NAF 15383 · vues 1–20 · Lecture modernisée · Lettre de Blaise Pascal à sa sœur Gilberte, 31 janvier 1643 — lecture modernisée du volume entier
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Lecture automatique — interprétation non vérifiée

Résumé

Ce volume ne contient pas de mathématiques. C'est une lettre de famille de vingt-cinq lignes, écrite de Rouen en janvier 1643 par un garçon de vingt ans à sa sœur aînée, et à laquelle leur père a ajouté un billet dans le blanc resté au milieu de la page ; on y a joint, bien plus tard et sans que le catalogue le dise, une pièce comptable de 1674 que la même sœur a signée. Le garçon est Blaise Pascal, le père Étienne Pascal, la sœur Gilberte, mariée à Florin Périer et appelée dans l'adresse « Mademoiselle Périer la conseillère ». Rien dans ces feuillets n'annonce l'œuvre : ni la machine arithmétique, que Pascal construisait alors précisément pour les comptes que la lettre évoque, ni la géométrie, ni rien de ce qui viendra. Ce qu'ils donnent est l'envers du travail — la tournée des commissaires, le courrier qui se perd, une sœur malade dont on n'a pas de nouvelles, un père qui ne se couche pas.

Le problème de la lettre, s'il faut en nommer un, est un problème de courrier. Gilberte s'est plainte d'un reproche ; elle affirme écrire à Rouen une fois par semaine. Blaise répond par un compte : il n'en reçoit pas une toutes les trois semaines. Il en tire, sous condition, la seule conclusion possible — les lettres se perdent — et cette conclusion, si les deux affirmations sont exactes, chiffre la perte : plus de deux lettres sur trois n'arrivent pas. Le père, de son côté, mesure sa charge de la même manière, par un dénombrement de nuits : en quatre mois il ne s'est pas couché six fois avant deux heures du matin, soit moins d'une nuit sur vingt. C'est la façon dont cette famille dit l'excès : en comptant.

La pièce de 1674 est un autre genre de compte, et elle en cache un. C'est une quittance de rente sur l'Hôtel de Ville de Paris : Gilberte, devenue veuve, reconnaît avoir reçu cent trente-trois livres quatre sols pour le second semestre de l'année, à cause d'une rente de huit cent quatre-vingt-huit livres constituée en 1635. La pièce donne les deux nombres et ne les rapproche jamais. Si on les rapproche, le semestre dû est de quatre cent quarante-quatre livres et le semestre payé de cent trente-trois livres quatre sols, exactement trois dixièmes du dû. Le roi ne servait plus que trente pour cent de la rente ; et le compte tombe juste au sol près parce que le cinquième d'une livre fait quatre sols dans une monnaie de compte à vingt sols. La même vingtaine organise, sur le verso, le chiffre écrit à l'ancienne — celui dont on ne lit plus que la fin.

Où cela mène : non pas aux mathématiques de Pascal, mais à leur occasion et à leur entour. Du côté de l'homme, aux années de Rouen, à la charge de commissaire pour la levée des tailles en Haute-Normandie, et à Gilberte Périer, qui écrira la vie de son frère. Du côté des choses, à l'histoire de la poste d'Ancien Régime et de son ordinaire, à celle des rentes constituées sur l'Hôtel de Ville et des retranchements que la monarchie leur faisait subir, à la monnaie de compte en base vingt et douze, et à la notation par vingtaines, qui a laissé « quatre-vingts » dans la langue.

Keywords — Blaise Pascal, Gilberte Périer, Étienne Pascal, Rouen 1643, family correspondence, seventeenth-century French orthography, notarial act, rente constituée, Hôtel de Ville de Paris annuities, livre tournois, vigesimal numerals, money of account

Ce que le volume contient

1–20Vingt-quatre vues, dont les vingt premières ont été transcrites et les quatre dernières écartées comme ne portant rien.1 Cinq vues portent de l'écriture. Aucune foliotation de la bibliothèque n'est lisible nulle part, de sorte que ni la transcription ni cette lecture ne citent de feuillet : les renvois se font aux vues de Gallica.2

