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Datation du catalogue : 1801-1900
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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101f. 50r en tête de la page, à l'encre et soulignée : « 91 » ; au crayon, d'une autre main, un nom : Pennequin

un crochet ouvrant à l'encre devant le premier mot Dans cette ma[…] manière de procéder, nos auteurs suivent l'ordre établi par la réalité des événemens qui peuvent affecter notre sensibilité. Il arrive, en effet, que d tous les jours qu'un détail nouveau, une circonstance imprévue qui accompagne un malheur déjà connu en redoublent l'impression, au point de nous jetter dans le désespoir.

La ressemblance de nos arts entr'eux et avec la nature des faits qui nous émeuvent tient à l'identité de rapports, sans laquelle il n'existeroit pour nous aucun sentiment vrai, aucune idée claire. chaque art, aussi bien que la réalité des événemens dont ils imitent les impressions, ont tout son module particulier ; et c'est en quoi ils diffèrent les uns des autres ; mais, ce module étant adopté, rien n'est plus arbitraire entre les diverses parties de l'action. leur liaison est tellement nécessaire que, si elle étoit intervertie, nous n'appercevrions plus aucune suite d'action, nous n'éprouverions plus aucune gradation d'intérêt.

Lorsque les différentes parties d'une composition ont été coordonnées avec art, l'âme se plaît à en parcourir le développement :

102en tête de la page, à l'encre : « 92 »

la variété des sentimens prévient la fatigue, et répand l'a soutient l'attention. Plus la composition a de force et d'énergie, plus aussi, il devient est nécessaire de ne pas s'arrêter trop longtems à une situation o à l'expression d'une seule et même impression. Celle de la tristesse, par exemple deviendroit assoupissante ; et les accens du désespoir, s'ils étoient trop multipliés, finiroient par n'être plus entendus.

La musique, pour qui entend son langage, est de tous les genres de discours qui ont les sentimens pour objets, celui qui exige le plus impérieusement la variété du stile ; parcequ'il est aussi celui dont les impressions sont le plus pénétrantes.

Cette nécessité du changement d'expression est tellement impérieuse dans l'art musical qu'on est obligé, pour y satisfaire, d'introduire dans le drame lyrique, les incidens les plus invraisemblables, lorsqu'il ne s'en présente aucun, dans la suite naturelle de l'action, qui puisse fournir au compositeur, l'occasion de varier des sentimens de genres différens à mettre en scène. sous la virgule qui suit « compositeur », une petite croix

La partie poëtique d'un tel drame expose nécessairement une action

103f. 51r en tête de la page, à l'encre : « 93 »

déterminée ; tandis que sa partie musicale de ce même drame saisit l'occasion qui lui est offerte, pour exprimer des sentimens généraux et abstraits qu'amène le récit du poëte ; amène en scène. « amène », dans « qu'amène », est écrit serré entre « qu' » et « le »

C'est de cette diversité d'actions que résulte celle du jugement des spectateurs. un crochet ouvrant à l'encre devant « S'il arrive » S'il arrive qu'un homme peu sensible au langage musical, s'avise de vouloir aller entendre quelqu'un des chefs d'œuvres dramatiques qui excitent l'enthousiasme des amateurs, ce spectateur intrig il cherche, comme malgré lui, une distraction dans le sujet particulier de la pièce, contre les accords dont il ne sent pas le mérite. Il s'étonne du peu de liaison des scènes ; il ne voit pas avec quel art on a su ménager ces transitions nécessaires entre des genres de beautés tellement énergiques que leur impress l'impression de chacune d'elles seroit une horrible fatigue si elle étoit prolongée. Il sort en croyant avoir jugé ce qu'il ne sait pas entendre ; et croit avoir fait une plaisanterie mordante en nous disant qu'il semble que le bon sens doit être partout à sa place.

104en tête de la page, à l'encre : « 94 », écrit dans l'angle d'un crochet ouvrant tracé devant le premier mot

L'amateur est pleinement satisfait ; il n'a pas même remarqué les défauts prétendus que l'on semble trouver dans une composition dont il admire toutes les parties.

un trait horizontal suit « parties. » en fin de ligne Un tel jugement est univoque. L'âge, le sexe, la position sociale, les connoissances les plus approfondies dans des sujets différens, ou leur défaut total, n'établissent aucun dissentiment sur l'impression récente actuelle ou récente, produite par un bon ouvrage. Toutes ces personnes, si dissemblables d'ailleurs dans leurs goûts et leurs habitudes, se réunissent dans une opinion qui leur est commune. A la vérité, cet accord universel se trouble bientôt. — ce n'est qu'alors que l'impression dure encore qu'elle dicte à chacun des jugemens semblables. On peut même remarquer une chose qui paroîtroit inexplicable à tout homme étranger aux impressions musicales, c'est que les discussions quelquefois très vives sur le mérite des différentes écoles, sur celui de tel ou tel exécutant, disparoissent, ou ne sont plus

