être l'objet d'une attention sérieuse ? auroit elle
pu produire les effets <del>mer</del> que les anciens nous racontent ?</p>
<p>Mais ces merveilles cesseront de nous étonner lorsqu'en comparant les
moyens usités en musique à ceux que l'orateur sait employer, nous aurons
mis dans tout son jour cette vérité, reconnue maintenant par un petit
nombre de personnes, qui craignent même de l'énoncer, que la musique est
une langue, et une langue énergique. Elle emploie les sons ; mais les
sons ne la constituent pas. Elle a ses phrases, ses périodes, ses repos,
ses hardiesses. Ses beautés flattent l'oreille ; <del>mais</del> mais
<del>et</del> ne s'y arrêtent pas ; elles pénètrent l'âme et peuvent
exercer sur elle un empire véritable. Ainsi la poësie emploie des
<del>mots qui</del> sons articulés agréables à l'oreille, et l'on auroit
une idée fort incomplète du charme qui y est attaché si on oublioit le
sens des phrases, pour ne <del>s'attacher</del> s'occuper que
<del>de</del> leur nombre.</p>
<pb n="94" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f94.item"/><p>La musique est toute métaphysique ; ses expressions sont générales ; elle
ne possède aucun nominatif ; elle ne peut exprimer que des sentimens ;
mais il est en sa puissance de mettre l'âme de l'auditeur dans la même
situation que <del>si elle</del> l'a occupée d'un récit positif d'une
action particulière.<note type="editorial" resp="#pass">« l'a », écrit au-dessus de « si elle » biffé,
est lu avec doute.</note></p>
<p>Cette langue procède comme toutes les autres langues ; elle
<del>aussi</del> fournit des expressions de tous genres.</p>
<p>Le compositeur doit, comme l'orateur, avoir une idée dominante. Il
s'empare d'abord de l'attention de l'auditeur en ne lui présentant que
des phrases usitées, <del>des idées dont tout le monde tombe d'accord</del>
que personne ne puisse s'étonner d'entendre. Elles amèneront le
développement du sujet ; mais à moins de circonstances particulières,
elles ne <del>le contiendront</del> l'expliqueront pas en entier.</p>
<p>Si le littérateur veut occuper son lecteur d'idées gracieuses et
<del>bien</del> soutenir l'attention sans produire aucune impression qui
puisse troubler le repos de l'âme, ses phrases <del>seront</del> seront de
l'harmonie ; il <del>évitera</del> rejètera toute expression ambitieuse ;
il sera constamment pur, et jamais recherché.</p>
<p>Le compositeur qui se propose le même but employera des moyens tout
pareils ; sa composition sera toujours correcte ; elle sera simple ;
l'oreille ne s'étonnera d'aucune des phrases qui lui seront offertes ;
mais un charme <del>toujours</del></p>
<pb n="95" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f95.item"/><p><milestone unit="folio" n="47r"/>
<del>sont toujours</del> soutenu fera pénétrer dans l'âme le sentiment de la
grâce.<note type="editorial" resp="#pass">Suite de la dernière ligne de la vue 94 : « mais un charme
… soutenu ».</note></p>
<p>L'homme de lettre veut-il composer un ouvrage propre à égayer le lecteur,
il connoîtra l'art d'amener les contrastes ; mais s'il craint de tomber
dans le burlesque, il évitera les tours disparates et les expressions
<del>propres</del> qui conviendroient à la peinture d'un sujet tragique.