Le volume réunit deux documents que rien ne relie qu'une personne. Le premier est une lettre de janvier 1643 ; le second une quittance de juin 1674, que le catalogue ne mentionne pas. L'adresse de 1643 porte « Mademoiselle Périer la conseillère » ; l'acte de 1674 est passé par « dame Gilberte Pascal, veuve et héritière testamentaire de défunt Me Florin Périer, vivant conseiller du roi en sa Cour des aides de Clermont-Ferrand », et signé de sa main. C'est la même femme, trente et un ans plus tard, désignée les deux fois par la charge de son mari — d'abord comme sa femme, puis comme sa veuve.3

La lettre de Rouen (vues 13, 15 et 16)

13–16La lettre s'ouvre en haut de la vue 13 par la date et l'appel, court jusqu'au bas de la page où elle s'interrompt en pleine phrase, et reprend en haut de la vue 15 pour s'achever sur la signature. Le verso de la vue 13 est resté blanc. Le feuillet a été plié et l'adresse écrite au dos du second (vue 16) : c'est la lettre elle-même qui fait son enveloppe, comme il est d'usage avant les enveloppes.

Le texte en français d'aujourd'hui

De Rouen, ce samedi dernier janvier 1643.4

Ma chère sœur,

Je ne doute pas que vous n'ayez été bien en peine du long temps qu'il y a que vous n'avez reçu de nouvelles de ces quartiers-ci. Mais je crois que vous vous serez bien doutée que le voyage des élus en a été la cause ; comme en effet, sans cela, je n'aurais pas manqué de vous écrire plus souvent.5 J'ai à te dire que, messieurs les commissaires étant à Gisors, mon père me fit aller faire un tour à Paris, où je trouvai une lettre que tu m'écrivais, où tu me mandais que tu t'étonnais de ce que je te reproche que tu n'écrivais pas assez souvent ; où tu me dis que tu écris à Rouen toutes les semaines une fois.6

Il est bien assuré, si cela est, que les lettres se perdent,7 car je n'en reçois pas toutes les trois semaines une.8

Étant retournés à Rouen, j'y ai trouvé une lettre de M. Périer, qui mande que tu es très malade. Il ne mande point si ton mal est dangereux, ni si tu te portes mieux, et il s'est passé un ordinaire depuis sans avoir rien de lettres ;9 tellement que nous sommes en une peine dont je te prie de nous tirer au plus tôt.10 Mais je crois que la prière que je te fais ici sera inutile, car avant que tu aies reçu cette lettre-ci, j'espère que nous aurons reçu lettres ou de toi ou de monsieur Périer.11 Le départ, et le fâcheux du mois.12

Si je savais quelque chose de nouveau, je te le ferais savoir. Je suis,

Ma chère sœur, votre très humble et très affectionné serviteur et frère,

Pascal.13

La date, et ce qu'elle vérifie

« Ce samedi dernier janvier 1643 » se laisse vérifier : le 31 janvier 1643 était un samedi, et c'était aussi le dernier samedi du mois.14

Le compte des lettres perdues

La lettre contient un raisonnement, et c'est le seul du volume. Gilberte affirme écrire à Rouen une fois par semaine ; Blaise constate qu'il n'en reçoit pas une toutes les trois semaines. Il pose la condition — « si cela est » — et conclut que les lettres se perdent. La conclusion est juste, et elle se chiffre : si l'on écrit une lettre par semaine et qu'il en arrive moins d'une par trois semaines, c'est que plus de deux envois sur trois n'arrivent pas.15 La lettre est donc, en son fond, l'établissement d'une perte par comparaison de deux fréquences. Le reste — la maladie, l'ordinaire manqué, la peine — vient de ce que le même défaut de courrier empêche d'avoir des nouvelles quand elles pressent.

