Latin 11195 · vues 1–38 · Lecture modernisée · Mélanges de physique et de mathématiques, comprenant des opuscules et des lettres de P. de Roberval, Huggens, Torricelli, Firmat et Fr. Herman Flayder. Latin 11195 — lecture modernisée du volume entier
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Résumé

Ce volume n'est pas un livre : c'est une reliure. Deux dossiers qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre y ont été cousus ensemble, et six mains au moins s'y partagent trente-huit vues. Le premier dossier est un traité d'algèbre en latin, anonyme, sur la manière dont une équation est fabriquée à partir de ses racines et dont on peut, en la regardant, remonter à celles-ci. Le second est un dossier sur le vol humain : un feuillet de titre, la page de titre d'un livre imprimé recopiée à la main, des notes latines rassemblant tout ce que leur auteur avait lu sur des hommes qui avaient volé ou cru voler, deux dessins à la plume d'une machine en forme de dragon, la légende française des lettres de l'un d'eux, et un traité entier en italien qui soutient que voler n'est pas impossible et décrit la machine que son auteur dit avoir inventée. Entre les deux dossiers, aucun lien : ni la main, ni l'encre, ni le sujet, ni la moindre phrase de renvoi. Cette lecture ne leur en invente pas.

Il faut dire tout de suite ce que le volume ne contient pas, parce que le titre du catalogue induit en erreur. Il annonce des opuscules et des lettres de Roberval, de Huygens, de Torricelli et de Fermat : il n'y a ici aucune lettre, d'aucun d'eux. Roberval n'y paraît que sous la forme « D. Rob. », deux fois, comme l'auteur de lemmes que le traité d'algèbre emprunte, avec une note marginale en français qui renvoie le lecteur à « son traité de mechanique des plans inclinez ». C'est la preuve que le traité cite Roberval, non qu'il soit de lui. Aucun feuillet ne porte de date ; la seule date du volume, 1627, est à l'intérieur de la page de titre recopiée.

Le traité d'algèbre pose un problème simple à énoncer et difficile à tenir. On sait fabriquer une équation : on prend des racines, on écrit pour chacune un facteur, on multiplie, et l'on obtient une équation dont les coefficients sont des expressions de ces racines. Peut-on faire le chemin inverse — lire, dans les coefficients d'une équation donnée, combien de racines elle a, de quel signe, et comment les atteindre ? Le traité appelle cela la reconnaissance de l'équation, et il le dit dans sa première phrase : « on y cherche les moyens par lesquels les diverses constitutions des équations se reconnaissent » ; car « une équation contient en elle toutes les racines dont elle a été composée, et c'est donc de toutes celles-là qu'elle est explicable ». L'idée qui porte tout l'ouvrage est un inventaire : on énumère toutes les manières d'assembler une équation d'un degré donné à partir de racines de signes donnés, on développe chaque produit, on nomme les coefficients qui en sortent, et l'on obtient un catalogue de formes canoniques dans lequel il ne reste plus, devant une équation inconnue, qu'à retrouver la sienne. Quatre-vingt-sept propositions plus tard, le catalogue est complet pour les degrés deux, trois et quatre, et le traité s'arrête au milieu d'une page sur « nous n'en dirons pas plus ».

Ce que ce catalogue a trouvé, et que l'on peut aujourd'hui nommer, ce sont les relations entre les coefficients d'une équation et les fonctions symétriques élémentaires de ses racines : le traité les énonce en toutes lettres et pour tous les degrés. Ce qui l'empêche de les tenir, c'est qu'il ne compte pas les racines complexes comme des racines. Il les appelle fictitia, il les reconnaît fort bien — il sait dire à quelle condition une quadratique en a, et il construit exprès une quarto-quadratique qui en a deux — mais il leur refuse le statut de racine, et sa belle règle générale se trouve alors avoir des exceptions. Cette lecture montre, sur les exemples du feuillet lui-même, que ces exceptions disparaissent toutes dès qu'on compte les côtés fictifs comme des racines. Le reste du traité est un travail de première qualité sur les inégalités : les « limitations » qu'il établit, degré par degré, en résolvant à chaque fois un problème de maximum, sont exactement les conditions que nous écrivons aujourd'hui sur le discriminant. Et un béquet épinglé sur un feuillet blanc pose, en trois lignes, la seule question à laquelle la doctrine ne sait pas répondre — comment distinguer deux formes qui ont les mêmes signes ? — dont la réponse moderne est précisément le signe du discriminant.

Le traité italien, lui, veut prouver que voler est possible et le prouver en mécanicien. Son auteur raconte pourquoi : « depuis mes premières années j'ai appliqué mon esprit à cette invention, trouvant étrange que l'esprit humain ne fût pas capable d'atteindre par son savoir aux choses qui ont été accordées par nature à d'autres animaux inférieurs à nous » ; il a essayé, tout fut inutile, puis « voici dix ans écoulés » qu'il a trouvé, « à partir de principes assez communs », ce qu'il va exposer. Son raisonnement va du poids de l'air à la flottaison, de la flottaison à la percussion, et de la percussion au battement des ailes : rien de plus léger que l'air n'étant à notre portée, il faut se soutenir en frappant l'air, comme les oiseaux, et il divise la percussion en trois espèces selon que le corps frappé est immobile, vient à la rencontre du coup, ou le fuit. Puis, sur un levier, il démontre qu'on ne peut gagner à la fois la force et le temps, et il en tire, honnêtement, la limite de sa propre machine : elle ne pourra pas porter plus de deux hommes. Beaucoup de ce qu'il écrit est juste — la proposition d'Archimède qu'il cite, les pesanteurs spécifiques de cinq métaux à cinq pour cent près, la loi du levier, le rôle de la vitesse relative dans un choc, le repliement des ailes à la montée ; et la machine ne pouvait pas voler, pour une raison que ses propres nombres permettent d'établir et qu'il n'a pas vue, qui est la puissance.

Où cela mène. Du côté de l'algèbre : à la théorie des équations, aux relations entre coefficients et racines, aux fonctions symétriques élémentaires, au discriminant, au plus grand commun diviseur de \(P\) et \(P'\) pour les racines multiples, et à l'histoire longue de l'admission des nombres négatifs puis complexes comme racines de plein droit. Du côté du vol : à la poussée d'Archimède et à la flottaison, à l'altitude d'équilibre d'un ballon, à la notion d'impulsion, au principe des travaux virtuels, à la charge alaire et à la loi carré-cube, et à l'aérodynamique du vol battu.

Keywords — theory of equations, Viète's species notation, law of homogeneity, Vieta's formulas, elementary symmetric functions, negative roots, complex roots, discriminant, repeated roots, Euclidean algorithm, greatest common divisor of a polynomial and its derivative, cubic equations, quartic equations, cubic extremum problems, Roberval, history of flight, ornithopter, buoyancy, density of air, Archimedes' principle, specific gravity, percussion, impulse, law of the lever, virtual velocities, wing loading, square-cube law, Flayder, Galileo, Sagredo, manuscript miscellany

Ce que ce volume contient

2–38Trente-huit vues, chacune montrant le volume ouvert, que les deux transcriptions ont coupées au pli et lues comme deux pages. Neuf vues sont entièrement blanches et ne sont pas transcrites — la vue 1, les vues 24 et 25, 30, 31 et 38, ainsi que les pages de droite des vues 14 et 15 ; le trou dans la numérotation est le témoignage. Tout le reste se partage en deux dossiers sans rapport l'un avec l'autre.

Les deux dossiers ne se touchent nulle part. Aucune main n'est commune, aucune phrase de l'un ne renvoie à l'autre, et les sujets n'ont rien à voir. Le second dossier est du reste séparé du premier par la lacune que signale un feuillet moderne posé sur la vue 25 : « folios blancs 38 à 49 ». Cette lecture donne donc à chaque dossier sa propre suite de sections et ne cherche pas de fil entre eux.2

Pourquoi les feuillets ne sont cités ici que par les vues de Gallica. Deux séries de chiffres courent sur ces pages, toutes deux à l'encre. La première est la pagination du traité, de 1 (vue 3 R) à 37 (vue 23 R), un chiffre par page, au coin extérieur supérieur, de l'encre du texte. La seconde ne numérote que les pages de droite, un chiffre par feuillet, en chiffres plus grands et plus ornés : 38 à la vue 24, puis 50 à 62 sur les vues 26 à 38, sans lacune. Les deux séries se rejoignent à 37 et 38 sans rupture dans le compte, ce qu'aucune des deux transcriptions n'a su expliquer ; et ni l'une ni l'autre n'est le crayon pâle d'une foliotation de bibliothèque. Aucune n'a donc écrit de foliotation, et cette lecture n'en écrit pas : elle ne cite que des vues.3

Une seconde plume, plus fine et plus pâle, a travaillé dans les marges du traité : elle y a recopié la forme canonique de chaque constitution en regard de celle-ci, numéroté ses propres remarques de 1 à 29, posé la vérification chiffrée d'un lemme à la vue 9 R, et proposé une correction à la vue 11 R. Ses interventions sont signalées ici chaque fois qu'elles portent sur la substance ; l'une d'elles est fausse et on le dira.

Le traité « De Recognitione Æquationum » : ce qu'il se propose

2–3Le titre est trois mots au milieu du tiers supérieur d'un feuillet, et le traité commence à la vue suivante en disant exactement ce qu'il fait :

« Ideo is tractatus dicitur de æquationum recognitione quia in ipso investigantur modi quibus æquationum variæ constitutiones dignoscantur, seu per quos explicentur. »4

La raison pour laquelle il faut un tel art est donnée aussitôt : les opérations de l'analyse — multiplications, divisions — cachent les équations « sous des formules diverses, en sorte que leurs racines, ou côtés, enveloppées dans ces détours, se livrent difficilement ». Reconnaître une équation, c'est donc défaire ce qu'une multiplication a fait. Et le principe qui rend l'entreprise possible est énoncé dans la phrase suivante, qui est la thèse de tout l'ouvrage :

« Æquatio enim in se habet eas omnes radices ex quibus fuit composita, ac proinde de iisdem omnibus est explicabilis. »5

De là le traité tire un corollaire dont il fait son plan : plus le degré est élevé, plus une équation est « impliquée », et de plus de côtés elle est explicable, parce qu'elle peut naître de plus de façons. Une quadratique ne peut venir que du produit de deux latérales ou subsister par elle-même ; une cubique peut venir de trois latérales, ou d'une quadratique et d'une latérale, ou subsister par elle-même ; et ainsi de suite. Le traité ajoute une phrase sur ses prédécesseurs qu'il faut citer parce qu'elle dit ce qu'il croit apporter : « les anciens analystes, enveloppés d'épaisses ténèbres, étaient là-dessus tout à fait aveugles, car ils pouvaient à peine exhiber un seul côté ». L'élégance de la méthode, dit-il, tient à ceci qu'elle exhibe tous les côtés dont une équation quelconque a été composée.6

Le plan est donc un inventaire. On prend un degré, on énumère les manières d'assembler une équation de ce degré, on écrit le produit, on nomme ses coefficients, et l'on obtient une forme canonique. Chaque façon d'assembler est un caput, chaque configuration de grandeurs à l'intérieur d'un caput est une propositio. L'ouvrage compte ainsi, sur les vingt-deux feuillets écrits, quatre chapitres et cinq propositions pour les quadratiques, six chapitres et vingt propositions pour les cubiques, dix chapitres et une soixantaine de propositions pour les quarto-quadratiques, plus une partie entière sur les « déterminations » des cubiques. Deux traités compagnons sont cités et ne sont pas dans le volume : un « tractatus de locis » où les changements de signes seront mieux expliqués, et un « tractatus peculiaris de generibus » auquel le dernier chapitre renvoie les déterminations des quarto-quadratiques, ce qui est la raison pour laquelle le traité s'arrête.7

La notation du feuillet, et sa traduction

3–5Rien dans ce traité ne peut être lu sans traduire d'abord trois choses : le signe d'égalité, la loi d'homogénéité qui gouverne les noms des constantes, et le vocabulaire des racines. Ce sont les trois traductions dont dépend tout le reste de cette lecture.

Le signe d'égalité

Le feuillet n'écrit jamais « \(=\) ». Il écrit deux barres verticales parallèles, « \(\parallel\) », et cette double barre est son signe d'égalité. Toutes les équations de cette lecture sont écrites avec « \(=\) » ; c'est la première et la plus fréquente des traductions faites ici.8

Une convention d'écriture va avec : le traité met toujours tous les termes du même côté et égale le tout à zéro. Il le dit et il dit pourquoi : ainsi « les affirmés seront égaux aux niés », c'est-à-dire que la somme des termes précédés de \(+\) égale celle des termes précédés de \(-\), et l'on a de quoi vérifier une racine par un simple calcul de deux colonnes. C'est une commodité de calcul, et le traité s'en sert effectivement à la dernière page.9

L'homogénéité, et pourquoi les constantes portent un nom de dimension

Les constantes du traité ne s'appellent pas \(a\), \(b\), \(c\). Elles s'appellent « \(z\,\mathrm{pl.}\) », « \(T\,\mathrm{Sol.}\) », « \(S\,\mathrm{pl.pl.}\) », « \(P\,\mathrm{Sol.} \)», « \(R\,\mathrm{sol.}\) », « \(G\,\mathrm{pl.}\) ». Le mot qui suit la lettre n'abrège pas la lettre : il donne sa dimension. « \(z\,\mathrm{pl.}\) » est \(z\) planum, un plan ; « \(T\,\mathrm{Sol.}\) » est \(T\) solidum, un solide ; « \(S\,\mathrm{pl.pl.}\) » est \(S\) planoplanum, un plano-plan, c'est-à-dire un produit de quatre longueurs.

La raison en est la loi d'homogénéité de l'école de Viète : on ne peut ajouter ni égaler que des grandeurs de même dimension. Une longueur est une longueur, le produit de deux longueurs est un plan, celui de trois un solide, celui de quatre un plano-plan ; et une somme dont les termes ne sont pas tous de même espèce n'est pas fausse, elle n'a pas de sens. Il s'ensuit que dans une équation dont la plus haute puissance est \(A^2\), tout terme doit être un plan : le terme constant n'est donc pas un nombre mais un plan, et il faut l'appeler \(z\,\mathrm{pl.}\) ; le coefficient de \(A\), lui, doit être une longueur, et on l'appelle \(x\), sans mot de dimension, parce qu'une longueur n'en demande pas. Dans une cubique, tout terme doit être un solide : d'où \(T\,\mathrm{Sol.}\) seul, \(z\,\mathrm{pl.}\,A\) (plan fois longueur), \(xA^2\) (longueur fois plan), \(A^3\). Dans une quarto-quadratique, tout terme est un plano-plan : d'où \(S\,\mathrm{pl.pl.}\), \(T\,\mathrm{Sol.}\,A\), \(z\,\mathrm{pl.}\,A^2\), \(xA^3\), \(A^4\). La règle tient en une ligne : la dimension du coefficient et le degré de la puissance qu'il affecte s'ajoutent toujours pour faire le degré de l'équation. C'est cela, et rien d'autre, que disent les mots « pl. », « Sol. » et « pl.pl. ».