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soutenues qu'avec peine et par pur entêtement, en présence de l'exécution. C'est que cette diversité est une dans l'opinion ; tandis que l'uniformité d'impression est naît de celle des facultés de sentir. La première est une force constante ; l'autre a besoin d'être mise en action pour acquérir une de la valeur ; le souvenir la reproduit imparfaitement, et son effet, s'affoiblissant en raison de l'éloignement de la cause qui l'a produit, laisse à la première toute une prépondérance marquée. « de l'éloignement » est ajouté dans l'interligne, avec un signe de renvoi ; au-dessus de « produit, laisse à », deux mots ajoutés dans l'interligne : finit par

un fort trait horizontal, à gauche, sous « la première » C'est par une raison toute semblable que l'amateur, quelque sûrs d'ailleurs la puissance de sa raison et la délicatesse de son goût littéraire, n'est point choqué des invraisemblances et du peu de liaison entre les des scènes lyriques. par une raison toute semblable. « C'est par une raison toute semblable » est écrit dans l'interligne ; la même locution, biffée, suit « scènes lyriques » ; « entre les » est ajouté dans l'interligne au-dessus de « des », biffé Pénétré d'une vive émotion ému par ce qu'il entend actuellement, il n'a pas le loisir d'appercevoir quel en est l'à-propos. Le compositeur habile, semblable en cela aux grands orateurs s'empare de l'attention de ses auditeurs ; leur âme est pour ainsi dire dans sa main ; il dispose de leurs sentimens. Après avoir porté le trouble dans leurs facultés, et, lorsqu'il sent que ce trouble ne peut plus croître, il ne veut pas, le laisser affoiblir une impression qui est son triomphe ; il cherche une veut qu'une impression différente vienne remplacer la première, « ému », biffé, est dans l'interligne au-dessus de « par »

106en tête de la page, à l'encre : « 96 »

et conserve ainsi à l'empire qu'il exerce sur nos âmes toute sa force et toute sa puissance. — Avec quel art il sait en ménager les moyens ! Il connoît, jusqu'à quel il mesure, les impressions qu'il fait naître ; il sait combien de tems nous pouvons en être possédés ; il se garde d'atteindre la limite de nos facultés. Ce qui est extrême échappe à notre attention ; la faculté de sentir a ses bornes. Et cette remarque, vraie à l'égard des impressions dont les arts disposent, tient à la nature de notre être. Elle est vraie en tout genre. Un extrême malheur, dans les premiers momens de son apparition n'est pas senti plus vivement qu'un malheur moindre ; mais les instans qui succèdent nous font reconnoître les différences. parceq Et cela par une raison applicable aussi à toute chose, parcequ'elle est vraie, et que la vérité est universelle, ou, en d'autres termes ce qui est la même chose parceque les loix de l'être sont partout les mêmes. « en d'autres termes » est écrit dans l'interligne, au-dessus de « ce qui est la même chose », biffé

un crochet ouvrant à l'encre devant « Cette » ; dans la marge de droite, d'une autre main et d'une encre plus pâle : « Derache » Cette remarque raison, la voici. nos jugemens ne sont tant pour être éclairés ont besoin de la connoissance parfaite des choses qui en sont

107f. 53r en tête de la page, à l'encre : « 97 »

l'objet ; une impression d'une extrême force porte nous jette dans le trouble ; Dans notre âme elle devient incapable de comparer, et par conséquent de juger, la force, et, pour ainsi dire l'intensité du malheur qu'elle éprouve. « nous jette dans » est écrit dans l'interligne au-dessus de « porte », biffé

Mais il est dans la nature des affections qui ont une cause extérieure de tendre à s'affoiblir. Un Le chagrin cuisant devient […] semble devenir de plus en plus poignant, parceque, l'impression, qui d'abord avoit été assez forte pour nous empêcher d'en mesurer l'étendue […] du mal, diminuant réellement, laisse à la réflexion le pouvoir de nous en montrer les différentes faces. Si la cause […] première a eu une force réelle moins grande […] son effet aura été connu plutôt ; et l'affoiblissement de l'impression, loin de tendre à augmenter notre chagrin, devra, au contraire, amener un soulagement sensible à nos peines. « Le » est écrit au-dessus de « Un », biffé ; au-dessus de « devient », biffé, un mot de l'interligne, biffé lui aussi ; « d'en » est récrit dans l'interligne au-dessus du même mot biffé ; « du mal » est écrit sous la ligne, après un mot de l'interligne biffé et illisible ; une ligne entière de l'interligne au-dessus de « première a eu une force réelle moins grande » et la ligne qui la suit sont biffées et illisibles […] — dans la marge de gauche, un passage d'une quinzaine de lignes courtes, raturé ligne par ligne et barré d'un trait vertical, en regard de « il est dans la nature des affections » jusqu'à « laisse à la réflexion »