Le passage du « vous » au « tu »

La lettre commence au vous et passe au tu au milieu d'une ligne, à « J'ai à te dire », pour n'y plus revenir — sauf dans la formule finale, qui est de forme et reprend le votre.16

Le billet du père (vue 15)

15–15Entre la fin de la lettre et sa formule finale, dans le blanc laissé au milieu de la page, une seconde main a écrit treize lignes. Elle est plus petite, beaucoup plus rapide, à longs traits horizontaux, et par endroits pâlie ; plusieurs de ses mots n'ont pas été lus. Elle appelle la destinataire « ma bonne fille » et signe « votre bon père » — c'est donc le père, Étienne Pascal, écrivant à sa fille sur la lettre de son fils.17

Ma bonne fille mignonne, si vous savez que je ne prends pas le temps d'écrire,18 c'est que je n'ai aucun loisir : car je n'ai jamais été dans l'embarras à la dîme de ce que j'y suis à présent, et je ne saurais l'être davantage à moins d'y avoir trop.19 Il y a quatre mois que je ne me suis pas couché six fois avant deux heures après minuit.20

Je vous envoie une lettre sur ce sujet de la lettre dernière, touchant les bruits du mariage de monsieur Despeaux ; mais je n'ai jamais su que ce fût de l'archevêque.21

Pour nouvelles : la fille de monsieur de Paris, madame du Comptes, mariée à monsieur de Montiffer ; aussi monsieur du Comptes est décédé ; comme aussi la fille de Belair, mariée au petit Lambert.22 Je suis toujours votre bon père et très affectionné ami,

Pascal.

Votre petit a couché cette nuit ; il se porte, Dieu grâce, très bien.23

Le billet est de la même veine que la lettre : il mesure. Le père ne dit pas qu'il est débordé, il dit de combien — d'un facteur dix pour la charge, de six nuits sur cent vingt pour le sommeil. Et il finit, comme la lettre de son fils, sur ce qui manque : des nouvelles d'une malade, la santé d'un enfant.

L'adresse (vue 16)

16–16Au dos du second feuillet, écrit de la main de la lettre au milieu de la page, le feuillet ayant été plié :

À Mademoiselle, mademoiselle Périer, la conseillère, à Clermont.24

La quittance de 1674 (vues 9 et 10)

9–10Le feuillet à l'italienne des vues 9 et 10 n'a rien à voir avec la lettre et n'est pas mentionné dans la notice. C'est un formulaire gravé, rempli d'une main de notaire : une quittance pour les rentes de l'Hôtel de Ville de Paris.25

Le texte

Par-devant les notaires royaux établis en la ville de Clermont fut présente dame Gilberte Pascal, veuve et héritière testamentaire de défunt Me Florin Périer, vivant conseiller du roi en sa Cour des aides de Clermont-Ferrand, laquelle de son bon gré a confessé avoir reçu la somme de cent trente-trois livres quatre sols, ordonnée être laissée en fonds dans l'état du roi de la ferme générale des aides et entrées pour les six derniers mois de l'année présente mille six cent soixante-quatorze, à cause de huit cent quatre-vingt-huit livres de rente constituée sur les tailles par contrat du second janvier mille six cent trente-cinq, et à présent assignée sur lesdites aides et entrées suivant la déclaration de Sa Majesté du treizième janvier mille six cent soixante-cinq.26 De laquelle somme ladite dame quitte ledit sieur payeur et tous autres. Fait et passé audit Clermont, étude de l'un desdits notaires, le vingt-septième jour de juin mille six cent soixante-quatorze, après midi.27 Ladite dame confessante a signé avec lesdits notaires. J'approuve le mot de six.28

Signé : Camus, notaire royal à Clermont ; G. Pascal ; Guillotteau, notaire royal.29

Au verso, écrit en haut à droite, un certificat d'une semaine postérieur : « Je soussigné Antoine Ferret, bourgeois de Paris, certifie à tous qu'il appartiendra que la quittance de l'autre part est véritable. À Paris, ce quatrième juillet mille six cent soixante-quatorze. »30