L'algèbre moderne a abandonné cette exigence : nous traitons les coefficients comme des nombres purs, et nous écrivons la quarto-quadratique du premier chapitre \[ A^4 - x A^3 + z A^2 - T A + S = 0. \] C'est ainsi que cette lecture écrira désormais toutes les équations du traité, les mots de dimension une fois expliqués étant laissés de côté. Le prix de ce gain est réel et il faut le nommer : chez Viète, chaque équation est un énoncé sur des figures, et la loi d'homogénéité est la garantie qu'elle en est un. En la quittant, on perd la raison d'être des noms, et l'on perd du même coup le contrôle dimensionnel qui, sur ces feuillets, sert plus d'une fois de garde-fou — c'est lui qui permet de voir tout de suite qu'une phrase comme « un solide dont la base est \(\tfrac23 z\,\mathrm{pl.}\) et la hauteur le tiers du même plan » est elliptique, une hauteur ne pouvant pas être le tiers d'un plan.10

Le reste des lettres suit l'usage de l'école : \(A\) est l'inconnue, \(B\), \(C\), \(D\), \(F\) les côtés donnés, \(x\) le coefficient du terme immédiatement inférieur à la plus haute puissance. Le traité ne se sert de la notation cossique des degrés qu'une seule fois, à la dernière page, quand il passe aux nombres : \(a\) pour le côté, \(q\) pour le carré, \(c\) pour le cube, \(qq\) pour le quarré-quarré.11

Les côtés : au-dessus, au-dessous, feints

« Latus », un côté, est ce que nous appelons une racine — le mot est géométrique, le côté d'un carré ou d'un cube étant ce dont on part pour faire la puissance. Le traité en distingue trois espèces, et c'est ici que se joue toute la portée de l'ouvrage.

Le point décisif est que le traité n'écrit jamais une racine négative comme un nombre négatif. Il écrit le facteur \(B + A = 0\), et il dit que l'unique côté de cette latérale est « \(+A\) au-dessous », lequel « par équivalence est le même que \(-A\) au-dessus ». Traduit, cela veut dire \(A = -B\), et le facteur est \(A + B\). Ainsi, dans tout ce qui suit :

Les signes de la forme canonique se déduisent alors immédiatement : le signe du terme de plus haut degré est \((-1)^k\), où \(k\) est le nombre de côtés « au-dessus », parce que chaque facteur \(B - A\) apporte un \(-A\) et chaque facteur \(B + A\) un \(+A\). C'est ce qui explique pourquoi les chapitres à nombre pair de racines positives ont un \(+A^4\) et les autres un \(-A^4\).

Deux règles de signes sont énoncées, et il faut dire qu'elles ne s'accordent pas tout à fait. La première : un côté au-dessous fait que « tout ce qui est affecté sous lui » est aussi au-dessous. La seconde : lorsqu'on multiplie deux côtés de nature différente, le produit est noté du signe \(-\) et devient au-dessous, mais « par équivalence » il doit être pris comme s'il était au-dessus. La première règle, appliquée à la lettre, donne au carré d'un côté au-dessous le caractère « au-dessous », ce que la seconde interdit ; et c'est de cette tension que naît la difficulté du chapitre sur la quadratique qui subsiste par elle-même.14

Ce que le traité énonce : les coefficients et les fonctions symétriques

3–9Au milieu du chapitre cinquième des cubiques, à la vue 9 L, le traité s'arrête sur une remarque incidente et énonce, pour tous les degrés, la règle qui est l'objet de tout son travail :

« in omnibus æquationibus alternatim affirmatis et negatis à principio usque ad finem, coefficientem altioris gradus sub potestate fieri summam laterum, coefficientem verò gradus immediate subsequentis summam rectangulorum vel planorum sub iisdem lateribus […] similiter coefficientem gradus proximè inferioris fieri summam omnium solidorum sub iisdem lateribus, et sic in infinitum. »15

C'est, dans le langage des figures, ce que nous écrivons aujourd'hui ainsi. Si \(B_1, \dots, B_n\) sont les racines et \[ P(A) = (A - B_1)(A - B_2)\cdots(A - B_n), \] alors \[ P(A) = A^n - e_1 A^{n-1} + e_2 A^{n-2} - \cdots + (-1)^n e_n, \]\(e_k\) est la somme de tous les produits de \(k\) racines distinctes : \(e_1\) la somme des racines, \(e_2\) la somme de leurs produits deux à deux, \(e_3\) la somme de leurs produits trois à trois. Les \(e_k\) s'appellent les fonctions symétriques élémentaires des racines, et la suite d'égalités s'appelle les relations entre les coefficients et les racines.16

Le traité a donc l'énoncé. Ce qu'il n'a pas, c'est le droit de s'en servir sans exception, et il le sait. À la même page, il vient de construire une cubique en multipliant la quadratique \(G + A^2 = 0\) — celle qui « subsiste par elle-même », et dont on verra plus bas qu'elle n'a pas de racine réelle — par la latérale \(C - A = 0\). Le produit est \[ GC - GA + CA^2 - A^3 = 0, \qquad \text{c'est-à-dire} \qquad A^3 - CA^2 + GA - GC = 0, \] et il se range, par ses signes, dans la forme \(T\,\mathrm{Sol.} - z\,\mathrm{pl.}\,A + xA^2 - A^3 = 0\) qui est exactement celle du premier chapitre, où les trois côtés sont au-dessus. Le traité voit aussitôt que la forme est la même et l'interprétation différente, et il écrit la phrase qui limite sa propre règle :

« \(x\) enim ut videre est ex eius origine non est summa laterum, nec \(z\,\mathrm{pl.}\) aggregatum rectangulorum et cætera, ac proinde hæc constitutio est exceptio regulæ generalis. »17

L'observation est exacte à l'intérieur de la doctrine : il n'y a ici qu'un seul côté vrai, \(C\), et \(x\) vaut \(C\) ; il n'y a aucun rectangle sous des côtés vrais, et \(z\) vaut \(G\). Mais l'exception n'existe pas. Les trois racines de \(A^3 - CA^2 + GA - GC = 0\) sont \(C\), \(i\sqrt{G}\) et \(-i\sqrt{G}\), et l'on vérifie sur-le-champ : \[ e_1 = C + i\sqrt{G} - i\sqrt{G} = C = x, \] \[ e_2 = C\,i\sqrt{G} - C\,i\sqrt{G} + \bigl(i\sqrt{G}\bigr)\bigl(-i\sqrt{G}\bigr) = G = z, \] \[ e_3 = C \cdot i\sqrt{G} \cdot \bigl(-i\sqrt{G}\bigr) = CG = T. \] La règle générale vaut donc sans exception, et l'exception que le feuillet croit trouver est le prix de son refus de compter les côtés fictifs comme des racines.18

Ce n'est pas une petite affaire, parce que toute la méthode repose sur la possibilité de reconnaître une équation à ses signes. Or deux équations de formes canoniques identiques peuvent avoir des interprétations tout à fait différentes, et le traité le répète chapitre après chapitre — « quamvis omnino similis sit formulæ quæ in primo capite, non tamen similiter enuntiabitur », « maximè tamen inter se differunt, ut patet ex earum diversa origine ». Il n'a, pour les distinguer, aucun critère tiré de l'équation elle-même : il faut connaître l'origine. La question est posée en trois lignes, sur un béquet épinglé à un feuillet blanc, et l'on y reviendra : c'est la seule chose que la doctrine ne sait pas faire, et la réponse moderne est le discriminant.

Les équations quadratiques

4–5Le traité commence par le degré deux, « parce que de toutes c'est la moins composée », la latérale ne présentant aucune difficulté. Deux racines, donc trois cas : toutes deux au-dessus, toutes deux au-dessous, ou l'une au-dessus et l'autre au-dessous ; plus un quatrième chapitre pour la quadratique qui ne vient d'aucun produit. Le traité remarque, en passant, que cette énumération est légitime « puisque le nombre des cas est fini », ce qui est la justification correcte d'une preuve par disjonction exhaustive.

Les produits sont écrits, et les formes canoniques qui en sortent sont, en écriture moderne et monique :

Le traité note en outre, et c'est juste, que la forme canonique ne dépend pas de la complication apparente des coefficients : dans \[ A^2 - \frac{KN}{M}A + \frac{HL}{G}A + \frac{F^{\mathrm{sol}}}{G} = 0, \] les deux termes en \(A\) « s'entendent comme une seule ligne, qu'on appelle \(x\) », et l'on est ramené au premier chapitre. C'est la remarque qu'une forme canonique est une forme, non une apparence.

La condition du discriminant

Vient alors la doctrine des « déterminations », qui est la meilleure partie du traité. Deux choses distinctes y sont appelées du même nom et il faut les séparer, car le traité les sépare.

La première est le cas des racines égales. « Une équation est dite sujette à détermination lorsqu'elle est explicable de deux ou plusieurs côtés égaux » ; la détermination est majeure si tous les côtés sont égaux, mineure si quelques-uns seulement le sont. Pour la quadratique du premier chapitre, cela arrive « lorsque \(x\) est coupé en deux parties égales et que chaque moitié est \(A\) » : les deux racines valent \(x/2\), « à raison de quoi le côté est double et la solution double aussi ». En termes modernes, la racine double est \(A = x/2\), valeur en laquelle \(P\) et \(P'\) s'annulent ensemble.

La seconde est la limitation, et c'est la découverte : il y a une inégalité en dehors de laquelle « les côtés seront feints, et par conséquent la question impossible ». Le traité l'énonce et la démontre :

« \(z\,\mathrm{pl.}\) non debet esse maius quadrante quadrati \(x\), cum enim \(x\) sit summa laterum, rectangulum maius eo non potest quam si utraque latera sint æqualia inter se. »19

C'est-à-dire : \(z \le x^2/4\), ou encore \[ x^2 - 4z \ge 0. \] La quantité \(x^2 - 4z\) est ce que nous appelons le discriminant de \(A^2 - xA + z\), et sa positivité est exactement la condition pour que les deux racines soient réelles.20

Le traité ajoute, et c'est exact, que rien de tel n'est à craindre au troisième chapitre, « lorsque \(x\) est la différence » : une somme et une différence étant données, le cas est toujours possible. En effet \(A^2 + (C-B)A - BC\) a pour discriminant \((C-B)^2 + 4BC = (B+C)^2 \ge 0\), toujours positif.

La quadratique qui subsiste par elle-même, et le nombre de ses racines

Le quatrième chapitre est le point faible de tout l'ouvrage et il vaut la peine de dire exactement pourquoi. Le traité écrit \(z\,\mathrm{pl.} + A^2 = 0\) et conclut :

« In quâ æquatione evidens est unicum esse latus positivum infrà potentia æquale \(z\,\mathrm{pl.}\), nam per antithesim erit \(z\,\mathrm{pl.} = -A^2\). »21

Ce qui est vrai est ceci. L'équation \(A^2 + z = 0\), avec \(z\) positif, n'a aucune racine réelle : son discriminant vaut \(-4z < 0\). Ses deux racines sont \(+i\sqrt{z}\) et \(-i\sqrt{z}\), deux complexes conjuguées, dont le module commun est \(\sqrt{z}\). Le « côté unique au-dessous, égal en puissance à \(z\,\mathrm{pl.}\) », c'est-à-dire \(\sqrt{z}\) affecté du caractère « au-dessous », n'est pas une racine de l'équation : c'est le module de ses deux racines. Le traité tient donc, sous le nom d'un côté, la seule quantité réelle que la paire conjuguée fournisse, et il la fait fonctionner correctement partout où il s'en sert — dans les chapitres 6, 7, 8 et 9 des quarto-quadratiques, où le facteur \(A^2 + G\) est toujours désigné par « le côté égal en puissance à \(G\,\mathrm{pl.}\) ». Cette lecture propose donc de traduire uniformément cette expression par : le facteur quadratique \(A^2 + G\), dont les deux racines sont \(\pm i\sqrt{G}\).22

Une conséquence générale mérite d'être tirée, parce qu'elle empêche de prêter au traité plus qu'il ne donne. Le traité ne dit pas, et ne pouvait pas dire, qu'une équation de degré \(n\) a \(n\) racines. Sa classification laisse au contraire, à chaque degré, une classe résiduelle — les équations « qui subsistent par elles-mêmes » — qui est précisément celle des équations ayant moins de racines réelles que leur degré, et pour lesquelles il n'exhibe rien. Une cubique à une seule racine réelle ne peut, dans son système, ni venir de trois latérales, ni d'une quadratique à deux racines et d'une latérale : elle subsiste par elle-même, et le chapitre 6 des cubiques n'en donne que les six formes, sans racines. Le théorème selon lequel tout polynôme de degré \(n\) à coefficients complexes a exactement \(n\) racines comptées avec leur multiplicité — ce que nous appelons le théorème fondamental de l'algèbre — ne se trouve donc pas sur ces feuillets, et cette lecture ne le leur attribue pas.23

Les équations cubiques : les six chapitres

6–8Une cubique est explicable de trois côtés, d'où quatre chapitres selon les signes ; et comme elle peut aussi naître d'une quadratique et d'une latérale, ou subsister par elle-même, il y a deux chapitres de plus. Six en tout. Voici, en écriture moderne monique, le catalogue entier, avec \(x\), \(z\), \(T\) pour les trois fonctions symétriques des côtés vrais quand elles ont ce sens.

Lu ainsi, le classement du traité est une classification complète des cubiques réeles moniques par le nombre et le signe de leurs racines réelles, jointe à la lecture de chaque coefficient comme fonction symétrique de ces racines lorsque toutes sont réelles. C'est, à un vocabulaire près, ce qu'un cours moderne fait encore en préalable à l'étude du discriminant.

Trois petites choses sont à relever dans l'exécution, parce qu'elles sont dans le feuillet et qu'un lecteur les rencontrera. À la vue 6 R, la forme canonique du premier chapitre est écrite « \(+\dot{x}A\) » sans l'exposant 2, que porte la copie faite en marge par la seconde plume ; le terme est \(xA^2\).25 Dans plusieurs produits, les termes de même degré sont réunis par une accolade au lieu d'être écrits à la file, ce qui est une commodité d'écriture et non une notation. Et le traité écrit une fois le côté \(a\) en minuscule là où il écrit \(A\) partout ailleurs, sans conséquence.

Les déterminations des cubiques, et les limites du possible

8–11Cette partie est la plus originale du traité. Elle répond à deux questions distinctes : comment trouver les racines quand deux d'entre elles sont égales, et à quelle condition sur les coefficients les racines sont réelles.