Les lettres, les arts, tout fait par nous et pour sont notre ouvrage ; leur but est notre bien-être ; la première règle qu'ils doivent suivre est donc de ne pas porter leur action jusqu'à ce degré extrême qui trouble notre jugement ; ou s'il est dans leur nature de savoir l'atteindre, et que de grandes beautés doivent puissent résulter de ce genre d'impressions, ils doivent se hâter de nous tirer d'une position pénible, elle nous « sont notre ouvrage ; leur but » et « est » sont écrits dans l'interligne ; « donc » et « puissent » aussi ; « ou » est récrit dans l'interligne au-dessus du même mot biffé

108en tête de la page, à l'encre : « 98 »

transportant notre attention dans une région moins sombre.

On reproche à la littérature son épuisement, et au goût de l'exactitude sa sécheresse. Il semble que l'imagination ait perdu sa puissance lorsque la raison établit son empire. Nous reconnoîtrons que le passage entre les tems où des hypothèses, plus ou moins heureuses, formoient les richesses intellectuelles ; où l'homme, par conséquent au lieu de chercher l'appui des vérités particulières, ou, ce qui est la même chose celui de la réalité des faits, trouvoit en lui-même les convenances auxquelles il assujettissoit la nature entière, étoient plus très favorables au développement de l'imagination. Alors une foule de doctrines hazardées, ne contrastoient pas avec ce qu'on nommoit la science. les fictions poëtiques étoient revêtues d'un charme, qu'elles ne devoient pas seulement à leur grâce ; une demi croyance […] indécise permettoit d'admettre qu'elles pouvoient avoir eu une sorte de réalité. L'histoire et la fable, se confondoient dans leurs limites ; ce que les uns regardoient comme de simples allégories étoient, aux yeux des autres, le récit de faits merveilleux « très » est écrit dans l'interligne au-dessus de « plus », biffé

109f. 54r en tête de la page, à l'encre : « 99 »

Cette disposition des esprits donnoit sans doute à l'art de bien dire une importance qu'il ne peut conserver au même degré lorsque la principale condition à remplir est celle de dire vrai. — La faculté créatrice a disparu avec le crédit des fictions. Mais, s'il est dans le nature de notre manière caractère de notre culture intellectuelle d'attacher plus d'importance à la solidité des doctrines qu'à ce qu'elles pourroient offrir de brillant ; si nous voulons que la raison domine toutes les productions de l'esprit ; si même nous sentons le goût des recherches attiédir notre imagination ; ne désespérons pas d'arriver à une époque plus heureuse où nous saurons unir toutes nos facultés dans des productions d'un genre nouveau. « à remplir » et « caractère » sont écrits dans l'interligne ; « le » est récrit sur « la »

Les nations éprouvent aujourd'hui l'impression que recevroit un jeune homme qui, après avoir s'être longtems occupé de l'ancienne littérature se trouveroit, porté, par le cours de ses études, vers les connoissances sérieuses. Le charme de ses premières occupations l'abandonneroit dans cette route nouvelle ; une curiosité vive en occuperoit prendroit la place ; mais, après l'éducation achevée, chaque chose reprendroit recouvreroit à ses yeux l'importance qui lui appartient réellement. « prendroit » et « recouvreroit » sont écrits dans l'interligne

Nous arriverons à une époque semblable. Et, comme l'éducation des sociétés consiste moins à rendre vulgaires les connoissances déjà anciennes qu'à en acquérir de nouvelles ; comme nous marchons à grands pas vers la création de théories

110en tête de la page, à l'encre : « 100 »

fondées sur des vérités incontestables, nous devons finir par amener les différentes branches de notre savoir à une harmonie, qu'elles durent autrefois à notre seule imagination.

Tant de vérités, de genres différens, pour ainsi dire groupées autour d'une vérité première, qui est le fait principal du sujet, mettront dans tout son jour l'identité de rapports, entre le module de chaque science, de chaque art et les diverses parties de cette science ou de cet art. Les loix de l'être, les conditions du vrai, ainsi présentées à la fois sous mille faces différentes, échaufferont alors l'imagination ; un enthousiasme nouveau fondé sur une base plus solide, saura nous présenter le charme de cet unité que celui qui sut embellir d'heureuses fictions, inspirera nos poëtes et nos orateurs. Au lieu de créer l'univers suivant les caprices de nos volontés, ils nous le montreront tel qu'il est réellement ; et, si jamais le génie entre dans cette route nouvelle, il verra avec admiration que l'art de créer, n'a été que celui de copier et de transporter en d'autres lieux les parties de foibles parties d'un tableau qu'il lui sera donné de savoir peindre dans son entier. « savoir » est taché d'encre ; « à la fois » est écrit dans l'interligne ; la page s'achève ici sur un point, et le texte ne continue pas au-delà dans le volume