Le compte de la rente

La pièce donne deux nombres et ne les rapproche jamais : une rente de huit cent quatre-vingt-huit livres par an, et cent trente-trois livres quatre sols reçues pour un semestre. Le semestre dû serait de quatre cent quarante-quatre livres. Or, la livre valant vingt sols, cent trente-trois livres quatre sols font \(133 + \tfrac{4}{20} = 133{,}2\) livres, et \[ \frac{133{,}2}{444} = \frac{3}{10}. \] Le paiement est donc exactement trois dixièmes de ce que la rente porte, ou, sur l'année, deux cent soixante-six livres huit sols au lieu de huit cent quatre-vingt-huit.31 On remarquera que le compte tombe juste au sol près : le cinquième d'une livre fait exactement quatre sols dans une monnaie de compte où la livre en vaut vingt. Le même diviseur cinq aurait donné un reste dans une monnaie décimale.32

Ce que la pièce ne permet pas de calculer, il faut le dire : le capital de la rente n'y est pas, donc le taux — le denier auquel elle fut constituée en 1635 — ne se retrouve pas. On sait seulement qu'elle a été créée par contrat du 2 janvier 1635, d'abord gagée sur les tailles, puis reportée sur les aides et entrées en 1665, et qu'en 1674 elle appartenait à la succession de Florin Périer.

Le chiffre en vingtaines

Au milieu du verso, à gauche de la signature, le feuillet porte un nombre écrit à l'ancienne notation par vingtaines, dont la transcription ne lit que la fin : un caractère illisible, puis xx, puis xiij. Cette notation écrit un nombre comme un multiple de vingt plus un reste, le multiplicateur étant placé en exposant sur le xx. Comme \(133 = 6 \times 20 + 13\), le nombre s'écrit vjxx xiij, et le caractère perdu est un vj.33 C'est le montant de la quittance, répété en chiffres à côté des signatures, comme les actes le font pour interdire la surcharge.

Cette notation est la même vingtaine qui structure la monnaie du feuillet, et la même que le français a gardée dans « quatre-vingts » : le nombre huit cent quatre-vingt-huit de la rente en est l'exemple, écrit en toutes lettres deux lignes plus haut.34

Ce que ce volume n'est pas

9–16Il faut finir par ce qui manque, parce que la cote invite à l'erreur. Ces feuillets ne contiennent aucune mathématique de Blaise Pascal : ni calcul, ni figure, ni raisonnement autre que le petit compte des lettres perdues. La lettre de 1643 est de l'année même où il travaillait à la machine arithmétique, et le motif de cette machine était précisément le travail dont la lettre parle — les comptes de la levée des tailles en Normandie, la tournée des commissaires, les rôles à établir. La lettre n'en dit pas un mot, et cette lecture ne prêtera pas au feuillet ce qu'il ne porte pas.35

La quittance de 1674, elle, contient bien un calcul — mais ce n'est pas celui d'un mathématicien. C'est l'arithmétique d'un bureau : une fraction imposée d'en haut, appliquée à un principal, et le résultat porté deux fois, en lettres dans le corps de l'acte et en chiffres à côté des signatures. Ce qui la rend intéressante dans ce volume est qu'elle est signée de la main de la femme à qui la lettre était adressée, et qu'entre les deux pièces il s'est passé une vie entière.