La racine double, obtenue par éliminations successives

Le traité prend la cubique du premier chapitre, \(A^3 - xA^2 + zA - T = 0\), à trois racines positives, et suppose que deux d'entre elles, \(B\) et \(C\), sont égales. Il pose \(B = C = A\), d'où le troisième côté \(D = x - 2A\), et il traduit les deux autres fonctions symétriques : \[ z = A^2 + 2A(x - 2A) = 2xA - 3A^2, \qquad T = A^2(x - 2A) = xA^2 - 2A^3. \] Ces deux égalités sont sur le feuillet et elles sont justes. Il en tire deux équations en \(A\) toutes deux nulles, \[ \tfrac13 z - \tfrac23 xA + A^2 = 0, \qquad \tfrac12 T - \tfrac12 xA^2 + A^3 = 0, \] multiplie la première par \(A\) pour les rendre « homogènes », les compare, retranche \(A^3\) des deux membres, et obtient \[ \tfrac12 T - \tfrac13 zA + \tfrac16 xA^2 = 0, \qquad \text{puis} \qquad \frac{3T}{x} - \frac{2zA}{x} + A^2 = 0 \] en multipliant par \(6\) et en divisant par \(x\).26 Une seconde comparaison, avec la première équation, fait disparaître \(A^2\) et donne enfin \[ \frac{\dfrac{3T}{x} - \dfrac{z}{3}}{\dfrac{2z}{x} - \dfrac{2x}{3}} = A. \]

C'est la formule du feuillet, telle qu'il l'écrit. Mise sur dénominateur commun, elle devient \[ A = \frac{xz - 9T}{2\,(x^2 - 3z)}, \] et cette expression est exacte : la racine double d'une cubique monique \(A^3 - xA^2 + zA - T\) qui en possède une est bien donnée par cette fraction rationnelle des coefficients.27

Ce que le traité a fait là porte aujourd'hui un nom. Ses « comparaisons successives » d'équations toutes égales à zéro, où l'on retranche à chaque pas la plus haute puissance commune, sont exactement l'algorithme d'Euclide appliqué au polynôme \(P\) et à sa dérivée \(P'\) ; et la fraction obtenue est la racine du reste linéaire de cet algorithme. On peut le vérifier en deux lignes : avec \(P = A^3 - xA^2 + zA - T\) et \(P' = 3A^2 - 2xA + z\), la division de \(P\) par \(P'\) laisse le reste \(-\tfrac13 xA^2 + \tfrac23 zA - T\), et la combinaison suivante laisse \(2(x^2-3z)A - (xz - 9T)\), qui s'annule pour la valeur ci-dessus. Une racine double de \(P\) étant une racine commune à \(P\) et \(P'\), elle est racine de leur plus grand commun diviseur, et c'est celui-ci que l'algorithme calcule.28

Les limitations : ce que le traité établit, et ce qu'il croit établir

Pour les deux chapitres où \(x\) est la somme des trois côtés — le premier et le quatrième —, le traité donne deux bornes et une raison :

« eo casu quæstio erit possibilis si \(Z\,\mathrm{pl.}\) non sit maius tertia parte \(x\) quadrati, et similiter \(T\,\mathrm{pl.}\) non sit maius tertiâ parte cubi eiusdem \(x\), si enim linea in tres partes dividatur maius solidum sub his tribus portionibus contentum, erit cum dictæ tres partes erunt inter se æquales. »29

La première borne est juste. Si \(B + C + D = x\) avec \(B\), \(C\), \(D\) positifs, alors \(z = BC + BD + CD\) est maximal quand les trois sont égaux à \(x/3\), et vaut alors \(3(x/3)^2\) : \[ z \le \frac{x^2}{3}. \]

La seconde, telle qu'elle est écrite, est fausse. Le raisonnement que le feuillet donne — le solide sous trois parties d'une ligne est maximal quand les parties sont égales — est correct, et il conduit non pas au tiers du cube mais au cube du tiers : \[ T \le \left(\frac{x}{3}\right)^3 = \frac{x^3}{27}. \] La borne vraie est donc vingt-sept fois plus petite que celle que le feuillet énonce. Il est probable que « la troisième partie du cube » soit une ellipse pour « le cube de la troisième partie », d'autant que la phrase parallèle sur \(z\) — « la troisième partie du carré » — est, elle, littéralement juste ; mais telle qu'elle est écrite la borne ne l'est pas, et cette lecture écrit \(x^3/27\).30

Reste le plus important, que le feuillet n'a pas vu. Ces deux inégalités sont nécessaires pour que les trois racines soient réelles et positives ; elles ne sont pas suffisantes, et le feuillet les prend pour telles en écrivant « eo casu quæstio erit possibilis si… ». Un contre-exemple entier suffit à le montrer : \[ A^3 - 6A^2 + 10A - 8 = 0, \] c'est-à-dire \(x = 6\), \(z = 10\), \(T = 8\). Les deux limitations sont satisfaites, \(10 \le 36/3 = 12\) et \(8 \le 216/27 = 8\) — et a fortiori la borne trop large du feuillet, \(8 \le 72\). Pourtant cette équation se factorise en \[ (A - 4)\,(A^2 - 2A + 2) = 0 \] et n'a qu'une seule racine réelle, \(4\), les deux autres étant \(1 + i\) et \(1 - i\). La question est donc « impossible » au sens du traité alors que ses deux conditions sont remplies.31

Les déterminations chapitre par chapitre

Le traité passe ensuite en revue les cinq propositions du second chapitre, et son travail est propre. On ne relèvera ici que ce qui a une portée.

Pour la deuxième proposition, où le côté au-dessous égale la somme des deux côtés au-dessus, la détermination se calcule ainsi : si \(D = 2A\) et \(B = C = A\), alors \(z = 3A^2\), donc \(A = \sqrt{z/3}\), et \(T = 2A^3\). Le traité le vérifie de deux manières, par l'analyse directe puis au moyen d'un lemme emprunté, et les deux donnent \(A^2 = z/3\). Le calcul est juste : de \(T = 2A^3\) et \(T = zA - A^3\) suit \(3A^3 = zA\), donc \(3A^2 = z\).

Pour la troisième proposition, trois cas selon que le côté au-dessous égale chacun des deux autres, un seul, ou aucun. Dans le premier, la détermination est majeure et \(T = x^3\), \(z = x^2\) ; dans le second, \(z = T/x\) ; dans le troisième, on revient à l'élimination générale.32

Pour la cinquième proposition, le traité démontre un lemme utile : si les deux côtés au-dessus \(B\), \(C\) ont un rectangle \(BC\) plus grand que \((B+C)D\), alors chacun d'eux est plus grand que \(D\). La démonstration est correcte — \((B+C)C > BC > (B+C)D\) donne \(C > D\), et de même pour \(B\). La seconde plume a écrit en marge, en regard du mot « maiorem » qu'elle a souligné dans le texte, le mot « minorem » : c'est une correction, et elle est fausse. La démonstration demande bien « plus grand », la ligne du feuillet est juste, et l'annotateur a tort.33

Les trois lemmes de maximum, et ce que « D. Rob. » veut dire

9–11Deux fois, pour établir ses limitations, le traité s'appuie sur des lemmes qu'il ne démontre pas et dont il dit d'où ils viennent : « præmisso Lemmate quod a D. Rob. demonstratum est » (vue 9 R), puis « quod demonstrabitur præmissis duobus Lemmatibus etiam à D. Rob. demonstratis » (vue 10 R). En marge de la première mention, une note en français, la seule note non latine de tout le traité, renvoie le lecteur à la source : « 13 en son traité de mechanique des plans inclinez ».

Il faut dire exactement ce que cela établit. Cela établit que le traité cite Roberval, comme l'auteur de trois lemmes qu'il emprunte et qu'il signale comme empruntés, et qu'un lecteur — peut-être l'auteur lui-même — a noté en marge où les trouver. Cela n'établit pas que le traité soit de Roberval : c'est même le contraire qu'une telle mention indique, un auteur n'ayant pas coutume de renvoyer à lui-même comme à un tiers nommé par l'initiale de sa qualité. Cette lecture n'attribue donc le traité à personne — ni à Roberval, ni à Viète, ni à un autre — et note seulement que son auteur avait lu Roberval sur les plans inclinés.34

Voici les trois lemmes, traduits, et ce qu'ils valent.

Premier lemme (vue 10 L) : le plus grand solide appliqué à un plan

« De tous les parallélépipèdes appliqués selon des plans égaux, ou selon le même plan parallélogramme, et déficients de figures parallélépipédiques semblables entre elles et semblablement posées, le plus grand est celui qui est appliqué aux deux tiers, étant double du défaut. »

En termes modernes, il s'agit de maximiser \[ f(A) = zA - A^3 \] — un solide « appliqué au plan \(z\) » et « déficient d'une figure cubique ». Le maximum est atteint pour \(f'(A) = z - 3A^2 = 0\), soit \[ A = \sqrt{\frac{z}{3}}, \qquad f(A) = \frac{2z}{3}\sqrt{\frac{z}{3}}. \] Tout ce que dit le lemme s'y retrouve exactement. Posons \(\ell = \sqrt{z/3}\), de sorte que \(z = 3\ell^2\) : le maximum vaut \(2\ell^3\), la figure déficiente vaut \(\ell^3\), et le solide est donc bien « double du défaut » ; et comme \(2\ell^3 = \tfrac23 z \cdot \ell\), il est « appliqué aux deux tiers » du plan. Le corollaire que le traité en tire dit la même chose autrement, et dissipe l'ellipse relevée plus haut : « tout plan est contenu sous deux droites inégales, dont la moindre peut la troisième partie du même plan, et la plus grande est triple de la moindre » — c'est-à-dire \(z = \ell \cdot 3\ell\) avec \(\ell^2 = z/3\). La « hauteur égale au tiers du plan » des pages précédentes est donc, sans ambiguïté, la droite dont le carré est le tiers du plan, soit \(\sqrt{z/3}\) ; et le traité l'écrit lui-même en clair une page plus loin : « manifestum est \(A\) fieri \(\sqrt{\tfrac13 z\,\mathrm{pl.}}\) ».35

L'usage de ce lemme est la limitation de la deuxième proposition du deuxième chapitre : \(T\) ne doit pas être plus grand que le maximum, soit \[ T \le \frac{2z}{3}\sqrt{\frac{z}{3}}, \qquad \text{c'est-à-dire} \qquad 27\,T^2 \le 4\,z^3. \] Cette dernière inégalité est exactement la condition pour que la cubique réduite \(A^3 - zA + T = 0\) ait ses trois racines réelles : c'est la positivité de son discriminant, \(\Delta = 4z^3 - 27T^2\). Le traité l'atteint, et l'atteint juste, par un problème de maximum au lieu d'un invariant algébrique.36

Deuxième et troisième lemmes (vue 10 R) : la ligne divisée, et le solide appliqué à une ligne

« Si une ligne droite est divisée en deux parties inégales, le plus grand solide qui puisse être fait du carré de l'une par la hauteur de l'autre est lorsque la portion dont le carré est la base dudit solide est double de l'autre portion. » « De tous les parallélépipèdes appliqués selon la même ligne droite, ou selon des droites égales, et déficients de figures parallélépipédiques semblables entre elles et semblablement posées, le plus grand est celui qui est appliqué à la troisième partie, étant la moitié du défaut. »

Ces deux lemmes sont le même énoncé sous deux habits, et il vaut de le dire, puisque le traité s'en sert comme de deux et remarque ensuite que le second n'est pas nécessaire. Maximiser \(u^2 v\) sous la contrainte \(u + v = x\), c'est maximiser \(xu^2 - u^3\) ; le maximum est en \(u = \tfrac23 x\), \(v = \tfrac13 x\), et vaut \[ \frac49 x^2 \cdot \frac{x}{3} = \frac{4}{27}\,x^3. \] Le premier lemme est l'énoncé sous la forme « \(u\) double de \(v\) » ; le second sous la forme « appliqué à la troisième partie », la hauteur du solide maximal étant \(x/3\), et « moitié du défaut », le défaut valant \(u^3 = \tfrac{8}{27}x^3\), exactement le double. Les deux énoncés sont justes et équivalents.

L'usage est la limitation de la quatrième proposition du deuxième chapitre : on y a \((B+C)D = BC\), et le traité démontre que \[ T \le \frac{4}{27}\,x^3, \] ce qu'il écrit en clair, « scilicet \(\tfrac{4}{27}x^3\) ». Là encore, l'inégalité est exactement la condition de réalité des racines de \(A^3 - xA^2 + T = 0\), dont le discriminant vaut \(4x^3T - 27T^2 = T(4x^3 - 27T)\), positif précisément pour \(0 \le T \le \tfrac{4}{27}x^3\). Deuxième coïncidence exacte, par la même voie.

Le traité donne en outre une seconde démonstration de cette même limitation, purement géométrique, qui n'a besoin que du premier lemme, et il la conduit en deux cas sur la figure d'un segment \(AC\) partagé en \(AB\) et \(BC\) avec un segment \(CD\) dans le prolongement. Cette lecture l'a refaite et elle est juste dans les deux cas. Le premier cas, où \(CD\) vaut le quart de \(AC\) et où \(B\) est le milieu, donne l'égalité : \(T = \tfrac14 AC^2 \cdot \tfrac14 AC = \tfrac1{16}AC^3\), tandis que \(x = \tfrac34 AC\) et \(\tfrac4{27}x^3 = \tfrac4{27}\cdot\tfrac{27}{64}AC^3 = \tfrac1{16}AC^3\) : les deux quantités sont bien égales. Le second cas, où \(CD\) est moindre que le quart, donne l'inégalité stricte par comparaison de deux solides dont la base et la hauteur sont l'une et l'autre plus grandes.37

Un mot enfin sur la figure de la vue 10 L, parce que la note marginale qui l'accompagne est le seul endroit où le copiste parle en son nom : « Na. quod linea \(DB\) debet esse æqualis \(CD\). sed defectu cartæ non potuit ulterius produci » — « noter que la ligne \(DB\) doit être égale à \(CD\), mais faute de papier elle n'a pu être poussée plus loin ». Le dessin est donc faux, et sciemment ; la condition manquante est rétablie par la note.

Les équations quarto-quadratiques : dix chapitres

12–22Le degré quatre occupe plus de la moitié du traité, et il est construit sur le même plan, avec dix chapitres annoncés d'avance selon la manière dont l'équation naît :

Le premier chapitre donne la forme de référence. Quatre racines positives, \((A-B)(A-C)(A-D)(A-F) = 0\), soit \[ A^4 - xA^3 + zA^2 - TA + S = 0 \] avec, et le traité l'énonce terme à terme, \(x\) la somme des quatre côtés, \(z\) l'agrégat des six rectangles deux à deux, \(T\) la somme des quatre solides trois à trois, \(S\) le plano-plan sous les quatre. Ce sont \(e_1\), \(e_2\), \(e_3\), \(e_4\), et le compte des termes — quatre, six, quatre, un — est juste.