L'orateur se propose <del>des objets</del> un but plus important que
d'entretenir l'âme de ses auditeurs dans une situation douce et calme ou
de faire <del>passer</del> naître la gaîté autour de lui ; mais la
conversation des <del>gens</del> personnes aimables n'a pas <del>d'autres</del>
besoin d'autres <del>secours</del> effets pour nous plaire et nous attacher.</p>
<p>Elles peuvent nous donner lieu de remarquer que la plus part des choses
qui <del>ont</del> ont le caractère de la grâce <del>si elles sont</del>
dites d'une certaine manière, <del>peuvent</del> <unclear>deviendroient</unclear>
<del>propres</del> au moyen <del>à l'aide</del> de foibles changemens et
d'une autre manière de les dire, propres à prendre le caractère de la
gaîté.<note type="editorial" resp="#pass">Au-dessus de « peuvent », dans « Elles peuvent », le mot
« conversations » ; dans la marge, « de » souligné et une croix qui
renvoie à « Elles » : l'auteur semble avoir voulu « Ces conversations
peuvent ». Un trait à l'encre entoure « ont le caractère de la grâce » et
« d'une certaine manière ». « deviendroient » est écrit en surcharge
au-dessus de mots biffés et n'est lu qu'avec doute ; « propres » et « de »
(devant « la gaîté ») sont ajoutés dans l'interligne.</note></p>
<p>[Le rapport entre la grâce et la gaîté <del>devient</del> est sensible dans
les compositions musicales.</p>
<p>Les mêmes modes, les mêmes coupures de phrases, y <del>conviennent</del>
sont employées dans l'un et l'autre genres ; <del>la</del> et le changement
de mouvement tient la place de celui des manières de dire.</p>
<pb n="96" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f96.item"/><p>Plus de vitesse suffit pour donner le caractère de la gaîté à une
composition, qui, <del>dite avec</del> exécutée plus lentement eut
<del><gap reason="illegible"/></del> été simplement gracieuse. [Mais, en musique comme en
littérature, <del>celle-ci exclut</del> la grâce, exclut les contrastes,
qui conviennent à la gaîté ; comme la gaîté, sous peine de tomber dans
le burlesque, rejette le <del>aussi les contrastes, qui eussent été
bien placés dans l'autre ; le burlesque résulteroit de l'emploi d'un
autre</del> genre de contrastes réservé à l'expression des grandes
émotions.<note type="editorial" resp="#pass">« exécutée » et les deux lignes « la grâce, exclut
… sous peine » et « de tomber dans le burlesque, rejette le » sont
écrits dans l'interligne ; au-dessus de « en musique comme en
littérature », une ligne entièrement noircie n'a pu être lue. L'ordre
retenu est celui qu'impose le sens.</note></p>
<p><del>Nous venons de parler des</del> Les rapports que nous venons de
remarquer entre deux situations de l'âme où elle est dans un état de
bien être <del>se font remarquer</del> <unclear>également sentis</unclear> entre
celles où l'âme éprouve un sentiment de tristesse.<note type="editorial" resp="#pass">« également
sentis » est écrit au-dessus de « font remarquer » biffé ; « sentis »
paroît biffé à son tour.</note></p>
<p>La mélancolie et le désespoir peuvent être produits par une seule et
même cause. Il arrive même que ces deux manières d'être affectée se
succèdent alternement, <del>et se reproduisent</del> chez le même sujet
jusqu'à ce que, <del>peu</del> à peu l'impression reçue s'affoiblissant
peut éloigner ou même fasse disparoître l'accent du désespoir, pour ne
plus conserver que l'impression <del>plus douce</del> d'une tristesse
<del>qui</del> <unclear>qu'un</unclear> susceptible de distraction. <del>et</del>
Alors la mélancolie n'a plus le caractère de l'abattement ; elle devient
douce, et quelque fois chère aux personnes qui en sont
affectées.<note type="editorial" resp="#pass">La phrase « jusqu'à ce que … de distraction »
est laissée telle qu'elle est écrite, avec « peut éloigner ou même
fasse » et « qu'un susceptible », qui ne se construisent pas. Une plume
posée sur la page a laissé une trace en travers de « et se
reproduisent », mot qui est aussi biffé.</note></p>
<pb n="97" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f97.item"/><p><milestone unit="folio" n="48r"/>
les différens genres, liés entre eux par une origine commune, inspirent à
l'homme de lettres, au poëte et à l'orateur des compositions qui
<del>à l'imitation</del> ont aussi entre elles des rapports sensibles, et
pourtant des caractères divers.<note type="editorial" resp="#pass">La vue 96 s'achève sur une phrase
complète (« qui en sont affectées. ») et celle-ci s'ouvre sur « les
différens genres » sans majuscule : le raccord entre les deux pages ne
se fait pas.</note></p>
<p>La sombre mélancolie exprime les mêmes idées que le désespoir ; dans la
simple conversation, <del>il suffit de changer le ton mouvement
ralentir ou précipiter le discours pour</del> le passage de l'un à l'autre peut
être uniquement marqué par le ralentissement <del>et</del> par la
précipitation du discours. — La même chose est vrai par rapport aux
compositions musicales de peu d'étendue. <del>une</del> complainte
<del>où</del> <del>insp</del> dans laquelle le caractère d'une sombre
tristesse se trouveroit fortement exprimé, feroit entendre les accens du
désespoir si on en précipitoit le mouvement.<note type="editorial" resp="#pass">« complainte » est
laissé sans article, l'article « une » ayant été biffé.</note></p>
<p>[En littérature, aussi bien que dans l'art musical, les choses se passent
autrement lorsqu'il s'agit de compositions plus importantes. Alors les