Notes

  1. Le fichier transcripts/status.json porte « naf-15383\#2 » à skipped. Les vingt vues transcrites se répartissent ainsi : vues 1 à 8, la reliure, la chemise marbrée et trois gardes blanches ; vues 9 et 10, un feuillet à l'italienne ; vues 11 et 12, des feuillets blancs ; vue 13, la première page de la lettre ; vue 14, son verso, blanc, où le recto transparaît ; vue 15, la seconde page écrite, avec la signature et le billet de la seconde main ; vue 16, le panneau d'adresse ; vues 17 et 18, des feuillets blancs ; vues 19 et 20, la chemise dépliée et le plat de derrière.
  2. Ce que les feuillets portent en fait de chiffres modernes est la cote au crayon « N. a. fr. 15383 », soulignée, en haut de la vue 13 et au bas de la vue 9 ; le cachet ovale « ACHAT No 24199 » sur les deux ; et, dans la marge gauche de la vue 9, trois marques de greffe à l'encre dont le chiffre 84. La notice ne donne pas de datation pour le volume, et le champ correspondant est laissé vide ici comme dans la transcription, bien que les deux pièces se datent elles-mêmes.
  3. L'identification tient aux seuls feuillets : le nom, la ville de Clermont, la charge de conseiller. La lettre ne nomme jamais sa destinataire autrement que « ma chère sœur » ; c'est l'adresse de la vue 16 qui donne le nom.
  4. Le feuillet porte « De Rouen Ce Samedy dernier Januier 1643 », sur deux lignes en tête à droite ; les deux derniers chiffres du millésime sont tracés en grand et descendent sous la ligne. « Dernier janvier » se lit ici comme le dernier jour du mois.
  5. Le feuillet a « le voyage des Esleuës ». Le mot désigne, dans le vocabulaire fiscal du temps, les officiers d'une élection, circonscription de la levée des tailles ; « le voyage des élus » est la tournée que les commissaires du roi faisaient dans ces circonscriptions. La graphie du feuillet ne permet pas de trancher entre les officiers et les circonscriptions, et la traduction proposée ici retient les officiers parce que la phrase suivante nomme les commissaires.
  6. « Gizors » sur le feuillet : Gisors, dans le Vexin normand. Le père de l'écrivain est ici l'un de ces commissaires, ou du moins se déplace avec eux ; le feuillet ne dit que « mon Pere ». Étienne Pascal était alors commissaire député par le roi pour l'impôt et la levée des tailles en Haute-Normandie — ce fait n'est pas sur le feuillet et vient de l'histoire générale, non d'une édition de cette lettre.
  7. L'abréviation du feuillet est « lres », le groupe res surmonté d'un trait : la forme ordinaire de « lettres ».
  8. Le verbe est écrit vite et la transcription donne « reçois » avec doute, la cédille n'étant pas sûre.
  9. Deux choses ici. Le mot rendu par « très » est, sur le feuillet, bref, écrit en partie au-dessus de la ligne, surmonté d'un trait d'abréviation et posé sur une pliure : la transcription l'offre avec doute, et la lecture reste incertaine. « Ordre » est l'abréviation usuelle de « l'ordinaire », c'est-à-dire le courrier régulier ; un ordinaire passé est une levée manquée.
  10. La phrase s'interrompt au bas de la vue 13 sur « Tellement que Nous Sommes » et reprend en haut de la vue 15 sur « En Vne peine ». Le bas du feuillet de la vue 13 est blanc et taché.
  11. Le feuillet a « la prie », suivi d'un long trait horizontal, que la transcription interprète comme une abréviation possible de « priere ». Avant « Nous aurons », deux mots biffés, « ou tu ».
  12. Le feuillet porte « Le depart », puis un mot de cinq ou six jambages qui traverse une pliure et n'a pas été lu, puis « du fascheux du Moy », net. « Moy » est ici le mois. La phrase reste incomplète : ce que cette lecture en donne n'est pas une restitution mais l'ordre des mots lus, et le sens n'en est pas établi.
  13. « Ma Chere Seur » est écrit en grand à gauche au bas de la page, la formule et la signature en bas à droite. La signature est grande et suivie d'un paraphe. Le feuillet ne porte que ce nom ; que le signataire soit Blaise tient à ce qu'il se dit le frère de la destinataire et parle de « mon Père » à la troisième personne.