Les chapitres 2 à 5 suivent, par changement de signes et par la remarque, faite et refaite, qu'un chapitre est l'inverse d'un autre : le cinquième est l'inverse du premier, le quatrième du deuxième. Dans chaque chapitre, les propositions sont les configurations de signes que les comparaisons de grandeurs autorisent, et le traité les obtient par un travail d'inégalités qui est le vrai contenu de la partie. Pour n'en donner qu'un exemple entièrement vérifié : au deuxième chapitre, trois côtés au-dessus \(B\), \(C\), \(D\) et un au-dessous \(-F\), si \(F\) est plus grand que \(B + C + D\), alors le coefficient de \(A^2\) est positif, parce que \[ F(B+C+D) > (B+C+D)^2 > BC + BD + CD, \] et le coefficient de \(A\) est négatif, parce que \(BCD\) est plus petit que chacun de \(BCF\), \(BDF\), \(CDF\). Les deux raisonnements sont sur le feuillet et ils sont corrects.38

Le troisième chapitre — deux côtés au-dessus, deux au-dessous — porte le seul raisonnement long et difficile de cette partie, sur les vues 13 et 16, et cette lecture l'a refait en entier. Il s'agit de montrer que si la somme des côtés au-dessous surpasse celle des côtés au-dessus et si les rectangles affirmés égalent les niés, alors les solides niés surpassent les affirmés. Notons \(s\) la somme des côtés au-dessus, \(t\) celle des côtés au-dessous, \(p\) le rectangle sous les premiers, \(q\) celui sous les seconds ; l'hypothèse est \(p + q = st\) avec \(t > s\), et il faut montrer \(qs > pt\). Le traité y parvient ainsi, et chaque pas tient : de \(p \le s^2/4\) et \(p + q = st > s^2\) suit \(q > \tfrac14 s^2 \ge p\), donc \(2q > p + q = st\), donc \(4q > st\) ; d'où \(s/t = s^2/st > s^2/4q \ge p/q\), et enfin \(qs > pt\). C'est une belle démonstration, correcte, conduite entièrement en proportions.

Elle se termine pourtant sur une phrase qu'il faut redresser. Le traité ajoute : « sed et facile demonstrabitur prius illud solidum maius esse septuplo posterioris » — « mais on démontrera aussi facilement que ce premier solide est plus grand que le septuple du second ». Ce n'est pas vrai, et ne peut pas l'être. Sous les hypothèses posées, le rapport \(qs/pt\) des deux solides est toujours inférieur à 4, et il est toujours supérieur à \(2+\sqrt3 \approx 3{,}73\) ; il ne peut donc jamais atteindre 7. Un exemple entier le montre : les deux côtés au-dessus étant \(\tfrac12\) et \(\tfrac12\), les deux au-dessous \(\tfrac32\) et \(\tfrac52\), on a \(s = 1\), \(t = 4\), \(p = \tfrac14\), \(q = \tfrac{15}4\), les rectangles affirmés \(p + q = 4\) égalent les niés \(st = 4\) comme il est supposé, et le rapport des solides vaut \(qs/pt = \tfrac{15}{4}\), soit \(3{,}75\).39

Deux béquets épinglés à l'angle d'un feuillet blanc, et photographiés l'un après l'autre aux vues 14 et 15 tandis qu'on les soulevait, portent les deux seules additions au texte. Le premier, intitulé « p. 21. », fournit une phrase qui manquait, sur l'origine des deux rectangles affirmés du troisième chapitre : l'un vient du produit des côtés au-dessus, l'autre du produit des côtés au-dessous. Le second, intitulé « 19a », est une question :

« quomodo cognoscetur utrum hæc æquatio \(T\,\mathrm{Sol.} - z\,\mathrm{pl.}\,A + xA^2 - A^3 = 0\) sit capitis quinti vel tertii. »40

C'est la question juste, et c'est celle à laquelle la doctrine ne peut pas répondre : les deux constitutions ont les mêmes signes, et le traité n'a aucun moyen de les distinguer sans connaître l'origine. La réponse moderne est le signe du discriminant donné plus haut : positif, trois racines réelles, donc trois côtés vrais ; négatif, une seule racine réelle et une paire complexe, donc le cinquième chapitre. L'exemple \(A^3 - 6A^2 + 10A - 8 = 0\) construit plus haut est justement du cinquième chapitre — il est \((A^2 - 2A + 2)(A - 4)\) — et son discriminant vaut \(-400\).

Les chapitres 6 à 9 : les facteurs quadratiques sans racine réelle

Les quatre derniers chapitres constructifs font entrer le facteur \(A^2 + G\) dont il a été question. Ils sont l'endroit où la doctrine travaille le mieux et où elle est le plus près de basculer.

Les douze produits du chapitre 9 ont été refaits un à un dans cette lecture, et onze sont exacts. Le seul qui ne le soit pas est celui de \(A^3 - R\) par \(A - B\) : le feuillet écrit \(RB + RA - BA^3 + A^4 = 0\) là où le produit donne \[ (R - A^3)(B - A) = RB - RA - BA^3 + A^4, \] avec un signe \(-\) devant \(RA\). Le second cas, \((R - A^3)(C + A) = RC + RA - CA^3 - A^4\), est écrit juste avec un \(+\).43

Le chapitre 9 laisse aussi un trou. Sa septième proposition est énoncée — « cum latus supra minus est latere infra » — et aucune formule n'est écrite au-dessous, alors que la phrase suivante parle « de ces trois formules ». La formule manquante se déduit du feuillet lui-même, sans rien emprunter : les propositions 5, 6 et 7 sortent du même produit et ne diffèrent que par la comparaison des deux côtés, laquelle gouverne le coefficient \(x\), leur différence ; la proposition 5 a \(+xA^3\), la proposition 6, où les côtés sont égaux, n'a plus de terme en \(A^3\), et la proposition 7 doit donc avoir \[ S - TA + zA^2 - xA^3 - A^4 = 0. \] C'est l'inférence de cette lecture, et elle ne repose que sur la structure des deux propositions voisines.44

Deux remarques du chapitre 9 méritent d'être relevées parce qu'elles sont justes et fines. Le traité observe que dans ces formules \(x\) n'est plus la somme de plusieurs côtés mais un seul côté, celui de la latérale, et qu'en conséquence il ne s'évanouit pas même quand les deux côtés sont égaux :

« Ideo autem in hac formula etiam si latera sint æqualia, et \(x\) non sit eorum summa, non tamen idem \(x\) evanescit, quia ut patet ex origine istius est æquale lateri infra æquationis lateralis. »45

L'observation est exacte, et la raison moderne en est transparente : les trois racines de la cubique \(A^3 + GA \pm R = 0\), qui n'a pas de terme en \(A^2\), ont une somme nulle ; la somme des quatre racines du produit est donc celle de la seule racine de la latérale. Le feuillet voit l'effet et en donne la bonne raison — « son origine » — sans avoir la phrase sur la somme nulle des trois racines, qui demanderait de compter les fictives.

Un dernier point de tenue, qui vaut d'être dit pour qu'un lecteur ne s'y égare pas. Cette lecture a vérifié tous les produits, c'est-à-dire toutes les multiplications que le traité effectue. Elle n'a pas revérifié un à un les quatre-vingt-sept motifs de signes des formules interprétées, et il faut dire que tous ne suivent pas de leur produit tels qu'ils sont écrits : au huitième chapitre, les propositions 2 à 10 portent un \(+A^4\) alors que le produit d'où elles sortent se termine par \(-A^4\). En écrivant les équations moniques, comme le fait cette lecture, la question disparaît, le signe du terme dominant n'étant plus qu'une convention d'écriture.46

Le dernier chapitre : les côtés feints, et l'exemple chiffré

23–23Le dixième chapitre, « et dernier », traite des quarto-quadratiques qui subsistent par elles-mêmes « ou dans la composition desquelles des côtés feints se mêlent ». C'est le meilleur chapitre du traité, et il porte sa propre réfutation.

Le traité y pose d'abord le critère, et le pose juste. Soit \(A^2 - CA + B = 0\) : elle est explicable de deux côtés au-dessus, dont la somme est \(C\), « et elle est possible dans le cas où \(B\) ne sera pas plus grand que la quatrième partie de \(C^2\) ». Si, sous la même forme, on construit une équation où \(B\) est plus grand que ce quart, « il est certain que les deux côtés dont cette dernière équation naît sont feints ». C'est-à-dire : les racines de \(A^2 - CA + B\) sont réelles si et seulement si \(C^2 - 4B \ge 0\). Le traité tient donc parfaitement le discriminant de la quadratique et sait s'en servir pour reconnaître une paire complexe.

Il construit alors, exprès, le produit d'une quadratique à racines réelles par une quadratique à racines feintes, et il le fait en nombres. Ses deux quadratiques sont \[ A^2 - 6A + 5 = 0 \qquad \text{et} \qquad A^2 + 3A + 20 = 0, \] la première de racines \(1\) et \(5\), la seconde sans racine réelle puisque \(20 > 9/4\), ce que le traité relève : « patet in ultima æquatione latera esse ficta, ideoque eam impossibilem ». Le produit, qu'il écrit dans la notation cossique, est \[ A^4 - 3A^3 + 7A^2 - 105A + 100 = 0, \] et cette lecture l'a vérifié : le développement est exact, terme à terme. Le traité vérifie ensuite que \(5\) est bien racine, en égalant les affirmés aux niés : \(100 + 7\cdot 25 + 625 = 900\) d'un côté, \(105 \cdot 5 + 3 \cdot 125 = 900\) de l'autre. Les deux colonnes du feuillet donnent \(900\) et \(900\), et le calcul est juste. Il ajoute, sans le refaire, que l'égalité vaut de même pour \(1\) ; elle vaut en effet.

Mais le traité conclut, une page plus haut, que dans une telle formule « \(x\) est la somme des deux côtés dont l'équation est explicable ». Sur son propre exemple, cela est faux, et de façon vérifiable en une ligne. Les deux côtés vrais sont \(1\) et \(5\) ; leur somme est \(6\). Le coefficient du terme en \(A^3\) est \(3\), non \(6\). Ce qui vaut \(3\), c'est la somme des quatre racines : \(1\), \(5\), et les deux racines de \(A^2 + 3A + 20\), qui sont \[ \frac{-3 + i\sqrt{71}}{2} \qquad \text{et} \qquad \frac{-3 - i\sqrt{71}}{2}, \] dont la somme est \(-3\). Et \(1 + 5 - 3 = 3\). De même le terme constant, \(100\), est bien le produit des quatre racines, \(5 \times 20\). La règle générale du traité tient donc, exactement, sur l'exemple que le traité a construit pour montrer qu'elle ne tient pas — à la seule condition de compter les côtés feints comme des racines.47

Le chapitre se clôt sur trois remarques justes, qu'il faut rapporter parce qu'elles montrent que la doctrine est cohérente dans ses limites. D'abord : lorsque la question proposée ne peut se résoudre par les formules précédentes, ou n'y tombe pas, « il deviendra manifeste que quelque côté feint a été assumé dans sa composition, et ce côté sera enfin découvert ». C'est une méthode de découverte par l'échec, et elle est correcte : c'est bien ainsi, faute de critère direct, que la doctrine détecte les racines complexes. Ensuite : dans les constitutions où \(x\) est la différence des côtés, aucune équation anormale ne peut naître, « car la somme et la différence étant données, le cas de la question est toujours possible ». C'est l'observation, déjà faite au degré deux, que le discriminant \((B+C)^2\) est toujours positif. Enfin : ce qui a été dit des côtés feints pour le degré quatre vaut de même pour le degré trois.

La dernière phrase du traité renvoie les déterminations des quarto-quadratiques à un traité compagnon qui n'est pas dans le volume, et s'arrête : « de iis plura non dicemus ». Le reste de la page est blanc.

Le dossier de l'art de voler : ce qui est relié là

26–38Après une lacune de feuillets blancs, un tout autre dossier commence, sans transition, sans titre général et sans rapport d'aucune sorte avec ce qui précède. Il compte cinq pièces écrites et deux dessins.

Il ouvre sur un feuillet qui ne porte que deux mots au milieu de la page, en capitales et minuscules droites : « Ars Volandi ». La page suivante est la page de titre d'un livre imprimé, recopiée à la main, centrée, et dont voici le texte :

« De Arte volandi. Cuius ope, quivis homo, sine periculo, facilius, quam ullum volucrem, quocumque lubet, brevissimo tempore ferri potest. Authore Friderico Hermanno Flaydero, Poëtâ, professore et Bibliothecario Tubingæ. Cum eiusdem operum affectorum et maximam partem perfectorum Indice. Typis Theodorici Werlini, anno 1627. in 12o. »48

Suivent, au dos de ce feuillet et sur le suivant, des notes et extraits latins sur le vol, sans titre, d'une cursive fine et très rapide, qui s'interrompent au milieu d'une page. Puis, après deux vues blanches, la légende française des lettres d'une figure, la figure elle-même — la machine dessinée en forme de dragon —, le traité italien, et une seconde figure de la même machine vue de face. Aucune des cinq pièces ne porte de date, aucune n'est signée.

Les notes latines : un dossier de témoignages

28–29Ces deux pages ne contiennent aucune mathématique et aucune expérience : ce sont les notes de lecture d'un érudit qui rassemble, pour un livre à faire, tout ce qu'il a trouvé sur des hommes qui se sont élevés en l'air. Elles valent d'être inventoriées, parce que l'inventaire dit la nature de la pièce.

Ces deux derniers points établissent la nature de la pièce mieux que tout le reste : celui qui écrit ces notes tient un carnet de travail, il y mêle ses lectures sur le vol et ses propres projets d'édition, et le dossier sur le vol n'est qu'un de ses chantiers.52

La machine, et la légende de ses lettres

32–37Deux dessins à la plume, au trait, sans lavis, montrent la même machine. Le premier, de profil, est lettré ; le second, vu de face et de plus près, ne l'est pas. Les figures ne sont pas reproduites ici, et les transcriptions les décrivent. La machine a la forme d'un dragon : tête cornue, gueule ouverte, corps écaillé en forme de tambour cerclé de bandes cousues, deux pattes griffues, une queue s'achevant en large éventail palmé ; sur le dos, une calotte bombée et quatre longues ailes étroites dressées deux par deux, entre lesquelles deux cylindres annelés comme des vis ou des ressorts ; sous le corps, une grande aile ; près de la tête, deux petites ailes palmées.