caractères sont distincts ; et une bonne composition dans un des genres
<del>pourroit</del> deviendroit ou foible ou tout à fait mauvaise si on se
contentoit de changer la manière de les dire.<note type="editorial" resp="#pass">Un trait à l'encre
entoure « Alors les caractères sont distincts ».</note></p>
<pb n="98" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f98.item"/><p>[Il est facile de comprendre la raison de cette différence de facture
entre les grandes compositions et celles qui ont peu d'étendue, et, je
pourrois dire peu d'importance sous le rapport de l'art.</p>
<p>Les sentimens douloureux qui produisent les deux affections dont nous
examinons l'expression <del>admettent pendant</del> se manifestent
également par l'une et par l'autre ; <del>il est dans la nature</del> notre
manière de sentir ne nous permet pas de demeurer longtems dans la
situation violente qui caractérise le désespoir. Cette situation
déchirante amène une fatigue extrême, et, si elle n'est <del>pas</del> pas
portée à un <del>tel</del> degré d'exaltation assez fort pour troubler
entièrement nos facultés intellectuelles, la fatigue <del>ne</del> forcera
notre âme à prendre quelque repos. Ce genre de repos n'est pas celui du
bien être ; il approche de la stupidité ; c'est l'abattement de la
douleur ; c'est une mélancolie sombre, <del>fait place alors c'est</del>
une tristesse profonde.<note type="editorial" resp="#pass">Le second « c'est » est écrit dans
l'interligne, au-dessus de « une mélancolie ».</note></p>
<pb n="99" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f99.item"/><p><milestone unit="folio" n="49r"/>
<note type="editorial" resp="#pass">En tête de la page, au-dessus de la première ligne, le mot
« Georges », à l'encre, entouré d'un paraphe, d'une écriture qui paroît
autre que celle du texte.</note></p>
<p>[Quel que soit le genre de composition destiné à reproduire de telles
impressions, il est assujetti à se conformer aux besoins de notre
sensibilité ; il doit donc employer <del>concurremment</del>
alternativement la peinture de l'extrême <del>tristesse</del> tristesse
<del>il résulte de la</del> et celle du désespoir. ainsi ces deux aspects
différens d'un seul et même sentiment se trouvent pour ainsi dire
opposés l'un à l'autre, et dans un tel degré de rapprochement que la
comparaison en devient inévitable. Il convient alors d'établir entre
leur expression <del>toutes</del> <del>les</del> d'autres différences
<del>possibles</del> que celles du mouvement. La nature de ces affections
en offre le moyen.<note type="editorial" resp="#pass">« donc », « alternativement », « d'autres » et
« que celles du mouvement » sont écrits dans l'interligne.</note></p>
<p>Non seulement l'abattement s'exprime avec lenteur ; mais une sorte de
monotonie lui convient ; le poëte, l'orateur, choisiront des syllabes
douces, faciles à prononcer, et dont l'émission semble <del>devoir</del>
exiger peu d'efforts. Le musicien aura recours à des notes
<del>de presque</del> de même valeur ; en sorte que les sons qu'il fait
entendre produisent sur l'âme <del>un</del> un effet <del>le plus</del>
voisin du silence absolu, qui <del>produiront une</del> <unclear>mieux</unclear>
<unclear>nourrit</unclear> <unclear>mieux</unclear> la préoccupation dont il doit nous
faire connoître l'existence.<note type="editorial" resp="#pass">Fin de phrase très remaniée : au-dessus
de « qui produiront une préoccupation », biffés en partie, sont écrits
trois mots, lus avec doute « mieux », « nourrit », « mieux » — le
troisième pourroit être « malheur » —, et « la » ; « sur l'âme » est
dans la marge de gauche, « un » et « même » dans l'interligne.</note></p>
<pb n="100" facs="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90075733/f100.item"/><p>[L'attention à suivre ces règles offre le double <del>effet</del> avantage
de renforcer l'effet qui seroit produit par le seul changement de la
manière de dire et de préparer une opposition plus frappante entre les
accens de la profonde mélancolie et ceux du désespoir.</p>
<p>De même aussi les affections violentes, lorsqu'elles devront se montrer
dans une même composition à côté de la <del>douleur profonde</del> et
sombre douleur, trouveront d'autres nuances que celles qui résulteroient
de la seule précipitation du mouvement. Des expressions fortes et
énergiques, des notes dures à l'oreille avertiront l'âme de l'exaltation
nouvelle produite par le sujet.<note type="editorial" resp="#pass">« et sombre douleur » : « et » est
écrit après les mots biffés, « douleur » en tête de la ligne suivante,
avec un renvoi.</note></p>
<p>Le poëte, l'orateur, l'auteur dramatique, littérateur ou musicien, tirent
<unclear>ses</unclear> grands effets de l'art avec lequel ils savent amener un
mot une note inattendus. L'âme de l'auditeur s'étoit identifiée avec le
développement d'une action qui lui étoit, pour ainsi dire, présente ;
tout à coup, elle voit avec surprise un incident nouveau qui en renforce
<del>trop</del> l'impression ; elle se trouble, <unclear>alarmée</unclear> d'un
surcroît de malheur, dont elle ne peut plus mesurer
l'étendue.<note type="editorial" resp="#pass">« tirent » et « ses » sont écrits en surcharge ; la
finale de « inattendus » est surchargée elle aussi. « alarmée », en
petits caractères dans l'interligne, est lu avec doute.</note></p>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