  14. Calcul fait pour le calendrier grégorien, en usage en France depuis 1582. Les samedis de janvier 1643 tombent les 3, 10, 17, 24 et 31. Les deux lectures possibles de la formule — « le dernier jour de janvier, qui est un samedi » et « ce samedi, dernier samedi de janvier » — désignent donc le même jour, ce qui n'arrive que lorsque le mois finit un samedi. La date de la notice est ainsi confirmée par le feuillet seul.
  15. Le feuillet ne fait pas cette division et ne donne aucun taux : le rapport de deux tiers est celui de cette lecture, et il ne vaut que sous les deux affirmations telles qu'elles sont rapportées — celle de Gilberte, que Blaise ne fait que répéter d'après sa lettre, et la sienne. Rien n'oblige d'ailleurs à croire l'une ou l'autre exacte : c'est une querelle de frère et sœur, et le compte est un argument dans la querelle.
  16. Le fait est noté dans la transcription à l'endroit même où il se produit. On le relève ici parce qu'il marque le moment où la lettre cesse d'être une lettre de nouvelles pour devenir une réponse personnelle : le vous couvre l'excuse du silence, le tu commence avec le reproche.
  17. Le feuillet ne donne, là encore, que le nom « Pascal », en grand, au milieu de la page, avec le cachet rond de la bibliothèque qui le chevauche. L'identification tient à la formule « Vre bon Pere » et à ce que la lettre principale parle de « mon Pere » comme présent auprès de son auteur.
  18. La fin de la première ligne du billet, quatre ou cinq mots entre « Si Vous » et « d'escrire », n'a pas été lue ; la phrase donnée ici n'est pas une restitution mais un raccord, et le début du billet reste inconnu.
  19. Le feuillet a « a la desme », suivi d'un mot d'une dizaine de jambages non lu. Cette lecture propose « à la dîme », c'est-à-dire au dixième, parce que la phrase demande une fraction et que la construction « n'avoir jamais été dans l'embarras à la dîme de ce que j'y suis » se comprend alors immédiatement : je n'ai jamais été dix fois moins occupé qu'aujourd'hui, ce qui est la forme ordinaire de l'hyperbole. La proposition est de cette lecture ; le mot suivant reste illisible et pourrait changer le sens.
  20. « Quatre » est écrit au-dessus de « trois » biffé : le père a corrigé son compte vers le haut. Sur quatre mois, soit environ cent vingt nuits, moins de six nuits font moins d'une nuit sur vingt. Le calcul est de cette lecture ; le feuillet ne donne que les deux nombres.
  21. Trois lacunes dans cette phrase. Entre « envoy » et « Une lre », deux ou trois mots non lus. Le nom de l'expéditeur de cette lettre incluse, après « de », compte huit ou neuf lettres, commence par une majuscule qui se lit B ou R et paraît finir en -bre : la transcription ne le donne pas, et cette lecture non plus. « Despeaux » et « que ce fût » sont donnés avec doute.
  22. Les noms propres de ce paragraphe sont écrits très vite et sans reprise, et la transcription les marque tous douteux ; ils sont repris ici tels quels et ne doivent pas être tenus pour lus. Le feuillet a « est decedée » au féminin après « Mr du Comptes » ; l'accord est rétabli au masculin ci-dessus, mais rien n'assure que le père n'ait pas voulu écrire que c'est la dame qui est morte, auquel cas la phrase se contredirait avec le mariage qui précède.
  23. Trois lignes serrées dans la marge inférieure gauche, de la même main, en regard de la formule finale ; un mot bref à la fin de la première ligne n'a pas été lu, et « ceste » est donné avec doute. L'enfant n'est pas nommé : c'est un petit-fils ou une petite-fille du signataire, et donc un enfant de la destinataire, qui se trouve auprès de son grand-père et non auprès de sa mère. Le feuillet n'en dit pas plus.
  24. Sur quatre lignes, les deuxième et troisième en retrait. « La conseillère » désigne la femme du conseiller, selon l'usage qui donne à l'épouse le féminin de la charge du mari ; « Mademoiselle » est le titre des femmes mariées de la bourgeoisie et de la petite noblesse, et ne dit rien du célibat. Aucune marque postale n'est lisible.
  25. Le titre gravé est « Quittance pour les Rentes de l'Hostel de Ville de Paris », coupé en son milieu par un cartouche ovale portant en cercle « GENERALITE DE PARIS » et une fleur de lys. La mention « Deux sols », en tête, est le droit du formulaire. En marge, en haut et souligné : « 1674. derniers six moys ».