La page qui fait face au premier dessin en donne la légende, en français, d'une autre main. Elle est brève et elle est la seule description du fonctionnement que le volume contienne :

Puis deux phrases sur la commande : « Un seul mouuement regle toutes les choses encores qu'elles se meuuent en diuers temps », et « Toutes les aisles en se leuant se ployent en elles mesmes et quand elles s'abbaissent elles s'eslargissent, et le tout comme Je viens de dire est reglé par un seul mouuement ».

Trois choses sont à dire sur cette légende, et la première est qu'elle contient l'idée la plus juste de tout le dossier. Les ailes se replient à la montée et s'élargissent à la descente : c'est exactement le principe du vol battu. Une aile qui se referme en remontant présente moins de surface et engendre donc moins de force vers le bas, tandis qu'ouverte en descendant elle engendre la force maximale vers le haut ; le bilan sur un cycle est une force nette ascendante, alors qu'une surface rigide battant symétriquement ne donnerait rien. C'est ce que font les oiseaux, et la légende le décrit en une phrase.

La deuxième est que la pièce E est, en effet, un parachute, et que le principe en est bon : une voilure déployée au-dessus d'une masse qui tombe augmente la surface offerte au fluide et diminue d'autant la vitesse de chute, laquelle varie comme l'inverse de la racine carrée de la surface. C'est la seule pièce de la machine dont la fonction annoncée soit atteinte par le moyen indiqué, à ceci près que la légende ne dit rien de la dimension nécessaire, qui est grande.53

La troisième est que « un seul mouvement règle toutes les choses » décrit une liaison à un seul degré de liberté, un train unique commandant les six ailes, la queue et la couverture avec des phases différentes. C'est mécaniquement concevable, et c'est peut-être la fonction des deux cylindres annelés que le dessin place entre les ailes. Ni la légende ni le traité italien ne décrivent ce mécanisme, et l'auteur du traité dit expressément qu'il ne le montrera pas.54

Le traité italien : le poids de l'air, et la flottaison

33–34Le traité italien commence par nommer son adversaire, qui est une opinion : voler passe pour impossible au point que « le vulgaire, quand il veut affirmer qu'une chose ne peut se faire, dit : il est aussi impossible de faire cela qu'il est impossible de voler ». Puis l'auteur dit ce qu'il a fait, et c'est le seul endroit du volume où quelqu'un parle de lui-même :

« Io però sino dallj miej primj annj applicaj l'animo a questa inuentione parendomj strano che l'ingegno humano non fusse habile col suo sapere d'arriuare a quelle cose che naturalj sono state concesse ad altrj animalj a noj jnferiorj […] sono gia decorsj x annj che da principij assaj communj mediante pero l'aiuto diuino, ho ritrouato quello che qui sotto dimostrerò. »55

Il raconte ensuite ce qu'il tient d'un tiers sur l'essai de Sagredo, et c'est un récit précieux parce qu'il est quantitatif : Sagredo aurait pris un faucon, l'aurait plumé, puis « observé diligemment la proportion que celles-ci — les plumes — tenaient au corps, tant en poids qu'en mesure », et d'après cette proportion se serait fait des ailes qu'il attachait à ses bras, « avec tant d'artifice qu'en se jetant de quelque hauteur il arrivait à terre sans se faire aucun mal, et s'écartait même de plusieurs brasses du pied de la hauteur ». Le narrateur ajoute qu'il a lui-même fait beaucoup de tentatives et que « toute la peine fut prise en vain ».56

Le raisonnement quantitatif de mise en train de la flottaison occupe ensuite trois pages, et il se suit pas à pas.

Le poids de l'air

L'auteur pose qu'Aristote a écrit que tous les éléments ont de la pesanteur, et demande dans quelle proportion l'air pèse à l'eau. « Selon Aristote ce serait comme un à dix, mais selon le calcul de M. Galilée ce serait, et il est plus vrai, comme un à quatre cents. »

Il faut dire ce qui est vrai. À la température et à la pression ordinaires, l'eau pèse environ mille kilogrammes par mètre cube et l'air environ un et deux dixièmes : le rapport est donc d'environ un à huit cents, et il varie de un à sept cent soixante-dix à zéro degré à un à huit cent trente à vingt degrés. Le chiffre d'Aristote est faux d'un facteur quatre-vingts. Le chiffre que le feuillet attribue à Galilée est faux d'un facteur deux, dans le même sens : l'air y est deux fois plus lourd qu'il n'est. Le jugement du feuillet — le second est « plus vrai » — est donc entièrement fondé, et l'écart qui reste est de ceux qu'une mesure ancienne du poids de l'air pouvait laisser.57

Archimède, et les pesanteurs spécifiques

Le traité cite ensuite, comme « fondement de tout mon discours », une proposition d'Archimède sur les corps qui flottent :

« Le cose piu grauj poste nell'humido discendono tanto che vanno al fundo e sj fanno tanto piu leggieri nell'humido, quanto é il peso dell'humido che habbia tanta grandizza quanta é la grandezza dj dette cose. »58

L'énoncé est exact : un corps plus dense que le fluide coule, et son poids y est diminué du poids du fluide qu'il déplace. C'est ce que nous appelons la poussée d'Archimède, et le traité la tient dans la forme juste, celle du poids du fluide de volume égal.59

Viennent alors cinq nombres, les pesanteurs spécifiques rapportées à l'eau : « l'or tient proportion à l'eau comme 20 à l'unité, le mercure comme \(13\tfrac12\), le plomb comme 11, l'argent comme 10 et le cuivre comme 9 ». Voici ce que valent ces cinq nombres aujourd'hui, à la température ordinaire : or \(19{,}3\) ; mercure \(13{,}5\) ; plomb \(11{,}3\) ; argent \(10{,}5\) ; cuivre \(9{,}0\). L'ordre est juste, et les cinq valeurs sont exactes à cinq pour cent près, le mercure et le cuivre à moins d'un pour cent. C'est un bon tableau, et il faut le dire.60

Sur quoi le traité tire une conséquence qui demande une correction. Il écrit que ces métaux arriveront au fond dans cet ordre, l'or le premier et le cuivre le dernier, « et cela selon leur pesanteur », et qu'ils feront de même dans l'air, mais plus vite, l'air ayant moins de pesanteur que l'eau. Ce qui est vrai est ceci : dans un fluide résistant, la vitesse limite d'un corps croît avec l'écart entre sa densité et celle du fluide, mais elle dépend aussi de sa taille et de sa forme ; l'ordre annoncé ne vaut donc que pour des corps de même grandeur et de même figure, condition que le feuillet ne pose pas. Et dans le vide, tous les corps tombent de la même manière, ce que le cadre du traité ne peut pas atteindre, puisqu'il rattache la vitesse de chute à la seule pesanteur spécifique.61

La flottaison dans l'air, et le corps plus léger que l'air

Le traité arrive alors à son argument central, et il est bien conduit. Si l'on trouvait une matière qui fût à l'eau comme 1 à 400, elle serait « en pesanteur égale à l'air, c'est-à-dire qu'elle ne monterait pas dans l'air et n'y descendrait pas non plus, à moins d'y être poussée violemment en haut ou en bas ». Et si l'on en trouvait une qui fût comme 1 à 500, « celle-là, d'elle-même et sans aucune violence, monterait dans l'air jusqu'à la sphère du feu, où elle s'arrêterait ». Alors, conclut-il, « nous pourrions très facilement former un instrument et voler avec lui comme font les oiseaux ».

Le raisonnement est juste et la conclusion est fausse, pour deux raisons distinctes qu'il faut séparer.

La première est le nombre. La flottaison neutre a lieu quand la densité moyenne du corps égale celle du fluide : cela, le traité l'a exactement. Mais la densité de l'air ne vaut pas le quatre-centième de celle de l'eau, elle vaut environ le huit-centième. Une matière au quatre-centième est donc deux fois plus lourde que l'air et tombe. C'est le chiffre emprunté qui fait tomber la conclusion, non le raisonnement : avec la bonne valeur, il faudrait une matière deux fois plus légère encore que celle que le traité réclame.62

La seconde est la « sphère du feu ». Il n'y en a pas. Un corps moins dense que l'air monte, mais il ne monte pas indéfiniment ni jusqu'à une région assignée du monde : la densité de l'air décroît avec l'altitude, et le corps s'arrête là où la densité de l'air environnant est descendue jusqu'à la sienne. Il y a bien une altitude d'arrêt, ce que le traité pressent en écrivant « où elle s'arrêterait », et elle est déterminée par la décroissance de la densité, non par la limite d'un élément.63

L'auteur ne s'arrête d'ailleurs pas à cette voie : il constate aussitôt qu'aucune telle matière n'est à notre portée, et que les oiseaux n'en ont pas non plus. Il observe que les plumes, « très légères » soient-elles, tombent quand on les laisse aller d'en haut, même les plus menues ; et que si l'on jetait un oiseau d'une hauteur les ailes ouvertes mais liées, il ne se maintiendrait pas en l'air et tomberait avec une percussion notable, « parce que son soutènement ne provient d'autre chose que de la percussion des ailes dans l'air ». C'est là le pivot du traité, et l'observation est juste : la portance d'une aile battante n'est pas une flottaison, c'est une force de réaction exercée par l'air.

La percussion

35–36L'auteur ouvre une digression sur la percussion, « qui est à mon avis l'une des plus grandes choses qui soient dans toute la mécanique », et il donne la raison de l'admirer :

« vediamo superare la forza dj 1000 e 2000 libre dj resistenza con vn martello che pesj solo x o xii libre. »64

L'observation est juste et même modeste. Ce qu'un marteau transmet n'est pas son poids mais sa quantité de mouvement, et la force moyenne du choc est cette quantité divisée par la durée du contact, laquelle est très brève : c'est ce que nous appelons l'impulsion, \[ F\,\Delta t = m\,\Delta v. \] Un marteau de cinq kilogrammes arrivant à dix mètres par seconde et arrêté en un millième de seconde exerce une force moyenne de cinquante mille newtons, soit plus de cinq tonnes-force, c'est-à-dire beaucoup plus que les deux mille livres du feuillet.65

Il divise ensuite la percussion en trois espèces, et la division est bonne :

Et il en donne la loi, sur un exemple qui est exactement le bon :

« se il moto del vento sara eguale al moto della percossa, questa sera di niun valore e sara à guisa dj doj caualljerj che vno carichj l'altro con la lancia, che se la velocita dell'vno sara eguale a quella dell'altro, il percuttore non potra maj ferire quello il fuggitiuo benche hauesse la punta della lancia adosso il corpo dell'jnimico. »66

C'est juste, et c'est plus juste que l'auteur ne peut le dire. L'impulsion échangée dans un choc ne dépend que de la vitesse relative des deux corps ; si cette vitesse relative est nulle, il n'y a pas de choc, quelle que soit la vitesse commune. Et la vitesse relative est la même dans tous les repères en translation uniforme, ce qui est la raison de fond pour laquelle la division en trois espèces est une division de la vitesse relative et non de trois phénomènes différents : une même percussion est ferme, rencontrée ou fuie selon ce que fait le corps frappé.67

Suivent les percussions sur les corps rares, l'eau et l'air, avec quatre observations qu'il vaut de reprendre une à une.

Sur ce dernier point il faut une correction, et elle porte sur la cause, non sur le fait. Le fait est exact : le roseau fléchit en arrière et peut rompre, et la charge transversale du mouvement excède largement celle de son propre poids, comme le montre la comparaison des deux situations — cette conclusion du feuillet est bonne. Mais la cause principale n'est pas la résistance de l'air : c'est l'inertie du roseau lui-même. Sa masse est répartie sur toute sa longueur, et chaque élément doit être accéléré ; la pointe, la plus éloignée de la main, demande la plus grande accélération et reste en arrière parce qu'il faut une force pour l'y porter. La résistance de l'air s'y ajoute et n'y suffit pas ; pour un mouvement rapide, l'inertie domine.69

Le levier : on ne gagne pas ensemble la force et le temps

36–36Le traité passe alors à ce qu'il appelle « l'antipathie » du mouvement et de la force, et il la démontre sur un levier. C'est la page la plus soignée du traité, et son argument est juste.

« È impossibile come mecanicamente sj proua in vn jstesso tempo auanzar tempo e forza, perche quanta maggior forza sj acquista all'incontra altretanto tempo sj perde. »70

La figure est un levier horizontal \(AB\) appuyé en \(C\), le point d'appui étant au quart de la longueur du côté de \(A\) ; sous \(A\) pend un petit cercle contenant le chiffre 4, sous \(B\) un cercle contenant le chiffre 1 ; une droite oblique descend de \(D\), au-dessus de \(A\), traverse le levier en \(C\) et va jusqu'à \(E\), au-dessous de \(B\) ; deux arcs pointillés joignent \(A\) à \(D\) et \(B\) à \(E\). Le raisonnement du texte est : une livre de poids ou de force placée en \(B\) soulèvera ou équilibrera quatre livres placées en \(A\), parce que la distance \(CB\) est quadruple de \(CA\) ; mais « à la force placée en \(B\) il faudra quatre fois plus de temps pour soulever le poids placé en \(A\) », puisque, pour pousser \(A\) jusqu'en \(D\), il faut que \(B\) s'abaisse jusqu'en \(E\), et que l'arc \(BE\) est quadruple de l'arc \(AD\).

Tout cela est exact. Écrivons-le. L'équilibre du levier donne \[ F_A \cdot CA = F_B \cdot CB, \qquad \text{d'où} \quad F_B = \tfrac14 F_A \ \text{si} \ CB = 4\,CA, \] et la rigidité du levier donne, pour les déplacements des deux extrémités, \[ \frac{\delta_A}{CA} = \frac{\delta_B}{CB}, \qquad \text{d'où} \quad \delta_B = 4\,\delta_A. \] En multipliant, \(F_B\,\delta_B = F_A\,\delta_A\) : la quantité conservée est le produit de la force par le déplacement, c'est-à-dire le travail. Ce qu'on ne peut pas gagner ensemble, c'est la force et le déplacement ; et c'est le principe que nous appelons aujourd'hui principe des travaux virtuels.71

Car il y a, dans la lettre du feuillet, une confusion qu'il faut lever : il dit « temps » là où sa figure montre des chemins. Sur un levier rigide, les deux extrémités se meuvent en même temps : ce qui est quadruple n'est pas la durée, c'est l'arc parcouru, et donc la vitesse. L'énoncé du feuillet redevient vrai dès qu'on lui fournit l'hypothèse qu'il n'écrit pas — que la main qui agit en \(B\) se meut à une vitesse donnée : alors, pour élever \(A\) d'une hauteur donnée, il faut bien quatre fois plus de temps, puisqu'il faut parcourir quatre fois plus de chemin à vitesse égale. Mais l'hypothèse n'est pas posée, et la figure ne montre qu'un rapport d'arcs.72

De là le traité tire une conséquence sur Archimède, et le raisonnement est bon. Il lit dans la vie de Marcellus par Plutarque qu'Archimède faisait des machines qui, descendues des murs, saisissaient les galères romaines dans le port de Syracuse et « avec grande promptitude les élevaient en haut », puis les laissaient retomber dans l'eau pour les submerger, en sorte que les Romains l'appelaient « Briareo geometra ». « Ce qui, si c'est vrai, veut dire qu'Archimède avait trouvé le moyen de multiplier la force et le temps ensemble, chose qui non seulement ne se sait pas aujourd'hui, mais est même tenue pour impossible. » Il ajoute que l'autre épreuve rapportée du même Archimède, avoir tiré seul à terre une très grosse caraque que beaucoup d'hommes n'avaient pu remuer, ne lui paraît nullement impossible, « sachant très bien que la force peut se multiplier à l'infini ».

Les deux jugements sont justes. Aucune machine ne multiplie à la fois la force et la vitesse : si les grues d'Archimède multipliaient énormément la force, elles ne pouvaient pas soulever vite, et l'un des deux termes du récit est exagéré. Et la force, en revanche, se multiplie sans limite de principe par un rapport de bras suffisant — la limite étant pratique, la vitesse décroissant dans la même proportion, et les frottements et la résistance des pièces intervenant. Le traité a exactement ce qu'il faut pour trancher, et il tranche.73

Ce que la machine pouvait faire

36–37Le traité tire de son propre principe la limite de sa machine, et il le fait honnêtement :

« l'istromento da me jnuentato (a mio parere) non sj potra far maggiore che possj portare o tenir dentro piu dj doj huominj per che non solo per mouere le alj vuole gran forza ma ancora vi vuole gran prestezza, le qualj doj cose come ho mostrato fra dj loro hanno grandissima antipatia. »74

Il ajoute avoir « pour ainsi dire trompé la nature » en se servant d'une multiplicité de mouvements contraires l'un à l'autre, « lesquels ne sont pas de peu de secours à soulever, ce qu'ils ne feraient pas s'ils étaient simples ». Et il décrit sa machine : faite en forme de dragon, elle peut tenir jusqu'à deux hommes, dont il suffit qu'un seul travaille tandis que l'autre se repose ; elle peut cheminer de nuit avec l'aide de la boussole, portant de quoi manger et boire pour quelques jours ; et — c'est sur cette phrase que le traité s'achève — elle est faite de telle manière que si l'une des ailes venait à se rompre, elle ne pourrait pour autant précipiter, mais tomberait doucement, en sorte que ceux qui sont dedans « souffriraient très peu de lésion ».

Il faut dire ce qu'il en est, et le dire sans mépris, parce que le raisonnement qui mène là est de bonne qualité.

L'échelle : pourquoi les ailes de Sagredo ne pouvaient pas marcher

Le procédé prêté à Sagredo — mesurer sur un faucon la proportion des plumes au corps, en poids et en mesure, et se faire des ailes dans la même proportion — ne peut pas réussir, et la raison en est géométrique. Quand on agrandit un animal en gardant ses proportions, sa surface croît comme le carré de sa dimension linéaire et sa masse comme le cube : la charge par unité de surface d'aile croît donc comme la dimension. Un faucon pèse un peu plus d'un demi-kilogramme, un homme soixante-dix : le rapport des masses est de l'ordre de cent vingt, celui des dimensions de l'ordre de cinq, et la charge alaire est multipliée par cinq. Comme la vitesse nécessaire pour soutenir cette charge croît comme sa racine carrée et la puissance comme le produit du poids par cette vitesse, la puissance demandée est multipliée par plusieurs centaines, alors que la force des muscles ne croît, au mieux, que comme leur masse, c'est-à-dire par cent vingt. La proportion, qui était le principe même de la méthode, est précisément ce qui ne se conserve pas.75

La puissance : ce que les nombres du feuillet permettent d'établir

La machine ne pouvait pas voler, et on peut le montrer avec les nombres que le feuillet lui-même fournit. Soutenir un poids en battant l'air, c'est communiquer continuellement à l'air une quantité de mouvement vers le bas ; si \(W\) est le poids, \(\rho\) la masse par unité de volume de l'air et \(S\) la surface balayée par les ailes, la vitesse qu'il faut donner à l'air est \[ v = \sqrt{\frac{W}{2\rho S}}, \] et la puissance à fournir est \(P = W v\). Pour deux hommes et leur machine, soit un poids de l'ordre de mille cinq cents newtons, et une surface balayée généreusement estimée à vingt mètres carrés, on trouve \(v \approx 5{,}6\) mètres par seconde et \(P \approx 8\,400\) watts. Un homme entraîné fournit de façon soutenue deux à trois cents watts. Le déficit est d'un facteur de l'ordre de trente.

Et le feuillet ne peut pas s'en tirer par son propre chiffre sur l'air. Avec la densité qu'il lui donne — le quatre-centième de l'eau, soit deux et demi kilogrammes par mètre cube au lieu d'un et deux dixièmes —, l'air est plus dense, donc plus facile à frapper, et la puissance requise tombe à environ six mille watts : encore vingt fois trop. Le calcul est le même quel que soit celui des deux chiffres qu'on retienne.76

Le fait remarquable est que l'auteur avait entre les mains le principe qui condamne sa machine, et qu'il s'en est servi pour en limiter la taille sans aller jusqu'à la conclusion. Son propre théorème — on ne gagne pas ensemble la force et la vitesse — dit que le mouvement des ailes demande à la fois de la force et de la promptitude, et que ces deux exigences se combattent. Il en tire : donc pas plus de deux hommes. Ce qu'il fallait en tirer : donc pas même un. Ce qui lui manquait pour faire le pas n'était pas la mécanique, c'était la mesure du poids de l'air et l'idée de compter une puissance.

Les deux dernières promesses

Deux affirmations de la fin ne sont pas soutenues par le feuillet et il faut le dire. La première est que si une aile se rompt, la machine ne précipite pas mais descend doucement : rien dans le texte ni dans les figures ne montre comment, et une machine dissymétrique par la perte d'une aile n'a aucune raison de descendre droit. La seule pièce qui pourrait le faire est la « couuerture mobile » E de la légende française, dont la légende dit précisément qu'elle « soustient assez pour l'empescher de precipiter » ; mais la légende et le traité sont de deux mains, et ni l'un ni l'autre ne les rapproche. La seconde est que ceux qui sont dedans souffriraient très peu de lésion : c'est une promesse, non une conséquence.

Il faut être juste avec ce texte. Son auteur ne promet pas un prodige : il raisonne, il chiffre ce qu'il peut chiffrer, il emprunte le meilleur chiffre qu'il connaisse sur le poids de l'air, il cite Archimède dans la forme juste, il isole la bonne quantité dans un choc, il démontre correctement la loi du levier et il s'en sert contre lui-même pour brider son propre projet. C'est le travail d'un mécanicien, et il est faux par les endroits où, sur ce sujet, on pouvait alors se tromper : le poids de l'air, et l'absence de toute notion de puissance.

Ce que ces feuillets ne disent pas

2–38Il faut finir par les négations, parce que le titre du catalogue mène droit à quatre erreurs et qu'un lecteur qui arrive par lui doit être averti.

Il n'y a aucune lettre dans ce volume. Le titre annonce « des opuscules et des lettres de P. de Roberval, Huggens, Torricelli, Firmat et Fr. Herman Flayder » : la correspondance de Roberval, de Huygens, de Torricelli et de Fermat n'est dans aucun des deux lots, ni en original, ni en copie, ni par extrait. De Flayder, il n'y a pas d'opuscule non plus : il y a une page de titre recopiée à la main.

Le traité d'algèbre n'est attribué à personne ici. Il est anonyme sur le feuillet : ni nom d'auteur, ni souscription, ni dédicace. Roberval y paraît deux fois sous la forme « D. Rob. », aux vues 9 R et 10 R, comme l'auteur de trois lemmes que le traité déclare emprunter, avec une note marginale en français qui renvoie à « son traité de mechanique des plans inclinez ». C'est une citation. Attribuer à un auteur un texte parce qu'il y est cité serait retourner la preuve, et cette lecture ne le fait pas — pas plus qu'elle n'attribue le traité à Viète, dont il écrit la notation, ou à quiconque d'autre. Le catalogue range le volume sous le nom de Roberval ; les feuillets ne le disent pas.

Le traité italien n'est attribué à personne non plus. Son auteur nomme Sagredo et Galilée, il parle abondamment de lui-même — ses premières années, ses essais vains, les dix ans écoulés depuis sa trouvaille, sa machine — et il ne se nomme jamais. Aucun feuillet du dossier ne le nomme. Cette lecture ne le nomme pas.

Aucun feuillet ne porte de date. La seule date du volume, 1627, est à l'intérieur de la page de titre recopiée, et c'est celle du livre imprimé, non celle de la copie. Le champ de datation du catalogue est vide et cette lecture le laisse vide. Deux inférences sont possibles à partir du contenu, et elles sont signalées comme inférences là où elles sont faites : le feuillet qui copie le titre de Flayder est postérieur à 1627, et le traité italien est postérieur à l'estimation du poids de l'air qu'il cite. Rien d'autre. Le traité d'algèbre ne donne, pour tout repère, que son emprunt à Roberval et la notation de l'école de Viète, et cette lecture n'en tire aucune année.

Enfin, il n'y a pas un texte, mais deux dossiers. La tentation, devant un volume relié, est de chercher ce qui tient ses pièces ensemble : une même main, un même projet, un fil. Il n'y en a pas ici. Un traité d'algèbre sur la composition des équations et un dossier sur l'art de voler ont été cousus dans la même reliure, avec une lacune de feuillets blancs entre eux, et rien dans l'un ne fait signe vers l'autre. On peut relever, et cette lecture l'a fait, que les deux dossiers partagent une façon de raisonner — l'énumération exhaustive des cas dans le premier, la division de la percussion en trois espèces dans le second — et qu'ils citent l'un et l'autre un mathématicien contemporain pour un lemme de mécanique. C'est une ressemblance d'époque, non un lien. Prétendre autre chose serait ajouter au volume ce que le relieur seul y a mis.