  26. Le nom du payeur, après « avoir receu de », est resté en blanc sur le formulaire, et la ligne s'arrête là ; cette lecture enchaîne donc directement sur la somme, ce que la phrase du formulaire ne fait pas. Une rente constituée est une rente perpétuelle créée par contrat contre un capital versé ; elle est ici assignée sur un revenu fiscal, c'est-à-dire que le paiement en est gagé sur le produit des aides et entrées, la déclaration de 1665 ayant déplacé ce gage. L'état du roi est le budget arrêté d'où le paiement doit sortir. La Cour des aides était la juridiction souveraine du contentieux fiscal.
  27. Les formules d'usage abrégées du feuillet — « Ainsy &c. A peine &c. Oblige &c. Renonce &c. Soumet &c. » — sont omises ici ; elles renvoient aux clauses ordinaires de l'acte notarié. Un long trait de remplissage suit « vingt septiesme » pour interdire l'ajout d'un mot.
  28. « Six », dans « six derniers moys », est ajouté au-dessus de la ligne ; la mention finale l'approuve, selon la règle qui veut qu'un mot interligné soit couvert par une approbation signée, faute de quoi il est réputé non écrit. La fin de cette approbation, en petite cursive rapide, n'a pas été lue.
  29. Les deux notaires signent avec un grand paraphe. La signature « G. Pascal. » est autographe de Gilberte Pascal et se trouve au milieu de la ligne des signatures ; le cachet rond « BIBLIOTHÈQUE NATIONALE MSS » est apposé juste au-dessous. Au bas du texte, une ligne de dos — « Quittance de cent trente-trois livres quatre sols » — en partie recouverte par les paraphes.
  30. Le nom est donné d'après la signature qui suit, et la transcription le marque douteux : l'initiale pourrait aussi bien se lire L. Le millésime est écrit en abrégé, deux ou trois lettres surmontées d'un c ; la lecture « mil vjc » est offerte par le sens, « soixante-quatorze » étant net. La pièce est passée à Clermont et certifiée à Paris : la quittance doit remonter au payeur parisien, et le certificat d'un bourgeois de Paris supplée à ce que les notaires d'Auvergne n'y sont pas connus.
  31. La division est de cette lecture ; le feuillet ne la fait pas et n'énonce aucun taux. Le résultat tombe rond, ce qui indique un abattement fixé en fraction et non un calcul de prorata : la monarchie a plusieurs fois retranché les rentes sur l'Hôtel de Ville, c'est-à-dire réduit d'autorité ce qu'elle en servait, et la pièce est le reçu de ce qui reste. Rien dans le feuillet ne nomme cet abattement ni n'en donne la date ; la lecture s'en tient au rapport des deux nombres.
  32. La monnaie de compte est la livre tournois, valant vingt sols de douze deniers, soit deux cent quarante deniers. Un système de ce genre divise exactement par 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15 et 20, ce que le système décimal ne fait ni pour 3 ni pour 12 : c'est la raison pour laquelle les monnaies d'Ancien Régime étaient bâties ainsi, et c'est aussi pourquoi un abattement de trois dixièmes s'écrit ici sans fraction résiduelle.
  33. La restitution est de cette lecture et repose sur l'arithmétique seule : la transcription note que le nombre s'accorderait avec les cent trente-trois livres de la quittance, mais se refuse à faire le rapprochement, la pièce ne le disant pas. Le rapprochement est fait ici parce qu'aucun autre nombre du feuillet ne finit par treize et que les deux chiffres lisibles, xx et xiij, ne laissent qu'un multiplicateur possible une fois la somme connue. C'est un argument, non une lecture : si l'on tenait le nombre pour indépendant de la somme, le multiplicateur resterait inconnu.
  34. Au bas du verso, tête-bêche, quatre lignes très pâles — un millésime 1674, le mot « escheue », un mois et des chiffres — n'ont pas été lues ; elles sont probablement la mention d'échéance et pourraient porter d'autres nombres.
  35. La chronologie de la machine n'est pas sur le feuillet et n'est pas discutée ici. On note seulement que les deux choses se rencontrent dans les mêmes semaines et dans le même bureau, et qu'il serait faux d'en tirer que la lettre y fasse allusion : elle ne parle que du courrier et d'une malade.