Notes

  1. C'est une description de l'écriture faite par la transcription, non une datation du texte : aucun feuillet ne porte de date, et cette lecture n'en infère aucune. Voir la dernière section.
  2. Sur le compte des mains : les transcriptions distinguent la main du traité d'algèbre, puis, dans le dossier du vol, celle qui a recopié la page de titre de Flayder (« une cursive fine et régulière, différente de celle du traité des équations »), celle des notes latines (« différente de celle du traité des équations comme de la belle ronde qui a copié la page de titre »), celle de la légende française (« une troisième main, française, plus ronde, plus grande ») et celle du traité italien (« une quatrième main »). La main des deux mots « Ars Volandi » de la vue 26 R est dite seulement différente de celle du traité ; savoir si elle est ou non celle de la page de titre recopiée n'est pas tranché par les transcriptions, et ne l'est pas ici. Le compte de six mains retenu dans cette lecture suppose qu'elle en est une ; cinq est un minimum certain.
  3. Les autres chiffres des feuillets, tous relevés dans les notes des transcriptions, sont : le « 171 » du feuillet de titre, rogné par le couteau du relieur et d'une autre main ; les anciennes cotes « Suppl.t lat. 218. A. » sur la garde et « Suppl.t Lat. no 218. » à la vue 3 ; un « 26 » au dos du feuillet de titre ; une série de petits chiffres courants de 1 à 29 dans la marge du traité, d'une seconde plume plus fine, et une seconde série de la même sorte, « 29b » à 37, dans les marges des vues 21 à 23 ; les numéros de proposition ; et, aux vues 19 et 20, un « 33 » qui est la pagination d'un feuillet postérieur, vue par avance sur le bord saillant.
  4. « Ce traité est dit de la reconnaissance des équations parce qu'on y cherche les moyens par lesquels les diverses constitutions des équations se distinguent, ou par lesquels elles se développent. » Les citations latines sont données ici dans l'orthographe et avec les abréviations développées ; le feuillet écrit « dr » pour « dicitur », « recognitiōe » pour « recognitione », « modj » pour « modi ». La transcription conserve toutes ces formes telles quelles.
  5. « Car une équation contient en elle toutes les racines dont elle a été composée, et c'est donc de toutes celles-là qu'elle est explicable. » En termes modernes : si \(P(A) = (A - B_1)\cdots(A - B_n)\), alors \(B_1, \dots, B_n\) sont racines de \(P\), et ce sont les seules. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le théorème du facteur et sa réciproque ; le nom est postérieur au feuillet, et la proposition y est prise comme évidente, non démontrée.
  6. « Qua in re veteres analystæ densis offusi tenebris plane cæcutiebant, vix enim unicum poterant latus exhibere, atque inde etiam patet huius methodi elegantia, quæ in eo, ut diximus, est præcipua ut omnia omnino latera ex quibus quævis æquatio composita fuerit exhibeat. » Le feuillet ne nomme aucun de ces anciens et cette lecture n'en nomme pas davantage. L'ambition annoncée — toutes les racines, non la seule racine positive — est celle-là même que le traité ne tiendra pas jusqu'au bout, puisqu'il laisse hors du compte les racines complexes.
  7. « quæ facilius percipientur in tractatu de locis » (vue 4 L) et « quia facile haberi possunt vel ex iis quæ diximus, vel ex tractatu peculiari de generibus, ideo, de iis plura non dicemus » (vue 23 R, dernière phrase). Ces deux renvois montrent que le traité faisait partie d'un ensemble plus large ; rien dans le volume ne dit lequel, et cette lecture n'en conclut rien.
  8. Les deux transcriptions ont choisi indépendamment de rendre ce signe par \textbackslash parallel et de ne pas le moderniser, au motif que le tracé du feuillet est celui de deux simples hampes verticales et que rien sur la page n'autorise un « \(=\) ». Ainsi la première équation du traité, à la vue 4 L, s'y lit « \(4 - 1\,\mathrm{R} \parallel 0\) » et se lit ici \(4 - R = 0\). Le même signe sert une fois de signe de proportion, dans la vérification chiffrée du lemme de la vue 9 R.
  9. « æquatio […] in hac methodo sic est constituenda, ut quantitas ignota sit ex eadem parte cum cognita, et utraque pars æquationis sic in unum redacta æquetur nihilo […] Et tunc affirmata æqualia erunt negatis » (vue 4 L). L'usage qui en est fait est à la vue 23 R, sur l'équation numérique du dernier chapitre.
  10. Cette phrase est réellement sur le feuillet, à la vue 9 R ; on verra plus bas ce qu'elle veut dire et pourquoi elle est correcte une fois l'ellipse levée.
  11. « \(100 - 105\,a + 7\,q - 3\,c + 1\,qq \parallel 0\) » (vue 23 R), soit \(A^4 - 3A^3 + 7A^2 - 105A + 100 = 0\). C'est la seule équation entièrement numérique du traité.
  12. Vue 4 L. Le raisonnement est exactement celui qui justifie, aujourd'hui, de travailler sur une droite orientée : la partie « au-dessous » est un déplacement de signe contraire. Ce que le feuillet n'a pas, c'est le nombre négatif lui-même comme objet ; il a la racine négative comme situation, décrite par un jeu de signes.
  13. Vue 3 R. En termes modernes : si toutes les racines d'une équation sont complexes non réelles, le problème géométrique dont elle est issue n'a pas de solution. La proposition est vraie. Le mot « fictitia » est traduit ici par « complexe » plutôt que par « imaginaire », parce que le traité ne leur donne jamais de forme et ne calcule jamais avec eux ; il ne les connaît que par l'échec de la réduction.
  14. « latus quod eiusmodi naturam sortitus est, efficere ut omnia quæ sub ipso affecta sunt, sint etiam infra » (vue 4 L, premier point noté), et « productum quod oritur notari quidem signo \(-\), et fieri positivum infra, sed per æquivalentiam (ut sic loquar) ita esse accipiendum ac si esset supra » (même page). En notation moderne les deux règles se réduisent à une seule, \((-1)\times(-1) = +1\), et il n'y a plus de tension ; le feuillet, qui tient deux comptabilités distinctes — celle des signes écrits et celle du « dessus » et du « dessous » —, en a deux à accorder.
  15. « Dans toutes les équations alternativement affirmées et niées du début jusqu'à la fin, le coefficient du degré le plus élevé sous la puissance est la somme des côtés, le coefficient du degré immédiatement suivant la somme des rectangles ou plans sous ces mêmes côtés, quels que soient les côtés vrais qui ont été multipliés ; semblablement le coefficient du degré immédiatement inférieur est la somme de tous les solides sous ces mêmes côtés, et ainsi à l'infini. » Vue 9 L.
  16. Les deux noms sont postérieurs au feuillet et ne sont attachés ici qu'à cause de la coïncidence exacte des énoncés : « somme des côtés » est \(e_1\), « somme des rectangles sous les mêmes côtés, pris deux à deux » est \(e_2\), « somme de tous les solides » est \(e_3\). Le feuillet dit « rectangles ou plans » et « solides » là où nous disons produits, parce que l'homogénéité lui impose de nommer la dimension. Il faut ajouter deux réserves. La première est que le traité vérifie la règle degré par degré, en développant les produits, jusqu'au degré quatre, et qu'il l'affirme au-delà (« et sic in infinitum ») sans la démontrer : il n'a ni récurrence, ni notation pour un degré indéterminé. La seconde est plus lourde et fait l'objet du reste de cette section.
  17. « Car \(x\), comme on le voit par son origine, n'est pas la somme des côtés, ni \(z\,\mathrm{pl.}\) l'agrégat des rectangles, etc. ; et par conséquent cette constitution est une exception à la règle générale. » Vue 9 L.
  18. Ce calcul est celui de cette lecture ; le feuillet le nie en propres termes. C'est le seul endroit de tout le volume où l'on puisse montrer, sur l'exemple même du feuillet, ce que coûte la doctrine et ce qu'elle gagnerait à admettre les racines complexes. On verra à la dernière section du traité que l'auteur en fournit lui-même une seconde démonstration, chiffrée, et tout aussi concluante contre lui.
  19. « \(z\,\mathrm{pl.}\) ne doit pas être plus grand que le quart du carré de \(x\), car \(x\) étant la somme des côtés, le rectangle ne peut être plus grand que si les deux côtés sont égaux entre eux. » Vue 5 L. Le mot rendu par « quadrante », le quart, est donné comme lecture incertaine par la transcription ; les mathématiques le confirment sans réserve, la borne étant \(x^2/4\) et non une autre, et la phrase qui suit calculant explicitement « la quatrième partie du carré de \(x\) ».
  20. Le nom est postérieur au feuillet ; l'énoncé coïncide sans réserve, et la démonstration du feuillet est correcte : elle consiste à voir que le produit de deux nombres de somme donnée est maximal quand ils sont égaux, ce que nous démontrons aujourd'hui par \(BC = \tfrac14\bigl((B+C)^2 - (B-C)^2\bigr)\). On retiendra que la borne est atteinte, et atteinte précisément au cas de la racine double : la limitation et la détermination majeure se rencontrent en un même point, ce que le feuillet ne dit pas mais que ses deux énoncés impliquent.
  21. « Dans laquelle équation il est évident qu'il y a un unique côté positif au-dessous, égal en puissance à \(z\,\mathrm{pl.}\) ; car par transposition on aura \(z\,\mathrm{pl.} = -A^2\). » Vue 5 L. « Égal en puissance à » veut dire : dont le carré est.
  22. La traduction est de cette lecture et va au-delà de ce que le feuillet dit ; elle est proposée parce qu'elle rend cohérent tout l'usage que le traité fait de cette quantité, et parce qu'elle est mathématiquement exacte là où la lettre du feuillet ne l'est pas. Il faut ajouter que le feuillet se contredit sur ce point : son dernier chapitre pose comme critère qu'une quadratique \(D\,\mathrm{pl.} + FA + A^2 = 0\) a ses côtés feints dès que \(D\,\mathrm{pl.} > \tfrac14 F^2\) ; appliqué à \(z\,\mathrm{pl.} + A^2 = 0\), où \(F = 0\), ce critère donne aussitôt \(z > 0\), donc des côtés feints — et non l'unique côté au-dessous que le chapitre 4 lui attribue. Les deux passages ne peuvent pas être vrais ensemble, et c'est le dernier chapitre qui a raison.
  23. L'énoncé et sa démonstration sont très postérieurs au feuillet. Ce que le feuillet a, et qui est réel, c'est l'affirmation qu'une équation contient toutes les racines dont elle a été composée, et l'inventaire complet, aux degrés deux, trois et quatre, des manières de la composer avec des racines réelles.
  24. Le feuillet les écrit sous la forme \(T\,\mathrm{Sol.} + xA^2 + A^3 = 0\) et le reste, tous les termes au même membre. Les six formes sont exactement les cubiques réelles ayant une seule racine réelle et une paire complexe conjuguée, écrites selon le signe de cette racine et selon celui des coefficients qui ne s'annulent pas. Le feuillet ne dit pas que les deux autres racines sont feintes : il se borne à ne compter qu'un côté. La lecture le dit, parce que c'est ce qui est vrai.
  25. Vue 6 R. La transcription laisse la ligne telle quelle et le signale ; la marge donne la forme juste.
  26. Le feuillet dit « quorum omnium si sumatur sexta pars et productum applicetur ad \(x\) » — « si de tout cela on prend la sixième partie et qu'on applique le produit à \(x\) ». L'opération réellement faite est une multiplication par six suivie d'une division par \(x\) ; « prendre la sixième partie » est une ellipse pour « faire que le coefficient \(\tfrac16\) devienne l'unité ». Le résultat écrit est juste.
  27. Vérification de cette lecture, sur les racines \(2, 2, 5\) : \(x = 9\), \(z = 24\), \(T = 20\), d'où \((xz - 9T)/2(x^2-3z) = (216-180)/2(81-72) = 36/18 = 2\). Et sur \(3, 3, 1\) : \(x = 7\), \(z = 15\), \(T = 9\), d'où \((105-81)/2(49-45) = 24/8 = 3\). Les deux formes, celle du feuillet et celle-ci, sont identiques et non seulement équivalentes.
  28. Le nom d'algorithme d'Euclide appliqué à \(P\) et \(P'\), et la notion de dérivée, sont postérieurs au feuillet, qui n'a ni l'un ni l'autre : il obtient ses deux équations de départ non par dérivation mais en traduisant la condition \(B = C\) dans les fonctions symétriques. La coïncidence est néanmoins complète, et elle porte aussi sur la généralité : le traité affirme que « dans toutes les constitutions, cubiques, quarto-quadratiques ou de degré plus élevé, le côté égal se découvrira par le même artifice, sinon qu'il faudra établir plusieurs équations pour parvenir enfin à la dernière où l'on aura \(A\) unique ». Cette affirmation est vraie, et c'est la description exacte de ce que fait l'algorithme sur un polynôme de degré quelconque.
  29. « Dans ce cas la question sera possible si \(z\,\mathrm{pl.}\) n'est pas plus grand que la troisième partie du carré de \(x\), et semblablement si \(T\) n'est pas plus grand que la troisième partie du cube du même \(x\) ; car si une ligne est divisée en trois parties, le plus grand solide contenu sous ces trois portions sera lorsque lesdites trois parties seront égales entre elles. » Vue 8 L. Le feuillet écrit ici « \(T\,\mathrm{pl.}\) », un plan, là où il s'agit du solide \(T\,\mathrm{Sol.}\) : le mot de dimension est fautif, et la loi d'homogénéité suffit à le voir.
  30. Départ de cette lecture par rapport au feuillet : la borne énoncée est \(x^3/3\), la borne vraie est \(x^3/27\), et la démonstration du feuillet donne la seconde. L'erreur est sans conséquence sur la suite, parce que le traité ne se sert jamais de cette borne pour calculer : il s'en sert pour dire qu'il y a une borne.
  31. Calcul et contre-exemple de cette lecture. Le critère exact est le signe du discriminant : pour \(A^3 - xA^2 + zA - T\), \[ \Delta = 18xzT - 4x^3T + x^2z^2 - 4z^3 - 27T^2, \] et les trois racines sont réelles et distinctes si et seulement si \(\Delta > 0\), deux d'entre elles complexes conjuguées si \(\Delta < 0\), et il y a une racine multiple si \(\Delta = 0\). Sur l'exemple : \(\Delta = -400\). Sur les racines \(1, 2, 3\) (\(x=6\), \(z=11\), \(T=6\)) : \(\Delta = 4\), qui est bien \(\prod_{i<j}(B_i - B_j)^2\). Le mot et la quantité sont postérieurs au feuillet ; on verra à la section suivante que les limitations que le traité obtient pour les autres chapitres sont, elles, exactement des conditions de discriminant, et qu'il les obtient justes.
  32. Le premier cas est à lire avec attention : les trois côtés sont alors égaux en valeur absolue, mais l'un est au-dessous, en sorte que \(x\) n'est plus la somme des trois mais leur différence, et \(T = x^3\), \(z = x^2\) s'entendent de cette différence. Le feuillet dit « \(T\,\mathrm{Sol.}\) æquabitur \(x^3\) sicut et \(z\,\mathrm{pl.}\) quadrato ipsius \(x\) », sans plus, et cette lecture ne lui prête pas davantage.
  33. Vue 11 R. Le texte porte « similique ratione demonstrabitur etiam rectam \(AB\) maiorem esse ipsâ \(D\) », la marge « minorem ». Par symétrie de \(B\) et \(C\) dans l'hypothèse \(BC > (B+C)D\), la conclusion est la même pour l'un que pour l'autre : les deux sont plus grands que \(D\). C'est l'un des deux seuls endroits du volume où l'annotateur se prononce sur la substance, et il se trompe.
  34. Le traité est anonyme sur le feuillet ; aucune souscription, aucun nom d'auteur, aucune date. Le catalogue range le volume sous le nom de Roberval ; les feuillets ne le disent pas. Sur la note marginale : le chiffre « 13 » qui la précède appartient à la série des petits chiffres courants de la seconde plume et n'est pas un renvoi de page.
  35. Vue 9 R. La lecture de l'ellipse est donc donnée par le feuillet lui-même, et n'est pas une conjecture. Le mot « potens » — « peut » — est le terme technique de l'école pour « dont le carré égale » ; il vient du grec \(\delta\acute{\upsilon}\nu\alpha\tau\alpha\iota\) des Éléments.
  36. Coïncidence exacte, et le nom de discriminant est postérieur au feuillet. C'est la meilleure observation mathématique de tout le dossier : chaque « limitation » que le traité tire de ces lemmes est, en langage moderne, la condition \(\Delta \ge 0\) pour la cubique correspondante, obtenue en cherchant le maximum de la fonction dont la limitation exprime que \(T\) ne le dépasse pas. Le procédé est général et il est correct.
  37. Une lettre de la démonstration est à corriger, et les mathématiques du feuillet suffisent à le faire : la phrase « sit primo recta \(CD\) æqualis quartæ parti rectæ \(AE\) » demande \(AC\) et non \(AE\), comme le montre la suite immédiate de la phrase, « igitur et \(AF\) est quarta pars quadrati rectæ \(AC\) », et comme le demande la construction, \(AE\) n'étant défini que deux lignes plus loin. La transcription donne d'ailleurs « \(AE\) » comme lecture incertaine. Cette lecture écrit \(AC\).
  38. Vue 12 R. Le feuillet dit « rectangulum sub \(F\) et summâ dictorum trium laterum maius erit quadrato eorundem, quod quidem quadratum patet esse maius tribus rectangulis negatis » ; c'est bien l'inégalité \((B+C+D)^2 > BC+BD+CD\), qui tient parce que le carré contient en plus \(B^2 + C^2 + D^2\) et un second exemplaire de chaque rectangle.
  39. Calcul et exemple de cette lecture. La borne supérieure se voit en écrivant \(qs/pt = s^2/p - s/t\), qui croît quand \(p\) décroît et reste inférieur à \(4\) puisque \(p \le s^2/4\) ; la borne inférieure est atteinte à la limite \(t = (2+\sqrt3)s\), \(p = s^2/4\), \(q = t^2/4\), seule configuration où les deux contraintes \(p \le s^2/4\) et \(q \le t^2/4\) soient compatibles avec \(p + q = st\). Il faut ajouter que le mot « septuplo » est donné par la transcription comme lecture incertaine : l'écart peut donc être de la transcription et non de l'auteur. Ce qui est sûr, c'est qu'aucun multiple de 7 n'est possible, et qu'un multiple compris entre \(2+\sqrt3\) et \(4\) l'est. La phrase est du reste une remarque incidente, annoncée comme facile et jamais démontrée ; le raisonnement principal ne s'appuie pas sur elle.
  40. « Comment connaîtra-t-on si cette équation est du cinquième chapitre ou du troisième. » Vue 15. L'équation écrite est celle qui est commune au premier chapitre des cubiques — trois racines positives — et à la première proposition du cinquième — une quadratique sans racine réelle multipliée par une latérale ; le béquet nomme le troisième chapitre là où les signes désignent le premier, et cette lecture ne corrige pas la référence, faute de savoir si le chiffre est du feuillet ou de la main qui l'a écrit.
  41. Départ de cette lecture. Le feuillet dit « sunt duo latera infrà quorum quadrata simul sumpta exhibent \(z\,\mathrm{pl.}\) » ; les deux quantités \(\sqrt G\) et \(\sqrt H\) dont les carrés donnent \(z\) existent bien et sont les modules des deux paires conjuguées, mais ce ne sont pas des racines de l'équation.
  42. Vérification de cette lecture. C'est la troisième fois que le feuillet produit lui-même la preuve que sa règle générale vaut pour les côtés fictifs comme pour les autres, et la deuxième fois qu'il s'arrête au seuil de la conclusion.
  43. Vue 22 L. La transcription relève le signe et le laisse comme il est écrit. Il en va de même d'une omission plus bénigne : à la vue 21 L, l'équation \(R\,\mathrm{sol.} \; G\,\mathrm{pl.}\,A + A^3 = 0\) est écrite sans aucun signe entre les deux premiers termes, le trait d'abréviation de « sol. » se prolongeant à droite ; le produit calculé deux lignes plus bas suppose un \(+\), et cette lecture écrit \(A^3 + GA + R = 0\).
  44. Aucune édition imprimée n'a été consultée pour la combler, et cette lecture ne prétend pas restituer ce que le feuillet portait : elle dit ce que le produit et la série exigent. La même série fournit la vérification : la proposition 6, où le terme en \(A^3\) disparaît parce que la différence des côtés est nulle, confirme que c'est bien \(x\) qui porte cette comparaison.
  45. « Or dans cette formule, même si les côtés sont égaux et que \(x\) ne soit pas leur somme, ce même \(x\) ne s'évanouit pourtant pas, parce que, comme il ressort de son origine, il est égal au côté au-dessous de l'équation latérale. » Vue 22 L.
  46. La transcription relève de son côté deux désaccords entre la ligne et la forme recopiée en marge par la seconde plume : à la vue 12 R, proposition 2, la ligne porte \(+A^4\) et la marge \(-A^4\), et c'est la marge qui s'accorde avec la constitution ; à la vue 20 L, proposition 5, la ligne porte \(+z\,\mathrm{pl.}\,A^2\) et la marge \(-z\,\mathrm{pl.}\,A^2\). Les deux sont donnés tels quels de part et d'autre dans la transcription.
  47. Calcul de cette lecture ; le feuillet écrit en propres termes « \(x\) vero fit summa duorum laterum de quibus est applicabilis », et cette phrase est fausse sur ses propres nombres. C'est la démonstration la plus nette que le volume fournisse de ce qui manque à sa doctrine, et elle ne demande aucune connaissance que le feuillet n'ait pas : il suffit de comparer deux nombres qu'il écrit tous les deux.
  48. « De l'art de voler, par le secours duquel tout homme peut, sans danger, plus aisément qu'aucun oiseau, se porter où il lui plaît en très peu de temps. Par Friedrich Hermann Flayder, poète, professeur et bibliothécaire à Tübingue. Avec l'index de ses ouvrages entrepris et pour la plus grande part achevés. Des presses de Dietrich Werlin, l'an 1627, in-12. » C'est la seule date de tout le volume, et elle est celle du livre copié, non celle de la copie. Il s'ensuit seulement — et c'est l'unique inférence chronologique que ces feuillets autorisent — que ce feuillet-là est postérieur à 1627. L'inférence est de cette lecture. Aucune édition de Flayder n'a été consultée, et cette lecture ne dit donc rien de la fidélité de la copie au titre imprimé, ni du contenu du livre.
  49. « Stephinus » est Simon Stevin ; la transcription le note. L'argument — l'incrédulité n'est pas une preuve d'impossibilité — est exactement celui que le traité italien reprendra, et c'est le seul lien d'idée entre les deux pièces du dossier, sans qu'aucune ne renvoie à l'autre. Vingt à trente milles allemands font, selon la valeur retenue pour le mille, de cent cinquante à deux cent cinquante kilomètres ; l'ordre de grandeur est celui d'une exagération, et cette lecture ne l'évalue pas plus avant, le feuillet ne donnant ni le temps exact ni la distance.
  50. Le renvoi est donné « exercitationum Incardanum 326.a », c'est-à-dire l'Exercitatio 326 des Exercitationes de Scaliger contre Cardan. Aucune de ces deux œuvres n'a été consultée, et cette lecture ne vérifie pas la citation. Deux mots du passage, « facillimè » et « præstiterim », et un troisième, « neruulis » — lequel porte trois jambages initiaux et se lirait littéralement « meruulis » — sont donnés comme lectures incertaines par la transcription.
  51. Il s'agit du moine de Malmesbury, comme le note la transcription, laquelle donne « Elnero » comme lecture incertaine. Sur le fond, la cause que le récit lui fait alléguer est la bonne : sans surface stabilisatrice à l'arrière, un planeur n'a pas d'équilibre en tangage. C'est, par un détour de huit siècles, la fonction de l'empennage — et c'est la lettre D de la figure du dossier, « la queue laquelle fait tourner la machine du costé qu'on veut en haut et bas ». Le rapprochement est de cette lecture ; aucune des deux pièces ne renvoie à l'autre.
  52. Une phrase de ces pages n'a pas été rendue ici parce qu'elle ne se construit pas : « aquila plus homine pendet uncijs quinque, quam in homine ponderis referri a philosophis memoratur » — « l'aigle pèse cinq onces de plus que l'homme, qu'il n'est rapporté par les philosophes de poids dans l'homme ». Le texte est altéré et cette lecture ne le restitue pas ; il y est question d'un rapport de poids entre l'aigle et l'homme, et rien de plus n'en est sûr. Trois autres endroits restent en suspens : « præcurriōnem », que la transcription lit lettre à lettre « prcuuriōnem » sans qu'aucun mot latin s'y ajuste ; « philanthero », dans la note sur Flayder, également non résolu ; et la phrase sur les Bacchanales, qui s'arrête sans verbe principal au bas d'une page.
  53. Pour une masse de l'ordre de cent cinquante kilogrammes et une vitesse de descente tolérable de cinq mètres par seconde, il faut une surface de l'ordre de cent mètres carrés, soit un disque d'une dizaine de mètres de diamètre : la « couuerture mobile » dessinée sur le dos du dragon n'en approche pas. L'estimation est de cette lecture, et repose sur la traînée d'une voilure en écoulement établi ; le feuillet ne donne aucune dimension.
  54. « Il dissegno della machina jnteriore, non mj par bene dj douerlo mostrare » — « le dessin de la machine intérieure, il ne me paraît pas bon de devoir le montrer » (vue 36 R). Le dessin intérieur n'est donc pas dans le volume, et il n'y a rien à en dire.
  55. « Cependant, depuis mes premières années, j'ai appliqué mon esprit à cette invention, trouvant étrange que l'esprit humain ne fût pas capable, par son savoir, d'atteindre aux choses qui ont été naturellement accordées à d'autres animaux inférieurs à nous […] voici déjà dix ans écoulés que, à partir de principes assez communs, moyennant toutefois l'aide divine, j'ai trouvé ce que je démontrerai ci-dessous. » Vue 33 R. L'auteur ajoute un argument d'analogie qui est le même que celui du cygne des notes latines : la nature ne nous a pas accordé d'habiter dans les eaux, et pourtant par l'étude nous apprenons à nager. Il ne se nomme pas, et aucun feuillet ne le nomme ; cette lecture ne le nomme donc pas.
  56. L'auteur nomme « Gio. Fran. Sagredo, noble vénitien, très noble mathématicien », et « il Sig.r Galileo Galilej, noble florentin et autre Archimède de nos temps ». La transcription donne l'initiale du second prénom comme incertaine, le nom étant écrit « Gio. Ra n » avec un trait de suspension. La dernière phrase du récit, « ma giu non poteua tramontare per niuna via », n'est pas rendue ici parce que son sens n'est pas sûr : elle dit que Sagredo « ne pouvait tramontare vers le bas par aucune voie », ce qui s'entendrait aussi bien d'une impossibilité de descendre que d'une impossibilité de se poser autrement ; cette lecture ne tranche pas.
  57. Aucune édition de Galilée n'a été consultée, et cette lecture ne dit donc rien de ce que Galilée a écrit : elle rapporte ce que le feuillet lui attribue, et elle compare ce chiffre à la valeur admise aujourd'hui. Le chiffre importe pour la suite, parce que toute la conclusion sur la flottaison en dépend, et qu'elle tombe avec lui.
  58. « Les choses plus pesantes placées dans l'humide descendent jusqu'à ce qu'elles aillent au fond, et se font dans l'humide d'autant plus légères qu'est le poids de l'humide qui aurait autant de grandeur qu'est la grandeur desdites choses. » Vue 34 L. Les quatre lignes de la citation sont précédées, ligne à ligne, d'un même signe bouclé dans la marge, qui est la marque de citation de cette main.
  59. Le nom de poussée d'Archimède est postérieur au feuillet, l'énoncé lui est attribué par le feuillet même, et la coïncidence est complète. C'est le seul énoncé de tout le dossier du vol qui soit à la fois cité d'un auteur et parfaitement correct.
  60. Comparaison de cette lecture. Écarts : or \(+3{,}6\%\), mercure \(-0{,}2\%\), plomb \(-3\%\), argent \(-4{,}7\%\), cuivre \(+0{,}4\%\). Le feuillet ne dit pas d'où il les tient.
  61. Départ de cette lecture par rapport au feuillet. Le feuillet a raison sur le second point qu'il avance — les corps descendent plus aisément dans l'air que dans l'eau parce que « le milieu est plus léger » — et cette raison est la bonne : c'est la résistance du milieu, non la poussée seule, qui gouverne. Sa doctrine générale est celle d'un mouvement dont la vitesse est réglée par la pesanteur spécifique, laquelle n'est vraie que là où la résistance domine.
  62. Conséquence tirée par cette lecture des nombres du feuillet. Elle mérite d'être notée parce qu'elle montre que l'auteur est plus près de la vérité qu'il ne le croit sur le principe et plus loin qu'il ne le croit sur la faisabilité.
  63. Départ de cette lecture. La cosmologie des quatre éléments et de leurs sphères est celle du feuillet, qui du reste en doute pour le feu : « et du quatrième, s'il y en a un, c'est-à-dire du feu, il ne nous importe pas d'en dire davantage ». Le nom moderne de ce qui remplace la sphère du feu est l'équilibre hydrostatique de l'atmosphère, et le fait qu'un ballon possède une altitude d'équilibre en est la conséquence ; les deux sont postérieurs au feuillet.
  64. « Nous voyons vaincre la force de 1000 et 2000 livres de résistance avec un marteau qui ne pèse que 10 ou 12 livres. » Vue 35 L. Il ajoute que la chose paraît d'autant plus merveilleuse que « personne jusqu'ici, que je sache, n'a écrit là-dessus ». Cette remarque est un énoncé sur l'état de son information, et cette lecture ne la vérifie pas : elle demanderait de consulter ce qui avait été imprimé, ce que la règle de cette édition interdit.
  65. Calcul de cette lecture, avec ses hypothèses : dix ou douze livres font environ cinq kilogrammes, la durée du contact d'un choc de métal sur métal est de l'ordre du millième de seconde. Le nom d'impulsion et la relation écrite sont postérieurs au feuillet, qui n'a ni l'un ni l'autre ; ce qu'il a, c'est le fait et l'étonnement juste devant le fait.
  66. « Si le mouvement du vent est égal au mouvement de la percussion, celle-ci sera de nulle valeur, et ce sera à la manière de deux cavaliers dont l'un charge l'autre avec la lance : si la vitesse de l'un est égale à celle de l'autre, celui qui frappe ne pourra jamais blesser le fuyard, quand même il aurait la pointe de la lance contre le corps de l'ennemi. » Vue 36 L.
  67. L'invariance de la vitesse relative par changement de repère galiléen est postérieure au feuillet, qui n'a pas le concept de repère. Ce qu'il a, et qui est remarquable, c'est l'exemple des deux cavaliers, qui isole exactement la bonne quantité.
  68. Précision de cette lecture ; le feuillet ne dit rien de la perte à chaque rebond, et sa phrase, prise absolument, suggérerait un gain de portée, qui est impossible.
  69. Départ de cette lecture. Le feuillet nomme tout de même le mouvement — « dal moto alquale l'aria resiste », du mouvement auquel l'air résiste — et non l'air seul, en sorte que la faute est de partage plutôt que d'aveuglement. La notion d'inertie d'un corps étendu et le calcul du moment fléchissant d'une poutre en rotation sont postérieurs au feuillet.
  70. « Il est impossible, comme on le prouve mécaniquement, de gagner en un même temps le temps et la force, parce que d'autant plus de force on acquiert, d'autant de temps en revanche on perd. » Vue 36 L.
  71. Le nom et la notion de travail sont très postérieurs au feuillet. L'énoncé du feuillet et celui-ci coïncident, mais non littéralement, et c'est le point suivant.
  72. Départ de cette lecture par rapport au feuillet. C'est une correction de langage et non de fond : la conclusion que le traité tire — on ne gagne pas ensemble la force et le temps — est vraie sous l'hypothèse tacite, et la conclusion qu'il en fait servir pour sa machine reste valable. Le traité écrit du reste aussi bien le cas réciproque, « si le moment est en \(A\), où il faudra quatre fois plus de force pour mouvoir l'extrémité \(B\), mais nous gagnerons quadruplement en temps », et là encore le rapport est celui des chemins.
  73. L'auteur ne consulte pas Plutarque autrement qu'en le citant, et cette lecture ne l'a pas consulté du tout : ce qui est rapporté ici est ce que le feuillet dit de Plutarque, et rien de plus. Le raisonnement, lui, ne dépend pas de la source.
  74. « L'instrument inventé par moi, à mon avis, ne pourra se faire plus grand qu'il ne puisse porter ou tenir dedans plus de deux hommes, parce que non seulement pour mouvoir les ailes il faut une grande force, mais il y faut encore une grande promptitude, lesquelles deux choses, comme je l'ai montré, ont entre elles la plus grande antipathie. » Vue 36 R.
  75. Calcul d'ordres de grandeur de cette lecture, avec ses hypothèses écrites. Les noms modernes en sont la charge alaire et la loi carré-cube, tous deux postérieurs au feuillet ; l'argument, lui, ne demande que de comparer un carré à un cube, et rien dans les connaissances que le feuillet met en œuvre n'empêchait de le faire. Le feuillet ne le fait pas et se borne à constater l'échec des essais.
  76. Calcul et estimations de cette lecture, avec toutes ses hypothèses : la relation employée est celle du bilan de quantité de mouvement pour un disque sustentateur en vol stationnaire, la puissance musculaire soutenue d'un homme est celle qu'on mesure aujourd'hui, et la surface balayée est une majoration généreuse de ce que le dessin montre. Rien de tout cela n'est sur le feuillet, et la conclusion est donc celle de cette lecture et non une réfutation que l'auteur aurait pu écrire. Il faut ajouter, pour être juste, que ce déficit de puissance est la raison pour laquelle le vol humain par la seule force des muscles n'a été obtenu qu'au XXe siècle, et qu'il l'a été avec une aile fixe et une hélice, non avec des ailes battantes, au moyen de structures d'une légèreté hors de portée de tout atelier ancien.